Publié le 26/01/2017 à 17:20 / Isabelle Doucet

Débat

Question à Stéphane Marchesi, secrétaire général de PEFC France, suite à la mise en cause de l'association par le magazine télévisé Cash investigation.

Stéphane Marchesi, secrétaire Général de PEFC France.

L'association PEFC a été mise en cause par le magazine Cash investigation (1) au motif de négligence dans la certification des parcelles forestières. Comment cela peut-il arriver ?

Nous ne sommes pas un organisme certificateur, mais un organisme qui fixe la norme et la règle. La démarche est basée sur le volontariat et la confiance que nous accordons à nos adhérents. On peut toujours resserrer nos exigences, mais si une personne veut être malhonnête, elle déclare ce qu'elle veut. En 15 ans de PEFC nous n'avons jamais vu ce genre de pratique qui ne fait que jeter le discrédit sur les 65 000 propriétaires forestiers qui entrent dans le système.

Comment se déroulent les contrôles ?

Nous avons à résoudre une certain équation : les pouvoirs publics ne font pas leur travail pour apporter une garantie crédible au consommateur d'une gestion durable de la forêt. Cette mission tombe donc dans le giron des associations ou du privé. De plus, le consommateur n'est pas prêt à payer plus cher un produit respectueux de l'environnement. Donc, nous avançons avec nos moyens, qui sont limités.
Nous avons donc inventé un système crédible et mutualisé qui repose sur 15 bureaux régionaux. Ils procèdent à des contrôles par échantillonnage conformément au taux préconisé par le Cofrac (2), qui correspond à la racine du nombre d'adhérents. Chaque année, les bureaux régionaux sont contrôlés par les organismes agréés par l'Etat qui certifient que les contrôles internes sont conformes. Des exclusions, pour des parcelles qui ne correspondent pas au cahier des charges, sont prononcées tous les ans.

L'émission de télévision s'intéresse à l'exploitation de forêts roumaines. Peut-il y avoir une différence de PEFC entre les pays ?

PEFC veut dire Program for the Endorsement of Forest Certification schèmes, c'est-à-dire un programme de reconnaissance qui pose des exigences au niveau international mais prend en compte les spécificités des pays. C'est peut-être la faiblesse du système car nous partageons tous la même marque, mais la forêt du Congo ne se gère pas durablement de la même façon que celle de Fontainebleau. Nous nous différencions en ce sens des autres systèmes de certification, que nous respectons, comme FSC. Ces systèmes sont nés sous l'influence de grandes ONG environnementales d'obédience nord-américaine qui imposent un système global. Il y a 15 ans, nous avons créé une alternative avec un cadre général qui permet l'expression culturelle des sociétés dans leur rapport à la forêt.
Rappelons que seules 10% des forêts au monde sont certifiées. Ce qui nous intéresse, c'est d'aller sur les 90% restants !

N'y a-t-il pas un défaut de communication lorsqu'il est montré à l'image des sections importantes présentées comme nobles alors qu'elles sont de piètre qualité et des coupes rases jugées douteuses alors qu'elles peuvent faire partie d'un plan de gestion ?

Nous pâtissons effectivement de 30 ou 40 ans d'absence de communication de la part d'une filière qui ne sait pas s'organiser. Mais mener une vraie campagne demande du temps et de faire bouger les mentalités. Ce qui laisse un boulevard aux idées reçues. Naissent des contradictions liées à un déficit de communication. Les gens aiment le bois mais ne savent pas qu'il y a derrière une filière qui emploie 400 000 personnes. Il faut expliquer la réalité de ce qu'il se passe. Si on veut du bois, il faut gérer la forêt qui le produit.

Quelles seront les conséquences de cette émission ?

Il y a d'abord une réponse immédiate, un besoin impératif de rétablir la vérité et de revenir à un bon niveau d'information.
A froid, cela nous permettra de nous remettre en question sur certains points. C'est un élément qui nous permet d'évoluer pour éviter que la situation ne se reproduise. Il faut que le système de certification évolue car il est absurde de certifier une boîte de nuit ou une centrale nucléaire.

Propos recueillis par Isabelle Doucet

(1) Cash investigation, Des labels en bois ? Emission du 24 janvier 2017
(2) Cofrac : Comité français d'accréditation

 

Pour aller plus loin :

- Voir la réponse de Pascal Marchési, suite à l'émission Cash Investigation

- Voir l'émission Cash investigation du 27 janvier 2017 (Youtube)

Mots clés : CASH INVESTIGATION CERTIFICATION FORESTIERE PEFC STEPHANE MARCHESI
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