Publié le 14/04/2017 à 18:15 / Marianne Boileve

Sécheresse

Hiver et printemps secs, nappes en phase de vidange, bise desséchante, chaleur : les conditions de la sécheresse sont réunies. Même si la situation n'est pas catastrophique, les agriculteurs du département sont inquiets.

En Isère, la terre a soif, comme le montre cette photo de blé de semis tardif où l'agriculteur à fait un apport tardif d'azote (crédit photo : Philippe Rivat).

Il n'a quasiment pas plu depuis des mois. Dans le Nord Isère, les blés sont à la peine. « Juste à côté de chez moi, il y a une parcelle qui a soif », témoigne un agriculteur du côté de Morestel. Dans la plaine de Lyon, certains ont même commencé à irriguer... Constat identique dans le secteur de Saint-Savin : « C'est hyper sec et le problème, c'est qu'ils n'annoncent pas de pluie, constate André Coppard, céréalier et élu à la chambre d'agriculture. Le plus dramatique, c'est pour les céréales à paille, surtout pour le blé et l'orge. »

Feeling

Pour les semis de maïs en revanche, « ça va encore : on arrive à trouver un peu de terre fraîche pour les implanter ». Mais beaucoup d'agriculteurs s'interrogent. « Les gens ne savent pas s'il faut semer les maïs ou non, témoigne Patrick Pellegrin, d'Isère conseil élevage. Dans les terres où il y a du gravier, autant semer. Dans les terres argileuses, on ne sait pas trop quoi conseiller. C'est au feeling de l'agriculteur. Il faut laisser passer la semaine de froid. Mais si le temps est toujours beau d'ici 15 jours, il faut semer. Et si ça lève par temps sec, c'est parfait. »

La situation est plus délicate pour les colzas : « Tout le monde dit que ça va bien, qu'ils sont bien jaunes, mais sur terrains séchants, j'en ai vu qui commencent à défleurir. Je ne suis pas sûr que les rendements soient bons », pronostique un exploitant de la plaine de la Bièvre.

Stress hydrique

Du côté des producteurs de semences, tout se passait bien jusqu'à présent. Mais l'heure étant à l'application des raccourcisseurs, les exploitants se retrouvent face à un vrai dilemme. « Mes dactyles ont puisé toute l'eau disponible. Or ils sont à un stade où il faut que j'applique un produit qui ne doit pas être utilisé en cas de sécheresse, explique Philippe Rivat, producteur à Colombe. Le fabriquant indique expressément qu'il ne faut pas traiter en situation de stress hydrique ou susceptible de le subir, ni quand on craint de grandes amplitudes thermiques. Or la météo n'annonce toujours pas de pluie, mais des températures négatives la semaine prochaine. Qu'est-ce qu'il faut faire ? »

Touffes de graminées espèce dactyle : les racines ont puisé toute l'eau (crédit photo : Philippe Rivat). Le blé a soif et manque d'azote car celui ci n'a pas pu

Aussi bon techniquement soient-ils, Philippe Rivat et ses collègues sont désemparés car s'ils n'appliquent pas le raccourcisseur, les graminées risquent de verser et le rendement s'en ressentira. Mais s'ils l'appliquent alors que les conditions sont mauvaises, le rendement risque également d'en pâtir. Dans les deux cas, la prise de risque est énorme. L'interrogation vaut aussi pour le désherbage des tournesols, où les possibilités de rattrapage sont minimes. « Il ne nous restera plus que le binage pour sauver la culture, mais ce sont des frais supplémentaires à engager », anticipe le producteur de semences.

Rendements faibles

Les éleveurs ne sont guère mieux lotis. Si, la plupart du temps, la mise à l'herbe a été bonne, « dans trois semaines, les vaches n'auront plus grand chose à brouter », s'inquiète Hervé Billot, du côté de Morestel. C'est aussi le constat que fait Patrick Pellegrin, notamment en Chartreuse et dans le Vercors, où les systèmes herbagers sont plus développés qu'ailleurs. Quant aux foins, ils sont très courts, ce qui n'annonce rien de bon. « Il fait trop chaud, et avec le vent du nord, ça sèche... », remarque un éleveur. La première coupe de ray grass a été satisfaisante, mais les rendements sont faibles : « Ils étaient jolis, mais en silo, ça n'a pas fait des tonnes, indique Patrick Pellegrin. La deuxième coupe, ça risque de ne pas donner grand chose. » Comme toutes les années sèches, l'année ne sera pas fameuse en volume, mais bonne en qualité. Le conseiller préconise donc de ne pas se presser pour ensiler et d'attendre le début de l'épiaison. « Le souci, c'est que le stade monte alors que la plante ne monte pas : il faut contrôler. Une année comme ça, il faut vraiment agir au feeling. C'est inquiétant, mais pas catastrophique. »

Marianne Boilève

L'Isère en vigilance sécheresse

Un hiver et un début de printemps très secs, fortement déficitaires en neige et en pluie (déficit de 30 à 40% selon les secteurs), des nappes insuffisamment rechargées, des prévisions annonçant une deuxième partie du mois d'avril sèche et printanière en termes de températures : les conditions annonciatrices de la sécheresse sont réunies. « L'état des cours d'eau dépendant de la pluie est semblable à celui d'un mois de juillet, indique Nathalie Jury, chargée de mission Gestion quantitative à la chambre d'agriculture. Les cours d'eau nivaux ont des débits légèrement plus corrects grâce à la fonte des neiges, mais le stock de neige n'est pas confortable. » Autant de signaux qui ont conduit le comité départemental de l'eau, réuni le 13 avril en préfecture, à décider la mise en vigilance sécheresse de tout le territoire. Un arrêté préfectoral doit être en ce sens dans les prochains jours.

 

 

 

Mots clés : SEMENCE COLZA COURS D'EAU EAU BLE MORESTEL RAY GRASS HERBE COLOMBE ENSILAGE PATRICK PELLEGRIN STRESS HYDRIQUE NAPPES PHREATIQUE VIGILANCE SECHERESSE DEFICIT PLUIE IMPLANTATION MAIS GRAMINEE PHILIPE RIVAT DESHERBAGE
Publicité
Annonces légales