Publié le 16/06/2020 à 11:10 / Isabelle Doucet

Prédation

La saison en alpage aura été de très courte pour Jean-Paul Locatelli, éleveur ovin à La Flachère. Après avoir perdu 10% de son troupeau, suite aux attaques incessantes du loup, il a abandonné l'alpage de l'Alpe en Chartreuse.

Jean-Paul Locatelli montre la morsure profonde d'une de ses bêtes. Elle devra être abattue.

« 52 bêtes sont mortes ou disparues. C'est honteux », se désole Jean-Paul Locatelli, éleveur à La Flachère.

« J'ai monté les premiers moutons le 16 mai. Tout allait bien. Puis les premières attaques ont débuté le 1er juin ». Depuis, le troupeau qui occupe l'alpage de l'Alpe à Sainte-Marie-du-Mont est sans cesse harcelé.

L'éleveur, qui avait fait le choix de monter tôt dans la saison, a décidé de redescendre ses 300 bêtes avant même d'avoir installé la totalité de son troupeau.

Mais l'exercice est compliqué. Les moutons, apeurés, sont entièrement dispersés et l'alpage est inaccessible en engin motorisé. Entre sept et huit personnes sont mobilisées pour retrouver les bêtes vivantes ou mortes.

Les vautours sont les funestes auxiliaires de ce sinistre travail. L'alpage est accidenté et des moutons ont pu tomber dans des crevasses.

Quatre photos du loup

« Nous avons été attaqués une première fois en 2018. Nous avions perdu quelques bêtes. En 2019, l'année s'est très bien passée. Mais cette année, c'est un carnage. Je pense qu'il y a deux loups sur place », poursuit l'éleveur qui conduit ses bêtes sur cet alpage depuis 1956. Elles y restent habituellement quatre mois.

L'alpage de l'Alpe est situé dans la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, gérée par le du parc naturel, entre Granier et Dent de Crolles. Il s'étend sur un millier d'hectares.

Géré par le syndicat intercommunal de l'Alpe, l'alpage regroupe les éleveurs des communes de La Buissière, Saint-Vincent-de-Mercuze, La Flachère, Sainte-Marie-d'Alloix et Sainte-Marie-du-Mont. Il accueille trois troupeaux d'ovins et un de bovins.

Le statut de la réserve fait que des tirs de défense n'y sont pas autorisés.

Ces derniers jours, le loup a fait l'objet d'un piégeage photo par les gardes du parc, dans la commune de Sainte-Marie-du-Mont. Le prédateur a par ailleurs été observé à quatre reprises en Chartreuse avec ce nouveau dispositif photographique.

10% du troupeau

« Le loup attaque tous les jours. Surtout ces derniers temps où il y avait du brouillard. C'est un alpage où il n'est pas possible de fermer les bêtes le soir. Et dimanche dernier, il a attaqué à deux heures de l'après-midi. Le loup a aussi attaqué deux chamois », précise l'éleveur.

Il pense que c'est l'œuvre de deux bêtes car il a identifié, avec son petit-fils Aurélien, berger qui assure là-haut la gestion de l'après carnage, deux traces distinctes de pattes de loup.

Le bilan pour l'instant est de 12 brebis et 40 agneaux disparus.

« Le week-end dernier, nous avons pris la décision de tout redescendre. C'est la première année que ça arrive. » L'éleveur a déjà perdu 10% de son troupeau. Il veut arrêter les frais.

La liste des conséquences

Pour autant, il s'interroge sur la suite.

Stressées, les bêtes qu'il redescend sont moins belles que lorsqu'elles sont montées. « Elles ne mangent plus, explique l'éleveur. Il reste 51 agneaux, je ne vais pas pouvoir les garder. » Avec quel fourrage les nourrir alors qu'en plaine, la deuxième et la troisième coupe sont d'habitude engrangées ? « Il me faut trouver du regain, ou des granulés », ajoute-t-il. Tant pis pour les agneaux d'alpage et tant pis pour l'embroussaillement là-haut.

Il anticipe aussi les problèmes d'avortement. D'ailleurs une brebis a déjà mis bas prématurément, avec trois semaines d'avance. Les agneaux sont chétifs. Survivront-ils ?

 

Un des deux agneaux nés prématurément. Sa survie est incertaine.

 

Jean-Paul Locatelli fait également le bilan de ses bêtes abîmées. Certaines sont mordues au cou, une a perdu sa queue, une autre est éviscérée et il manque un gigot à quelques autres. Sans compter les pattes cassées. Autant de bêtes perdues et à achever.

« Il y a aussi une brebis rendue complètement folle là-haut, avec ses deux petits. »

Autre conséquence indirecte, une incertitude quant à la pérennité de ce troupeau de 500 têtes. Aurélien, le petit fils, poursuivra-t-il son projet de reprise d'exploitation si la montée en alpages n'est plus possible ? « Il est dégouté », rapporte le grand-père.

Il insiste : « Il faut que ces choses-là se sachent, au plus haut niveau. »

Isabelle Doucet

 

 

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