Publié le 20/02/2015 à 17:55 / Isabelle Brenguier

Politiques territoriales

Les règles d'attribution des crédits issus des Psader ont changé. Devenus moins attractifs, leurs enveloppes peinent à être consommées. Une clause de revoyure peut cependant être activée pour réorienter les fonds non utilisés pour de nouveaux projets.

L'objectif est louable. Le Psader* est un outil que la région Rhône-Alpes met à la disposition des acteurs territoriaux pour les accompagner financièrement dans la mise en place de projets au bénéfice de l'agriculture et du développement rural. Selon les territoires, ils sont à mi-parcours ou dans la dernière année de leur programme, mais le constat est identique. Que l'on soit en Bièvre-Valloire, dans le Pays voironnais ou les Vals du Dauphiné, ces crédits sont loin d'être entièrement consommés (entre 30 et 60 % selon les secteurs). Ce n'est pas que la machine peine à se mettre en marche. Lors de précédentes programmations, l'outil avait été bien utilisé. « Pour exemple, des mesures liées à l'embellissement des abords de ferme, ou à la création de services de remplacement avaient rencontré un vif succès », indique Daniel Vitte, président du syndicat mixte des Vals du Dauphiné. Mais depuis, les règles ont changé.

Une clause de revoyure

Le conseil régional ne veut plus faire de « saupoudrage » dans l'attribution de ces crédits et se refuse désormais à financer des actions qui ne sont pas mises en œuvre collectivement. Le financement des projets individuels n'est plus d'actualité. Philippe Mignot, conseiller régional et rapporteur du CDDRA du Pays de Bièvre-Valloire l'admet volontiers : « Il est vrai que nous sommes au sein de démarches complexes. Il n'est pas évident de créer un cadre général qui corresponde à la diversité des territoires de Rhône-Alpes. Mais, dans un principe d'égalité, c'est une nécessité. D'autant plus que nous sommes soumis aux contrôles de la Commission européenne ». Consciente de ces difficultés, la Région incite cependant les structures en charge de l'élaboration des Psader à ne pas hésiter à utiliser « la clause de revoyure ». « Cette disposition permet de revoir le cadre et d'utiliser des crédits non utilisés sur de nouveaux projets. Elle permet des évolutions et des réorientations pour être plus proches des réalités de terrain », explique Philippe Mignot. C'est précisément l'action que mène actuellement le syndicat mixte du Pays de Bièvre-Valloire. A mi-parcours du programme, les élus qui le pilotent sont bien décidés à profiter de l'opportunité. Pascal Denolly, vice-président de la chambre d'agriculture de l'Isère insiste : « Peut-être qu'il y a eu un défaut de communication, mais aujourd'hui, il faut tirer les leçons du passé. Il est de notre responsabilité de mieux faire connaître ce potentiel d'actions ».

De vrais symboles

Pour autant, la mise en place de Psader a déjà permis la concrétisation de projets très intéressants, comme, par exemple dans le Pays voironnais, une légumerie et un magasin de producteurs. Et dans l'ensemble des territoires énoncés ci-dessus, les politiques d'installation et de transmission des exploitations ont été couronnées de succés. « La génération issue du baby-boom qui part actuellement à la retraite ne transmet pas des petits vélos. Ce sont des entreprises qui dégagent un revenu, des entités propres avec quelques dizaines d'hectares de foncier, du bâti adapté, un parc de matériel... », affirme Pascal Denolly. Autre succès : la politique de gestion quantitative et qualitative de l'eau dans la Bièvre. En lien avec différents programmes, les agriculteurs ont fournis d'importants efforts pour changer leurs pratiques culturales afin de réduire les risques de pollution des rivières et des nappes phréatiques par les nitrates et les produits phytosanitaires d'origine agricole. Pour Christian Nucci, président du Syndicat mixte du Pays de Bièvre-Valloire, « le fait d'avoir réussi à organiser ces transmissions d'exploitation et à améliorer l'utilisation de la ressource en eau est un vrai symbole. Cela montre qu'il est possible de garder une agriculture économique et de mettre en oeuvre une politique environnementale qui tiennent compte des préoccupations de chacun ». Mais les agriculteurs regrettent que ces efforts ne soient pas davantage reconnus. C'est pourquoi, il espère bien pouvoir ajouter un volet communication qui fasse mieux connaître ces pratiques innovantes à l'opinion publique.

Une certaine lassitude

Reste maintenant à ce que les agriculteurs et les autres acteurs du monde rural - la forêt aussi a des actions inscrites au sein des Psader -, soient partie prenante. Car il semblerait que certains se soient laissés gagner par une certaine lassitude vis-à-vis de ces politiques, quand d'autres ont le sentiment que seuls les projets liés aux circuits courts ou à l'agriculture biologique sont pris en compte. Dans l'ensemble des territoires, les évolutions sont pourtant déjà lancées. Comme dans les Vals du Dauphiné, où le syndicat mixte finalise la mise en place d'un méthaniseur et l'organisation d'une collecte de pneus usagés, d'autres projets pourraient voir le jour d'ici peu. Et, à l'instar de Frédéric Delattre, chargé de mission au Pays voironnais, toutes les personnes concernées soulignent que : « même si elles auraient aimé faire plus, l'impact des Psader est loin d'être négligeable, puisqu'ils ont déjà permis de réaliser de nombreuses actions qui ont changé les paysages des territoires dans lesquels ils s'appliquent ».

 

*Psader : projet stratégique agricole et de développement rural

Isabelle Brenguier

 

Le Psader, un outil pour le territoire

Les objectifs de la mise en œuvre d'un Psader au sein d'un territoire sont multiples. Il s'agit de :
- renforcer l'attractivité et l'identité du territoire en favorisant le maintien de l'agriculture et son ancrage territorial ;
- placer l'agriculture dans la stratégie globale de développement économique du territoire et aider les agriculteurs à s'adapter à une évolution du monde rural de moins en moins exclusivement agricole ;
- rechercher un équilibre entre espaces naturels, agricoles ou forestiers et espaces urbanisés et organiser la multifonctionnalité de ces espaces ;
- résorber la fracture entre les espaces dynamiques et les espaces en recul économique et social ;
- aider les acteurs forestiers à se mobiliser en faveur de la multifonctionnalité de la forêt et créer des filières locales bois.
Les Psader sont mis en place pour une durée de six ans. La région accompagne financièrement les territoires de CDDRA (Contrat de développement durable Rhône-Alpes) ou de PNR (Parc naturel régional) qui travaillent à la mise en œuvre d'actions s'inscrivant dans ces thématiques.
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