Publié le 06/07/2017 à 08:25 / Marianne Boileve

Mobilisation

Le 3 juillet, une cinquantaine d'élus du Vercors, du Trièves et des Chambaran ont rencontré le préfet pour faire part de leur désarroi face à la présence accrue du loup sur leurs territoires.

Loup : « On est en train de liquider les territoires de montagne », a dit le maire d'Avignonnet lors de la réunion en préfecture le 3 juillet.

« Aujourd'hui, le loup n'est plus seulement un problème agricole : c'est aussi un problème de sécurité publique. » Yann Souriau n'y va pas par quatre chemins. Héraut de la croisande anti-loup depuis que sa commune subit de plein fouet les attaques du prédateur et les conséquences désastreuses des troupeaux en panique, le maire de Chichilianne demande que l'Etat accorde des dérogations à la protection du loup de façon réaliste. Lundi 3 juillet, il faisait partie de la délégation d'élus du Trièves, du Vercors et des Chamabran qui ont rencontré le Préfet pour faire part de leur « désarroi » et de leur inquiétude face à l'installation du loup sur leur territoire.

Urgence

Soutenus par le sénateur Michel Savin, le président du parc naturel régional du Vercors et plusieurs conseillers départementaux, les élus locaux ont averti le préfet : « La saison pastorale débute et il y a urgence, car les attaques se multiplient. » Pour eux, le loup constitue une « problématique majeure » qui met en péril non seulement les troupeaux et les activités agricoles extensives, mais plus largement le pastoralisme qui contribue à la lutte contre l'embroussaillement, et donc les incendies, et la sécurité des personnes, notamment celle des randonneurs qui arpentent les sentiers communaux.

Très remontés contre les statistiques qui leur ont été officiellement présentées au cours de la réunion, les maires isérois ont pointé du doigt les contradictions de l'Etat. « Il s'agit de savoir si on veut du loup ou de l'élevage : on est en train de liquider les territoires de montagne », a lancé le maire d'Avignonet.

Loup dans la plaine

Les élus du Sud-Grésivaudan ont de leur côté signalé que le problème était en train de s'étendre à la plaine. « Jusqu'à présent, le loup était présent en montagne, constate Cédric Nievollet, éleveur et adjoint au maire de Vatilieu. Mais il descend dans les coteaux, notamment dans les Chambaran. En avril, nous avons eu deux attaques sur le territoire de notre commune. » Comme ses collègues, le jeune élu estime que « les effectifs de loups augmentent, les problèmes aussi. Si on ne fait rien, ça va coûter cher à la société... »

103 autorisations de tir depuis janvier

Attentif, le préfet a semblé bien comprendre le message. Il a rappelé aux élus qu'il avait délivré 62 autorisations de tirs de défense et de tirs de défense renforcés en 2016, et 103 nouvelles depuis, ces dernières restant « suspendues, depuis le 30 juin à un nouvel arrêté ministériel qui devrait être signé très prochainement ». Lionel Beffre a indiqué qu'il se trouvait contraint par un cadre « extrêmement raide », mais que l'Etat demeurait « mobilisé aux côtés des éleveurs en indemnisant leurs pertes et en accompagnant la protection des troupeaux (clôtures, chiens, effaroucheurs lumineux à proximité des habitations…), ce qui constitue la réponse la plus urgente face aux attaques »

Effets pervers

Les élus considèrent que ces systèmes de protection sont insuffisants et « peu efficients ». Ils génèrent même des « effets pervers » pour les usagers de la montagne, habitants, touristes ou randonneurs. Les maires ont par ailleurs déclaré qu'ils « refusaient que les démarches d'indemnisation soient les seules réponses apportées aux éleveurs » et demandent que soit levé le « flou juridique » qui entoure le statut des hybrides. Fabien Mulyk, au nom du Département, a suggéré de s'inspirer de ce qui se pratique dans certains pays scandinaves où la population de loups est régulée en fonction de ce que le territoire peut supporter en termes de densité et d'activité. Jacques Adenot a pour sa part proposé que le Vercors devienne territoire d'expérimentation  pour réguler la présence du loup. « Le dialogue a été difficile », confie un maire. « Ils feront quelque chose le jour où le loup entrera dans Grenoble », soupire un autre, très amer.

Marianne Boilève

 

Vidéo : La solitude des maires et des éleveurs face au loup. Interview de Yann Souriau, maire de Chichilianne (Isère)

 

 

 

 

 

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