Publié le 26/10/2018 à 17:45 / TD journaliste

Débat

Le festival du pastoralisme inaugure sa 13ème édition lors d’une soirée dédiée au loup.

Axel Falguier (à droite) et Marc Khanne (à gauche), ont présenté deux visions différentes du loup dans leurs documentaires.

130 paires d’yeux fixent Marc Khanne et Axel Falguier. La salle du cinéma Le Club à Grenoble est pleine pour le lancement du festival du pastoralisme sur le thème du loup. L’heure des loups, le documentaire de Marc Khanne présente le quotidien des éleveurs face au canidé. « Je n’avais pas prévu de travailler sur cette thématique car je la trouvais trop complexe, mais après avoir rencontré un éleveur victime d’une attaque récente, j’ai décidé de prendre ma caméra », raconte-t-il.

Le documentaire d’Axel Falguier Loups et moutons, des solutions ? est plus technique, centré sur les moyens de protection. « Je viens plutôt du monde de l’écologie. Je ne voulais pas être dans la passion », explique-t-il. Les deux réalisateurs ont choisi de ne pas montrer l'animal. Les deux ont utilisé des schémas ou des dessins. « Sur le terrain, on ne le voit pas, il est beaucoup dans la tête. Je voulais donc montrer ça dans le film », explique Axel Falguier.

Malgré quelques thématiques communes aux deux films, la différence de points de vue reste flagrante. « On essaie d’être objectif mais on a quand même chacun un point de départ », confirme Marc Khanne.

Une protection forte

Dans la salle, éleveurs, bergers, et citadins cherchent à comprendre… et échanger. « On voit le nombre de loups tués et on sait que vous avez le droit d’abattre, alors quel est le problème en fait ? », interpelle un spectateur. « Il y a 12 000 bêtes tuées chaque année, la population de loups sera à 500 spécimens en 2019 et il y a déjà 8 000 chiens de protection en France. En 2023, si on suit les croissances de chaque paramètre, ça fera 24 000 brebis tuées, une population de 1 000 loups, et 16 000 patous… il va y avoir un problème avec les promeneurs », répond Marc Khanne. « Le loup est là et vous allez devoir vous adapter aux moyens de protection le plus tôt possible », prévient le second réalisateur.

Pourtant, les deux sont d’accord pour dire que les moyens de protection ne sont pas assez performants. « S’il n’y a pas de moyen fort derrière, de toute façon, le loup passera tôt ou tard », souligne Axel Falguier. Dans son documentaire, il liste les charges des moyens de protection et les aides données et montre la difficulté de gérer le port d’une arme pour un berger.

Marc Khanne s’est concentré sur les conséquences pour les éleveurs. « Le loup met à mal les petits élevages qui peuvent difficilement faire du pastoralisme extensif avec les moyens de protection. Mais cela n’empêchera pas d’avoir de la viande et du lait en supermarché, loin des aliments de proximité ».

Vivre l’attaque

« Dans les Abruses, en Italie, on a le loup et les éleveurs vendent quand même leur production et les promeneurs passent sans difficultés dans les troupeaux, pourquoi vous ne faites pas pareil ? », interroge une spectatrice. « L’Italie a les mêmes difficultés que nous », tempère Bruno Caraguel, directeur de la FAI.

Les premières minutes de L’heure des loups montrent un éleveur qui abat une brebis à la suite d’une attaque. Un sursaut a secoué la salle durant la projection. « J’ai apprécié que tu montres les conséquences d’une attaque. On ne le montre jamais », remercie un jeune berger.

Virginie Montmartin

Le festival de l’ouverture

Le festival du pastoralisme, ouvert à tous, raconte la vie des éleveurs et des bergers, d’ici ou d’ailleurs. « Le pastoralisme est une tradition orale. Les films nous permettent de communiquer et de faire un passage aux générations futures », témoigne Bruno Caraguel, directeur de la Fédération des alpages de l’Isère (FAI), organisatrice de l’évènement. Cette année est la 13ème édition, mais seulement la deuxième à Grenoble. La salle était comble pour la plupart des projections. Le public différent a permis « d’ouvrir les échanges ».
Parler du loup
Chaque année, les réalisateurs peuvent inscrire leur film et la FAI effectue une sélection. « Il y a en a eu beaucoup sur le loup cette année. On les a sélectionné sur le côté récent et la présence du triptyque homme, animal, territoire », raconte Bruno Caraguel. Si le thème semble avoir été longuement traité, l’approche cinématographique est différente. « Le débat public est mort et enterré dans l’œuf. Avec les films, on veut que les gens s’en saisissent pour réfléchir », témoigne-t-il.
VM
Mots clés : LOUP CINÉMA FESTIVAL DU PASTORALISME BERGER
Publicité
Annonces légales