Publié le 19/03/2019 à 17:10 / Jean-Marc Emprin

Point de vue



La célébration des accords du 19 mars 1962 qui marquent la fin des hostilités entre la France et L'Algérie a toujours fait polémique. Entre le devoir de mémoire et les conséquences d'un après-guerre mal géré pour certains, ou mal admis pour d'autres, cet anniversaire passe parfois sous silence. Dommage car c'est le fruit d'une histoire partagée entre la France et les pays nord-méditerranéens. Le passé ne se juge pas, il s'assume ! Et même si les années se sont écoulées, nous héritons tous, ici comme là-bas, des fruits de ce conflit, des erreurs du passé, et des dossiers mal résolus comme la situation des harkis, l'intégration, le rapatriement des pieds noirs.
Cette année, la commémoration prendra un autre goût au vu des évènements actuels en Algérie, où le parti de Bouteflika instrumentalise sa personne malade et grabataire. Un président âgé, forcé de simuler médiatiquement qu'il tient dans ses mains tremblantes la destinée d'un grand pays au profit d'un parti conservateur et rigide. Ce parti qui bloque aujourd'hui les richesses et le développement économique et social d'une population aspirant à la modernité.
Quoi de plus normal, pour une jeunesse algérienne, d'exiger de l'emploi, du pouvoir d'achat, une protection sociale et la liberté dans une vraie démocratie ? Et c'est dans une belle démonstration de pacifisme et de civisme que cette jeunesse défile aujourd'hui dans les rues d'Alger, espérant un soutien affirmé des pays amis. Mais si la France est aujourd'hui pleinement aux côtés de ces jeunes Algériens qui s'émancipent, elle ne le fait qu'à bas mots pour ne pas être accusée d'ingérence. Paris craint de réactiver des tensions historiques entre deux états qui doivent désormais se respecter de chaque côté de la Méditerranée. Et pour le peuple français en situation de manifestation et de grand débat national, le soutien affirmé à une jeunesse algérienne risquerait aussi de raviver des mouvements extrémistes ou racistes qui n'ont pas encore digéré une guerre vieille de plus de 50 ans.
Cette guerre trop discrète dans les manuels scolaires, donne au moins à la jeunesse française un devoir de partage et une mission de réconciliation. Osons dire ouvertement aux jeunes Algériens que nous les comprenons, qu'ils ont besoin d'honnêteté, d'humanisme, de reconnaissance et de progrès. Osons leur dire que ceux qui promènent hypocritement un mourant dans un fauteuil sont des imposteurs du pouvoir.
Le gouvernement qu'ils installeront par le scrutin leur appartiendra. Il méritera tout le respect d'une France amie avec laquelle il faudra travailler dans la co-construction de l'espace euro-méditerranéen où chaque partie sortira gagnant et partenaire.

Didier Villard
Mots clés : DIDIER VILLARD ALGERIE DEBAT ACCORD DU 19 MARS 1962
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