Publié le 07/05/2019 à 12:25 / Marianne Boileve

Vals du Dauphiné

Samedi 11 mai, l'association Terraval'D organise une journée de visites et de débats participatifs pour appréhender la nature de la ruralité aujourd'hui et lui imaginer un avenir combinant des attentes parfois contradictoires. Le soir, Yves Duteil, grand témoin de la journée, donnera un concert aux Abrets.

Dans la continuité des Assises de 2015, les Rencontres de la ruralité du 11 mai interrogeront la notion de ruralité, et par conséquent la place et le rôle de l'agriculture au sein des Vals du Dauphiné.

Dans l'esprit des urbains, la ruralité est généralement associée, au mieux, à des clichés de cartes postales, au pire à un modèle figé, peu digne d'intérêt. C'est pourtant un monde en pleine effervescence, bousculé par la venue de nouveaux habitants et l'émergence d'aspirations nouvelles, pour le local, l'alimentation de qualité et les questions environnementales notamment. Pour permettre à chacun d'appréhender cette réalité mouvante, l'association TerraVal'D, qui regroupe les acteurs agricoles et ruraux du territoire, organise les Rencontres de la ruralité le 11 mai.

Secteur attractif

« Nous sommes dans un secteur attractif, où il y a de l'emploi, analyse Didier Villard, éleveur et président de Terraval'D. Beaucoup de gens s'installent. Pour eux, la priorité, c'est le cadre de vie et le loisir. Mais ils ne s'interrogent pas sur l'origine de ce cadre de vie. » D'où cette journée de rencontres, destinée à interroger la notion même de ruralité, et par conséquent la place et le rôle de l'agriculture au sein des Vals du Dauphiné.

Les Vals du Dauphiné sont un secteur attractif, où beaucoup de gens s'installent, sans bien connaître les enjeux ruraux.

Pour permettre au public d'aborder la question sous toutes ses facettes, la journée sera structurée autour de trois temps forts. Le matin, trois circuits de visite (en bus) permettront au public de sillonner le territoire pour en appréhender la richesse et la complexité. Avec une agriculture occupant 63 % de leur superficie, les Vals du Dauphiné ont une image éminemment « rurale ». Mais quelles réalités masquent cette façade ? A Biol, Olivier Giroud détaillera son projet de reprise de la ferme familiale, avec arrêt de la production laitière (en filière longue) et développement de nouvelles productions. A Corbelin, les associés du Gaec Fly livreront un contrepoint fort intéressant sur la valorisation et l'avenir laitier du territoire. Les bus passeront également par une entreprise , un espace naturel sensible, des ateliers d'artisans, tous prétexte à rencontres. Les balades se conclueront par des lectures de paysages croisées, en partenariat avec le CAUE de l'Isère, et la matinée s'achèvera par un grand-pique, de produits locaux bien sûr.

Ruralité et innovation

L'après-midi, place à la réflexion et à l'« intelligence collective ». Sous l'œil attentif d'un célèbre grand témoin, Yves Duteil, chanteur et ancien maire de la commune rurale de Précy-sur-Marne, porteurs de projet, agriculteurs, chercheurs, gestionnaires et usagers du territoire sont invités à débattre de la nature de la ruralité aujourd'hui (est-elle encore agricole ?) et du rôle de l'innovation au sein des territoires ruraux. Bernard Pecqueur, chercheur spécialisé dans les notions de développement économique territorial, interrogera la place de l'agriculture dans la ruralité. « On est face à un paradoxe, souligne-t-il. On attend de l'agriculture qu'elle maintienne au vert des espaces qui sont considérés par les urbains comme des espaces de loisirs et non comme des espaces productifs, alors qu'ils veulent eux-mêmes s'approvisionner en local. »

Patrimoine

C'est bien la difficulté que les agriculteurs rencontrent au quotidien. « Je crois que la notion de ruralité doit prendre des distances avec ses anciennes images de petits villages agricoles pour s’émanciper dans un territoire qui conserve son identité et la revendique, estime Didier Villard. Nous devons cultiver les liens nécessaires, les relations entre les petits villages et la petite ville, les différentes professions, les différentes générations. L’agriculture, tout comme les petits commerces ou les services publics de proximité, sera préservée si chacun adhère et partage l'identité d’un territoire dans lequel il se retrouve. » En prenant les rênes de la ferme familiale, Alexandre Pattard, fils d'agriculteur et architecte paysagiste de formation, s'inscrit dans cette optique. Mais s'il souhaite « préserver un patrimoine », il entend bien aussi « le faire évoluer », tout en réduisant au maximum son impact sur l'environnement. Pour lui, pas question de revenir en arrière : il s'agit juste de « remettre les choses dans le bon ordre ».

Période de rupture

Pas question non plus de tourner le dos à l'innovation. Encore faut-il s'entendre sur le terme, l'adapter aux attentes des territoires ruraux et ne pas le brandir comme la solution à tous les problèmes. « Il faut jouer sur les besoins exprimés, de proximité, de consommer local, de moins polluer, de refaire du lien », insiste Didier Villard. Chercheur associé au laboratoire Pacte (université de Grenoble-Alpes), Claude Janin considère pour sa part que nous traversons une période de rupture : « Le changement climatique est une réalité et le système économique s'essouffle. Dans un tel contexte, l'innovation est nécessaire : si on ne change pas, qu'est-ce qu'on devient ? Mais il ne faut pas tout miser sur la technologie. L'innovation peut aussi être sociale. » Pour ne pas avoir à subir, la rupture doit également se produire au niveau des modes de penser. Il faut inventer - ensemble - de nouveaux rapports, de nouvelles manières de faire, de façon à construire de nouvelles approches. C'est ce qu'ont très bien compris les agriculteurs engagés dans des projets de méthanisation ou d'agroécologie, comme l'expliquera Sébastien Poncet, éleveur à La Bâtie-Divisin et président des JA 38. L'engagement comme moteur de l'innovation, motivant, non ?

Marianne Boilève

 

Programme des Rencontres de la ruralité le 11 mai

9h30 : Accueil des participants (sur inscription), salle Vercors, Les Abrets en Dauphiné
10h-15h : Circuits de visite du territoire et de rencontres avec ses acteurs : exploitations agricoles, entreprises, artisans, associations, espace naturel sensible, ...
Pique-nique de produits locaux et lectures de paysages croisées avec le CAUE de l'Isère.
15h30-17h30 : Débats : « La ruralité est-elle toujours agricole ? » et « L'innovation en milieu rural est-elle nécessaire à l'évolution du territoire ? »
20h30-22h30 : Concert d'Yves Duteil
Tarifs
Journée complète (circuit + débats + concert) : 30 euros pour les adultes (15 euros pour les moins de 16 ans)
Circuit et débat : 15 euros pour les adultes (5 euros pour les moins de 16 ans)
Concert seul : 20 euros pour les adultes (10 euros pour les moins de 16 ans)
Inscriptions & programme : rencontresruralite.notrestudio.fr ou par téléphone : 04 74 83 25 07
Mots clés : INNOVATION DIDIER VILLARD VALS DU DAUPHINE LECTURE DE PAYSAGE LES ABRETS CLAUDE JANIN RENCONTRES DE LA RURALITE YEVS DUTEIL BERNARD PECQUEUR CAUE ISERE FITILIEU
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