Publié le 24/03/2020 à 14:25 / Marianne Boileve

Viande

Selon les filières, les éleveurs connaissent des situations plus ou moins tendues. Situation préoccupante pour les producteurs ovins : l'abattoir de Sisteron est fermé cette semaine, faute de ventes.

En raison de l'épidémie, les commandes d'agneaux de Pâques sont fortement compromises (crédit photo : Eric Greffe-Fonteymond).

Dans la filière viande, les effets de la crise sont inégaux. Pour l'instant, l'activité se maintient au niveau de la plupart des abattoirs. « Nous avons mis en place les mesures de protection qui s'imposent et les gens sont au travail », indique Eric Rochas, le président de l'Abag, à Grenoble. Il y a bien eu quelques désistements vers la mi-mars, mais rien de bien alarmant.

Annulations de commande

Même constat chez Sicarev. « La semaine dernière, ça s'est pas trop mal passé, confirme Eric Chavrot, le président de Dauphidrom. Nos outils tournent, mais tous les flux sont bouleversés ». L'arrêt brutal de la restauration hors domicile a provoqué des annulations de commande en cascade, mais la grande distribution a considérablement augmenté sa demande de viande en barquette. « Pour le moment, ça tient, mais jusqu'à quand ? », s'interroge Eric Chavrot. « On sent que c'est électrique, ajoute Eric Rochas. Et plus on va avancer dans la crise, plus ça va être compliqué. »

Stocks

Car si les ventes ont été bonnes il y a quelques jours, lorsque les consommateurs ont fait des stocks après l'annonce du confinement, les perspectives sont plus qu'incertaines. « On ne sait pas sur quel pied danser : on gère au jour le jour, reconnait le président de Dauphidrom. Nous sommes un maillon de la chaîne et il suffit qu'un maillon saute pour que tout s'arrête, car nous dépendons beaucoup les uns des autres. »

Agneaux : le marché est saturé

C'est le sentiment général chez les éleveurs, plus inquiets en filières longues qu'en filières courtes. « Les boucheries continuent de tourner, mais tout ce qui est restauration hors domicile et cuisines mutualisées est arrêté jusqu'à nouvel ordre, constate Clément Guillaud, éleveur et vice-président des Eleveurs de saveurs iséroises. Dans les grandes surfaces, comme la règle c'est d'éviter les contacts, les enseignes privilégient le libre-service. Ce qui fait que, pour l'instant, au niveau des Eleveurs de saveurs, nous avons une dizaine de bêtes annulées. »

Invendable

La situation est très préoccupante pour les éleveurs ovins qui voient la perspective de leurs ventes de Pâques fortement compromise. Dans les coopératives ou les structures, comme l'Association des viandes agro-pastorales, tout est à l'arrêt. « Certains bouchers ferment, d'autres annulent des commandes et c'est autant d'agneaux qui restent dans les fermes, explique Eric Greffe-Fonteymond, éleveur à Tullins et administrateur de la coopérative Agneau Soleil. Or un agneau fini, quand il est prêt à partir à l'abattoir, on ne peut pas le repousser. Sinon, il monte au gras et c'est invendable. » Et si la coopérative a bien assuré à ses adhérents que les agneaux allaient partir, « on ne sait pas à quel prix, car le marché est saturé », précise Eric Greffe-Fonteymond. Garantis en temps normal, les prix de l'agneau de Pâques ne pourront guère l'être cette année, car ni la coopérative, ni la société commerciale n'ont le droit de vendre à perte.

MB

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