Publié le 12/06/2020 à 11:20 / Jean-Marc Emprin

Colza

Si les difficultés de conduite de la culture du colza sont nombreuses (déficit hydrique, gestion des ravageurs, coût des intrants), on peut limiter fortement les risques d'échecs en adaptant son itinéraire technique.

Des marges de manœuvre pour réussir

Jeudi 4 juin s'est tenu à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs le bilan de campagne colza annuel organisé par la chambre d'agriculture et Terres Inovia.
Les ravageurs d'automnes (grosses altises et charançons du bourgeon terminal notamment) occasionnent des traitements quasi-généralisés d'insecticides majoritairement à base de pyréthrinoïdes. Relativement bon marché et aujourd'hui encore efficaces, leur usage risque d'être néanmoins rapidement remis en cause en raison de la détection, l'année dernière, d'un cas de résistance avéré de grosse altise dans l'est Lyonnais. Si d'autres familles de molécules existent, les contraintes règlementaires qui pèsent sur elles risquent à termes de limiter grandement les stratégies disponibles. Il convient dès lors de faire un usage raisonné des solutions chimiques et de ne les utiliser seulement qu'en cas de dépassement du seuil de traitement (par exemple 8 plantes sur 10 touchées avec 25% de la surface foliaire détruite par les altises)

« Le semis précoce est aujourd'hui le meilleur insecticide »

Alexis Verniau, ingénieur régional chez Terres Inovia rappelle qu'au-delà de 4 feuilles, la culture entre en phase de croissance active qui lui permet de compenser les attaques de ravageurs. Une fois ce stade atteint, rien ne sert de traiter. Anticiper le semis avec une mise en terre entre le 5 et le 20 août en Isère assure l'atteinte du stade 4 feuilles avant le pic de vol d'altises qui se situe en générale autour du 20 septembre. Cette stratégie d'évitement offre également l'avantage de profiter des pluies statistiquement plus fréquentes à la mi-août qu'au mois de septembre et ainsi de raccourcir la période de sensibilité aux ravageurs par une levée rapide. Les retours d'expériences de Terres Inovia montrent qu'en cas d'implantation réussie et en l'absence d'insecticides, il est possible d'obtenir entre 80 et 100% de plantes saines au printemps dès lors que la culture atteint en entrée d'hiver une biomasse verte de 1,5kg/m² sans arrêt de croissance depuis le semis.

Obtenir un colza robuste

En cas de reliquats faibles, la fertilisation (organique de préférence) au semis peut-être un très bon moyen de soutenir une pousse continue jusqu'au repos végétatif. Par ailleurs, l'amélioration génétique est telle que le risque d'élongation des variétés actuellement proposées est considérablement réduit y compris pour les semis précoces et fertilisés.
La préparation du sol est également un élément déterminant de la réussite du semis en cherchant à la fois à limiter le dessèchement du profil et à favoriser le développement du pivot. La profondeur de travail est donc à adapter en fonction de la zone de compaction éventuelle à atteindre. Les passages répétés d'outils type déchaumeur à disque ou herse rotative sont à éviter en raison de l'évaporation qu'ils engendrent. Le choix des interventions à réaliser s'apprécie avec un simple test bêche dans la culture précédente et avant que le sol ne soit trop sec (avril à juin).

Des économies d'intrants possibles

Il est également bon de rappeler que les levées de dicotylédones (gaillets et géraniums) sont grandement favorisées par le travail du sol, et qu'en l'absence de problème de structure majeur ou de pression forte en graminées, le strip-till ou le semis direct sont à préférer. En ce cas, la gestion des résidus de surface est déterminante pour ne pas gêner la levée.
Par ailleurs, depuis 2019 sont disponibles des produits de post-levées qui bouleversent les habitudes de désherbage et ouvrent la porte à des stratégies à la parcelle. Yann Janin, conseiller agronomie à la chambre de l'Isère, note que durant la campagne 2020, ce raisonnement a conduit plusieurs agriculteurs du département à ne pas désherber certaines parcelles car jugées très propres à l'automne malgré l'impasse de désherbage au semis.
En matière de gestion de l'azote, des gains sont également possibles via l'association avec des légumineuses gélives ou encore l'utilisation de la réglette azote pour piloter la fertilisation grâce à la pesée de la biomasse de la culture en entrée et sortie d'hiver
Des tours de plaines et formations seront organisés à l'automne prochain sur ces thématiques pour aborder l'ensemble de ces leviers disponibles.

Yann Janin
Publicité
Annonces légales