Publié le 16/10/2020 à 10:25 / Marianne Boileve

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Début septembre, accueillant une réunion stratégique de l'association nationale des stations d'expérimentation en fruits et légumes (Irfel), la Senura a reçu ses homologues des autres régions françaises. L'occasion d'envisager les moyens de progresser ensemble.

Lors de la visite d'une expérimentation conduite par la Senura dans le verger d'un producteur de noix à Têche, l'Irfel a semé des graines de coopération.

Début septembre, la Senura s'est lancée dans un essai d'un nouveau genre : la mise en culture des relations entre stations d'expérimentation. Venus des quatre coins de la France, les représentants d'une dizaine de stations régionales spécialisées en maraîchage et arboriculture se sont retrouvés deux jours à Chatte pour réfléchir, échanger et « apprendre à mieux se connaître ». Tous membres de l'Irfel, ils ont d'abord discuté « orientations stratégiques » avant de se plonger dans la culture nucicole locale.

PME au service des agriculteurs

Leur petit périple a démarré le 3 septembre par la visite de la station de Chatte et de son laboratoire. L'équipe de la Senura a présenté ses travaux de recherche, ses « manip'» en cours, les agro-équipements de l'exploitation ainsi que les collections variétales d’amandiers, de pacanier (noix de pécan) et de noisetiers. L'occasion pour les présidents et les directeurs de partager bon nombre de données sur les projets en cours dans les différentes stations régionales. « Nous sommes des petites PME au service des agriculteurs, explique Damien Penguilly, directeur du Caté, une station bretonne spécialisée en maraîchage. Nous n'avons pas les même bio-agresseurs, mais nos méthodologies sont les mêmes. Nous pouvons échanger des informations sur des maladies ou des pistes de recherche pour progresser ensemble. Nous avons déjà identifié plusieurs points à faire fructifier, notamment sur les champignons, puisque nous avons la même approche des phytopathologies. »

Objectif zéro traitement

Après la visite de la station, direction la noyeraie de Chatte et l'Earl Iserable. Nicolas, administrateur de la Senura et producteur de noix, a témoigné des évolutions de l'agriculture locale à travers l'exemple de son exploitation qui a pris le parti de la diversification savonnière. Le circuit s'est ensuite poursuivi à Têche, où la Senura expérimente depuis un an un système innovant combinant bâche anti-pluie et filet anti-insectes dans un objectif zéro traitement. « Nous avons monté cette expérimentation pour répondre à une volonté des professionnels et des citoyens de réduire l'utilisation des phytos, a contextualisé Marianne Naudin, chargée de mission à la Senura. Les bâches anti-pluie doivent limiter le développement du colletotrichum et les filets réduire la pression du carpocapse et de la mouche du brou. Mais ce n'est pas simple, car le noyer est un arbre de haut-jet. Ici, nous sommes dans un verger de lara, car c'est le noyer le moins haut. »

Expérimentation

La technicienne a détaillé les difficultés techniques (installer des poteaux de plus de sept mètres à 1,50 mètres de profondeur, limiter la prise au vent, assurer l'étanchéité, gérer l'enherbement...) et le coût global de l'installation : 50 000 euros à l'hectare plus 15 000 de pose. « Pour l'instant, nous n'en sommes pas encore à penser rentabilité », a-t-elle pris soin de préciser.

Echanges entre producteur de noix isérois et responsables de stations d'expérimentation bretons.

Les premiers résultats de l'expérimentation sont prometteurs, en raison notamment des intempéries de l'an dernier. « Du fait de l'épisode de grêle de juin 2019, nous avons eu beaucoup de pertes sur la partie du verger non couverte, où nous avons eu aussi davantage de colletotrichum (+20%), a indiqué Marianne Naudin. En 2020, l'effet est moins visible. Nous avons eu beaucoup de bactériose sous les filets, sans doute parce que nous les avons descendus un peu tard. »

Pièges anti-insectes connectés

L'intérêt est manifeste du côté des « visiteurs » de l'Irfel. On examine de près l'installation, on prend des notes, des photos, les questions fusent, on s'interroge, on s'interpelle. « Sur quelle culture tu mettrais ces filets, chez toi ? » Ça cause porte-greffe, suivi des protocoles, pièges anti-insectes connectés... Les échanges vont bon train. « Nous avons de nombreuses thématiques communes, constate Cyrielle Masson, chargée d'expérimentation à la Senura. Je pense que ce genre de rencontre peut servir de base à de nouveaux échanges. Pourquoi pas ne pas mutualiser des matériels ou des techniques, par exemple ? » A peine semées, les idées de coopération sont déjà en train de germer.

Marianne Boilève

 

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