Enseignement
Les jeunes du lycée agricole de La Côte-Saint-André réfléchissent sur leur consommation

Isabelle Brenguier
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En organisant une journée thématique sur la consommation et l’écologie, les jeunes du lycée agricole de La Côte-Saint-André ont aussi engagé des réflexions concrètes sur leur vision de l’avenir. 

Les jeunes du lycée agricole de La Côte-Saint-André réfléchissent sur leur consommation
Clélie Vienot, Suzanne Playez, et Zoé Ressicaud, élèves au lycée de La Côte-Saint-André, chevilles ouvrières de l’organisation de la journée, aux côtés de leur professeur documentaliste, Elena Ceschia Meyer.

Consommez autrement. Tout un programme. De multiples déclinaisons possibles aussi.
Afin de réfléchir à cette thématique et de mettre en œuvre de nouvelles manières de consommer dans leur quotidien, 19 élèves de différentes classes du lycée agricole de La Côte-Saint-André ont participé le 28 mars, au défi « On peut mieux faire - Tous ensemble marchons pour la planète et partageons notre envie d’agir », organisé par le réseau Natur’Académie en Auvergne-Rhône-Alpes (1).
Rassemblés dans l’enceinte du parc Allivet à La Côte-Saint-André, les 260 élèves du lycée ont dû apporter un objet dont ils souhaitaient se séparer pour le donner à la ressourcerie du Pays de Bièvre-Valloire, implantée à Saint-Pierre-de-Bressieux, puis partir à la rencontre d’une dizaine de fermes du secteur pour leur acheter des produits et permettre la tenue d’un pique-nique partagé.
« En faisant don d’un objet à la ressourcerie, en la faisant découvrir aux élèves et en leur montrant comment consommer des objets de seconde main, en achetant des produits alimentaires locaux, en allant faire ces achats à pied plutôt qu’en voiture, nous avons voulu montrer qu’il était possible de consommer autrement. Notre objectif est de faire infuser d’autres manières de faire que celles qui font partie de nos habitudes, tant en termes de produits du quotidien que d’alimentation ou de déplacement », expliquent Suzanne Playez, Zoé Ressicaud et Clélie Vienot, élèves en terminale générale, STAV (sciences et technologies de l’agronomie et du vivant) et première au lycée de La Côte-Saint-André, chevilles ouvrières de l’organisation de la journée.

Ecologie sans excès

Pour ces jeunes filles de 16 et 17 ans, l’environnement en général et la consommation en particulier sont incontestablement des questions qui les touchent. D’où leur motivation à s’impliquer dans ce projet.
« On voit bien l’impact de nos actions sur la planète, sur le changement climatique. C’est pour cela que j’ai eu envie de m’engager dans l’organisation de cette journée », souligne Suzanne Playez. « Fille d’agriculteurs, chez moi, il a toujours été important de faire attention à la façon dont on consomme, à privilégier les produits locaux à ceux qui viennent de l’autre bout du monde. C’est pour cela que j’ai trouvé sympa de travailler sur cette thématique, en espérant que cela sensibilise l’ensemble des élèves », ajoute Zoé Ressicaud.
Si le sujet de la consommation locale fait l’unanimité auprès des étudiants du lycée, il n’en est pas forcément de même pour la question plus globale de l’écologie. Ainsi, les élèves engagés dans les filières technologiques et professionnelles adoptent davantage de réserves.

« Une journée comme celle-ci a du sens, car elle permet de faire découvrir les fermes qui pratiquent la vente directe. Mais s’agissant de la production agricole, nous n’aimons pas qu’on parle d’écologie avec excès. En France, la production est déjà de qualité. Quand nous nous installerons, nous réfléchirons aux intrants, c’est évident. Mais nous sommes réticents sur le bio. Le pratiquer stricto sensu, c’est possible, mais l’agriculteur sera perdant. Car il n’arrivera pas à en vivre. Les coûts de production sont élevés et ne permettent pas aux producteurs bio de tirer un revenu de leur activité », affirment Elena Maturana, Léna Cazorla et Antoine Berruyer, en terminale de Bac pro au lycée.

Eveiller les curiosités

Professeur documentaliste au lycée, Elena Ceschia Meyer accompagne depuis plusieurs mois les élèves dans la préparation de leur projet. Le point de vue des étudiants en bac pro et bac technologique sur l’écologie, elle le connaît bien. Sensible à la cause environnementale, elle estime qu’« il est très important de dialoguer avec les jeunes pour leur faire comprendre qu’il ne faut pas réduire l’écologie à une mode ou à des positions extrémistes ». Sa volonté est de « leur faire comprendre que par de petits gestes, on peut protéger la planète, et aussi associer l’agriculture ».

Pour Régine Boulon, la directrice de l’établissement, une journée comme celle-ci a justement vocation à décloisonner les positions. « On ne peut évidemment pas reprocher à des jeunes qui sortent de 3ème d’avoir envie de produire, de se projeter comme chefs d’exploitation, et de se préoccuper de la manière dont ils vont vivre et dont ils vont être perçus dans la société. C’est à nous, corps enseignant, de les aider à ne pas avoir une vision compartimentée de ces sujets, avec la production agricole d’un côté et les préoccupations environnementales de l’autre. Nous devons les sensibiliser à la préservation des ressources, leur montrer qu’elles ne sont pas inépuisables. C’est une action pédagogique que nous devons avoir vis-à-vis des élèves mais aussi de la population. Nous devons éveiller leur curiosité et éviter les jugements d’emblée et les a priori. C’est un enjeu important pour tout le monde, autant pour les élèves qu’ils sont aujourd’hui que pour les citoyens qu’ils seront demain », avance-t-elle.
Les divergences d’opinion évoquées par les jeunes durant la journée sont semblables à celles portées par nombre de leurs aînés. Loin d’être anecdotiques, ces discussions montrent que les jeunes n’attendent pas d’être adultes pour s’interroger et avoir des idées. Elles révèlent un intérêt majeur pour ces sujets et pour leur avenir, de belles confrontations d’idées aussi.

(1)   Cet évènement est porté par différents établissements de l’enseignement agricole public en Auvergne-Rhône-Alpes dans l’objectif de sensibiliser les élèves à l’écologie

Isabelle Brenguier