L’hébergement des personnes âgées dépendantes a vocation à évoluer. Des alternatives à l’Ehpad et au maintien à domicile émergent. Détails de nouvelles formules qui vont voir le jour en Isère en mai prochain.

Accueils sur mesure
Crédit photo : " Age et vie " La société " Age et vie " a fait construire deux maisons à Chirens qui accueilleront chacune huit colocataires.

S’installer en coloc’, la démarche est tendance et prisée chez les jeunes. Mais pas seulement. Les seniors aussi sont en passe de se l’approprier. A l’image de l’initiative portée par la société « Age et vie », née en Bourgogne mais qui essaime dans toute la France et notamment en Isère, à Chirens, dans le pays voironnais. Elle propose aux personnes âgées dépendantes une colocation adaptée à leurs besoins.

Sur le papier, la proposition est alléchante. La société construit une maison de plain-pied intégrant comme élément central une grande pièce de vie - composée d’une cuisine ouverte sur une salle à manger et un salon - autour de laquelle sont réparties huit chambres de 30 mètres carré, chacune pouvant accueillir une personne seule ou un couple et donnant directement sur un extérieur. L’intendance de la maison (courses, repas, lingerie…) et les soins aux personnes sont assurés 24 heures sur 24, 365 jours par an, par six auxiliaires de vie embauchées à temps plein. « Tout est mis en œuvre pour faire plaisir aux colocataires et leur permettre de se sentir aux mieux. Par exemple, les repas réalisés à partir de produits frais et locaux sont préparés par les auxiliaires de vie. Les résidents peuvent autant qu’ils le souhaitent participer, par leurs suggestions ou leur aide pour faire les courses, cuisiner, mettre et débarrasser le couvert… Toutes leurs initiatives sont encouragées car elles leur permettent de maintenir leur autonomie et de se sentir utile », précise Julien Comparet, chargé de communication pour « Age et vie ». La colocation est accessible aux personnes âgées dépendantes classées au sein des Gir 2 à 5 *. « Il est important pour nous qu’elles puissent participer à la vie du foyer et notamment aux repas et qu’elles ne soient pas atteintes de troubles cognitifs trop importants pouvant représenter un danger pour elles ou autrui », souligne Julien Comparet. Grâce à la présence des auxiliaires de vie (la responsable de la maison et son adjointe vivent même à l’étage de la maison), la sécurité des colocataires est assurée en permanence. Le coût mensuel de cet hébergement comprenant le loyer, les frais alimentaires et toutes les prestations d’aide à la personne s’élève à 1 600 euros.

Alternative intéressante

Chirens a été contactée par la société « Age et vie » parce qu’elle répondait à leurs attentes en matière de tissu commercial et médical. Les élus de la commune de 2 300 habitants ont été, selon Christine Guttin, maire de Chirens, « unanimement séduits par cette formule de petite structure familiale, inédite en Isère, qui nous permettra de garder nos anciens Chirennois dans le village ou d’accueillir les ascendants de nos concitoyens. Car il s’agit d’une alternative intéressante pour répondre à un vrai besoin d’hébergement des personnes âgées », souligne l’élue. D’autant qu’elle a vocation à s’intégrer dans le projet d’aménagement du cœur de village qui vise, d’ici deux à trois ans, à rassembler autour de la mairie, de l’église et du terrain de boules, une maison médicale, des habitations et 300 mètres carrés de commerces. Pour permettre la construction des deux maisons qui accueilleront chacune huit colocataires, la commune a vendu un terrain qui lui appartenait à « Age et vie ». 

Suzanne Buissière, âgée de 101 printemps, s’apprête à quitter son appartement de Voiron pour intégrer la colocation. Ayant déjà testé l’Ehpad qui ne l’a pas convaincue, mais ne pouvant rester seule chez elle, elle espère beaucoup de « cette formule de petite dimension qui lui permettra quand même de rompre sa solitude, de se rapprocher de sa nièce, d'avoir toujours les mêmes personnes qui s'occupent d'elle et d’être en sécurité 24 heures sur 24 ». 

« Lâcher et souffler »

Une autre initiative consistant à accueillir les personnes âgées atteintes de troubles neurodégénératifs de type Alzheimer ou apparentés est sur le point de voir le jour, à Froges dans la vallée du Grésivaudan. Il s’agit de l’accueil de jour « Belle vallée » qui ouvrira ses portes à compter du 1er mai. « Ouvert sur les montagnes environnantes et sur un jardin thérapeutique, le bâtiment est lumineux et chaleureux. A l’intérieur, tout a été pensé pour que les personnes accueillies se sentent comme à la maison. On a l’impression d’être dans un nid douillet », détaille Françoise Midali, vice-présidente à la solidarité et au lien social à la communauté de communes du Grésivaudan.

Conçu pour accueillir neuf personnes, à raison de une à trois fois par semaine et par personne, cet accueil de jour est animé par une équipe pluridisciplinaire (un responsable du pôle hébergement, des aides-soignantes, une aide médico- psychologique, un agent de service d’hébergement et un psychologue). Son objectif est de permettre aux personnes qui le fréquenteront de (re)tisser du lien social et de préserver et de maintenir leur autonomie en stimulant leurs capacités grâce à la réalisation de différentes activités ou ateliers. Mais il a également vocation à faire bénéficier les familles d’un temps de répit indispensable tant leur investissement pour accompagner leur proche est important. Consciente de l’attente suscitée par ce projet, Françoise Midali se dit « très heureuse » de son aboutissement, car comme elle indique elle-même : « Il faut que les aidants aient la possibilité de prendre soin d’eux. Même si c’est souvent très difficile pour eux de « lâcher et de souffler », il le faut. Car le risque de s’épuiser physiquement et moralement et de partir avant la personne aidée est réel. »  Le coût de l’opération s’élève à 868 000 euros TTC, subventionné à hauteur de 134 820 euros par le Conseil départemental de l’Isère et de 95 251 euros par la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

* En fonction de son degré de perte d'autonomie, la personne âgée est classée dans un groupe iso-ressources (Gir). Il en existe 6. Les Gir 1 à 4 ouvrent droit à l'Apa (Allocation personnalisée d'autonomie). Les personnes relevant des Gir 5 ou 6 peuvent demander une aide-ménagère ou une aide auprès de leur caisse de retraite.

 

« Les innovations qui correspondent à un mode d’habitat inclusif sont les bienvenues »
Crédit photo : Sylviane Colussi Suzanne Buissière, âgée de 101 printemps, s’apprête à quitter son appartement de Voiron pour intégrer la colocation de Chirens.

« Les innovations qui correspondent à un mode d’habitat inclusif sont les bienvenues »

 « Chef de file de l’action sociale et médico-sociale », le Conseil départemental de l’Isère dispose des compétences obligatoires et facultatives en matière d’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. Si son rôle est incontournable pour développer la prévention et le soutien à domicile des personnes en perte d'autonomie vivant à domicile via le dispositif « IsèreADOM », il l'est tout autant en matière d’hébergement de ce public, qu’il s’agisse de financement ou de contrôle de qualité des structures. Concernant la structure « Age et vie » sur le point de voir le jour à Chirens, le Département n’est pas intervenu au niveau des investissements mais via une mutualisation de l’Apa * qui a permis de diminuer le reste à charge des résidents. Laura Bonnefoy, vice-présidente du Département en charge de la dépendance et du handicap, assure que « ce type de formules bénéficiera à l’avenir du soutien de la collectivité, car il répond au souhait des aînés de rester à domicile. En outre, il s’insère dans la volonté du Conseil départemental de tirer les leçons de la pandémie pour aller vers des structures plus petites et différentes. Toutes les innovations qui correspondent à un mode d’habitat inclusif, favorisant les liens sociaux, inséré dans la vie locale, sont les bienvenues. Elles seront intégrées dans notre schéma de l’autonomie en cours de révision et doté de 55 millions d’euros supplémentaires pour les cinq ans à venir ». Déjà important, l’enjeu concernant l’accueil et l’hébergement des personnes dépendantes ne cesse de s’accroître. « Car, en 2030, le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans sera multiplié par trois », souligne Laura Bonnefoy. De nouvelles solutions devront donc être développées. L’« Ehpad hors les murs » qui permet aux personnes âgées de bénéficier des services des Ehpad (Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) chez elles, en fait partie.  

* Allocation personnalisée d'autonomie, destinée aux personnes âgées dépendantes ayant besoin d’aides humaines ou matérielles, versée aux personnes vivant en établissement et à celles vivant à domicile

Les différents types d’établissements et unités spécialisées

Outre les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) : anciennement appelés « maisons de retraite », qui accueillent des personnes dépendantes ou en perte d’autonomie ayant perdu la capacité d'effectuer seules les actes de la vie quotidienne (GIR 1-4), il existe aussi :

- les résidences autonomie : auparavant appelées « établissements d’hébergement pour personnes âgées » (Ehpa) ou « foyers logements », qui accueillent principalement des personnes âgées autonomes (GIR 5-6), qui pour des raisons diverses (veuvage, isolement, sécurité…) ne souhaitent plus rester à leur domicile, ainsi que :

- les petites unités de vie (Puv) ou domiciles collectifs (Doco) qui sont des petites structures de moins de 25 places et accueillent des personnes en perte d’autonomie (GIR 3-4).

- les unités de soins de longue durée (USLD). Ce sont des unités au sein d’un Ehpad destinées à l'hébergement des personnes âgées n'ayant plus leur autonomie de vie et dont l'état de santé nécessite une surveillance constante incluant des traitements médicaux et soins d'entretien.

-  les unités psycho-gériatriques (UPG). Il s’agit d’unités au sein d’un Ehpad, auparavant appelée « cantou », est spécialisée pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées présentant des troubles du comportement ;

- les pôles d’activités et de soins adaptés (Pasa) qui sont des lieux spécialisés au sein d’un Ehpad pour 12 à 14 personnes, au sein duquel sont organisées dans la journée des activités sociales et thérapeutiques pour les résidents de l’Ehpad ayant des troubles du comportement modérés ;

- les unités d’hébergement renforcée (UHR)  qui prévoient 12 à 14 places, fonctionnent  jour et nuit et proposent sur un même lieu d’hébergement, les soins, les activités sociales et thérapeutiques pour des résidents ayant des troubles du comportement sévères ;

- et enfin, les unités pour personnes handicapées âgées (PHA) destinées aux personnes handicapées de moins de 60 ans. La plupart du temps, ces unités sont spécialisées pour accueillir des personnes ayant une déficience intellectuelle.

Source : Conseil départemental de l’Isère