Environnement
La présence des loups fragilise l'économie rurale

Morgane Poulet
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Le 3 avril, un Copil prédation s’est réuni à Saint-Marcellin pour faire état de la présence du loup dans le territoire.

La présence des loups fragilise l'économie rurale
L'OFB et la Chambre d'agriculture ont participé au copil loup, à Saint-Marcellin.

Alors que des attaques de loup sont recensées un peu partout en Isère, des études et analyses ont été menées pour tenter de trouver des solutions pour les éleveurs.
La Chambre d’agriculture de l’Isère et la Fédération des alpages de l’Isère (FAI) ont ainsi mené un Copil, dans le cadre de la Dreal, pour que les acteurs du territoire parviennent à créer une dynamique collective de prévention et d’adaptation à la prédation. Il a été présenté le 3 avril à Saint-Marcellin.
 
Un loup bel et bien implanté
 
Selon l’OFB, en 2023, l’immense majorité des meutes présentes en France se situaient dans les Alpes. Côté Isère, au cours de l’hiver 2022-2023, 268 indices ont été collectés, contre 313 à l’hiver 2021-2022. Des identifications par hurlement ont été effectuées par l’OFB depuis 2018 à Autrans et dans les Coulmes. Dans les Chambarans, en revanche, deux observations ont été faites en 2021 à Brion ainsi qu’à Plan. Quatre meutes ont été identifiées dans le Vercors à Autrans, Lans-en-Vercors, Corrençon-en-Vercors et Presles. « Bien sûr, les loups ne restent pas dans les communes nommées, car chaque meute couvre entre 150 et 250 km2 », précisent les représentants de l’OFB.
Concrètement, les troupeaux présents dans le Vercors sont affublés d’une vulnérabilité très forte dans les contreforts en raison de la pente et du paysage boisé, peu habité et fréquenté. Les clôtures y sont historiquement installées en fixe et les parcelles sont isolées. Dans les plaines du Vercors, la vulnérabilité est moindre car le pâturage y est moins pratiqué que dans le reste du territoire : le secteur est en effet plus urbanisé et les filets sont mobiles. Dans les coteaux du Vercors, les loups ont une présence plus erratique, ce qui engendre une forte vulnérabilité, malgré un espace habité et fréquenté dans le cadre de divers loisirs.
 
Des élevages fragilisés
 
Concrètement, la Chambre d’agriculture de l’Isère explique avoir mené une enquête auprès de douze éleveurs du secteur du Vercors. Pour la plupart d’entre eux, l’élevage constitue une activité complémentaire, c’est-à-dire qu’ils le pratiquent là où ils ne peuvent pas cultiver de noix.
L’élevage ainsi pratiqué est nourricier, majoritairement valorisé en circuits courts, mais contraignant. En effet, les exploitations sont en majorité morcelées, c’est-à-dire qu’il n’est pas rare de posséder 48 hectares et 37 parcelles, voire 128 dans un cas.
 
Difficile adaptation
 
Les conditions d’exercice rendent alors difficiles la protection des troupeaux. La surveillance doit être multipliée par deux par rapport à des zones du département plus facilement défendables, c’est-à-dire qu’il est nécessaire de surveiller le cheptel tous les jours, deux fois par jour. En ce qui concerne les chiens de protection, la Chambre d’agriculture de l’Isère remarque que « lorsque les lots sont proches, il est possible d'y avoir recours, mais lorsqu’ils sont éloignés de 45 minutes de trajet, la situation devient tout de suite plus compliquée lorsqu’il y a un signalement et que les chiens ne sont pas dans le bon lot. »
Pour s’adapter au mieux, il revient aux éleveurs de ne pas laisser de jeunes veaux en montagne. « Les plus jeunes sont souvent placés près des bâtiments », précise Catherine Venineaux, qui conseille également de regrouper les lots au mieux. La structure recommande aussi de créer une zone de naissance dans le parc pour laisser 200 m2 à la mère et à son veau afin qu’ils puissent s’isoler.
Le type d’animaux choisis peut aussi s’avérer utile. « Il peut être envisageable de faire un travail sur la génétique pour sélectionner des races plus défensives, mais aussi d’élever des bovins avec des cornes », ajoute Catherine Venineaux.

Morgane Poulet