Santé animale
Mieux vaut prévenir que guérir

Morgane Poulet
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Le 23 janvier, le GDS de l’Isère tenait son assemblée générale à La Côte-Saint-André, l’occasion pour lui de faire le point sur l’état des maladies dans les élevages.

Mieux vaut prévenir que guérir
Le GDS de l'Isère a tenu son assemblée générale le 23 janvier à La Côte-Saint-André.

Cette année, le Groupement de défense sanitaire (GDS) de l’Isère a tenu son assemblée générale à La Côte-Saint-André, le 23 janvier. Afin d’encourager les éleveurs à prévenir les maladies dans leur troupeau, le groupement a fait part des résultats encourageants des prophylaxies de la campagne 2022-2023.
 
Résultats encourageants
 
Le dépistage des veaux à la naissance en ce qui concerne la BVD est réglementé depuis août 2019. Cela porte ses fruits : chaque année, le nombre de veaux testés sur cartilage augmente. Lors de la campagne 2022-2023, 44 208 veaux étaient testés sur les 47 301 naissances (morts nés compris). 21 IPI (infectés persistants immunotolérants) ont été détectés, contre 56 en 2021-2022 et 104 en 2020-2021. La prévalence moyenne des IPI se porte alors à 0,05 % en 2022-2023. Pour Sébastien Simian, président du GDS de l’Isère, « les résultats sont très bons, même si certains réfractaires n’envoient pas d’échantillons auriculaires ».
En ce qui concerne la besnoitiose, maladie bovine non-réglementée dont il n’existe ni traitement ni vaccin, mais dont tout repose sur la prévention, 3 050 bovins étaient positifs au 18 janvier 2024, et ce dans 275 élevages. Les élevages laitiers sont testés deux fois par an, gratuitement. Lors de leur dernier dépistage, 18 élevages étaient reconnus positifs sur les 344 élevages testés (dont 16 étaient déjà connus depuis longtemps).  Lorsqu’il n’y a pas de clinique, la situation « est gérable », expliquent les membres du GDS. « Mais dès qu’il y a des cas cliniques, les vaches avortent, les animaux meurent, la production de lait diminue, les soins coûtent chers et il faut davantage nourrir les animaux afin qu’ils prennent du poids », précise Aurore Tosti, directrice du GDS de l’Isère.
« Nous n’avons pas de représentant pour les sections ovine et caprine, il est donc difficile de mettre des actions en place », se désole Sébastien Simian. Le GDS explique avoir tout de même investi dans du matériel pour mettre en place le plan Oscar, qui est un plan national de lutte contre les avortements. Ce dernier détermine en effet plus facilement les causes infectieuses d’avortement.
 
Gare à la peste porcine
 
En ce qui concerne les porcs, le nombre de foyers de poste porcine africaine depuis le 1er juillet 2023 s’élève à 3 941 cas domestiques et à 3 035 cas sauvages. « Ce virus circule toujours en Europe et aux frontières de la France », explique le GDS.  Si la peste porcine circule actuellement plutôt en Italie, dans la région de Gênes, le GDS rappelle que « la frontière n’étant pas loin, il faut rester très vigilant à ne pas la laisser s’introduire dans nos élevages ».
 
Département apicole
 
Même si un certain nombre d’apiculteurs a perdu tout son cheptel en raison du frelon asiatique, du varoa, du changement climatique et du manque de ressources pour les abeilles, l’Isère figure parmi les départements comprenant le plus d’apiculteurs. « Le nombre de professionnels croît chaque année », remarquent les responsables de section. Ainsi, en 2023, 1 711 commandes de médicaments ont été réalisées.
D’où la nécessité pour eux de former les apiculteurs à la protection des ruchers face au frelon asiatique, qui arrive en masse à la fin de l’automne. En 2023, 1 606 nids étaient détruits. Afin de piéger les fondatrices, 5 500 pièges ont été vendus. 4 767 ont ainsi pu être piégées.
 
 
Maladie bovine
 
Le GDS de l’Isère a également souhaité mettre en garde les éleveurs bovins quant à une maladie très répandue dans les exploitations. « La maladie de mortellaro, aussi appelée dermatite digitale, ne concerne que les bovins et est une maladie de la peau ou du pododerme, explique Alexandre Fauriat, vétérinaire. Elle est responsable de lésions circonscrites, rouges et granuleuses, avec une odeur ». Lorsqu’elle devient chronique, la peau s’épaissit.
Cette lésion peut s’infiltrer sous les décollements de corne et ainsi atteindre le pododerme, ou encore se développer sur des ulcères typiques de la sole. Concrètement, « elle se développe sur le pododerme dès que celui-ci est en contact avec le milieu extérieur », précise le vétérinaire.
Maladie d’origine infectieuse, il est préférable de la traiter le plus précocement possible car la contamination de tout un troupeau se fait généralement par l’introduction d’un animal contaminé et tout va alors très vite. « Cela arrive notamment lors d’un achat ou bien lors de participations à une foire ou à un concours, ajoute-t-il. Et aujourd’hui, entre 60 et 95 % des éleveurs laitiers ont leur troupeau atteint de dermatite ». Cette pathologie, au départ présente seulement chez les laitiers, se développe aujourd’hui au sein des allaitants. « On la voit aussi apparaître chez les engraisseurs et là, c’est catastrophique, car il faut au moins lever le pied », précise-t-il.
Même si la maladie est selon lui « très embêtante », elle peut tout de même se soigner assez facilement : « La maladie de mortellaro a besoin d’un peu d’air pour vivre, il suffit donc d’aérer les pieds, de les parer et de les nettoyer ».
Une alimentation équilibrée et enrichie en zinc et en cuivre permet également de limiter les risques de développement de la maladie, de même que le nettoyage minutieux des pieds et la désinfection collective. Une éleveuse témoigne : « Tout mon troupeau était atteint, et depuis que je lave matin et soir les pieds des vaches à l’eau, la maladie n’est presque plus présente, et cela ne m’ajoute que 15 minutes de travail ». Afin de prévenir tout risque, Alexandre Fauriat recommande tout de même de désinfecter les pieds, notamment en faisant passer les bovins dans un pédiluve de 2,5 m de long au minimum après avoir scrupuleusement nettoyé les pieds.

Morgane Poulet