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Conseil

A l'heure des orientations stratégiques

Quatre pistes d'orientation stratégique pour les exploitations agricoles ont été présentées lors de l'assemblée générale du réseau Cerfrance Isère.
A l'heure des orientations stratégiques

« Qu'est-ce qui change dans le monde agricole et comment rester dans la course ? ». Lors de son assemblée générale, le 20 février à Saint-Romain-de-Jalionas, Cerfrance Isère a proposé à ses adhérents de se projeter dans une stratégie à 10 ans. « Le monde agricole traverse de multiples ruptures, a expliqué Romain Lecomte, responsable du conseil. Quelles sont-elles ? Représentent-elles des opportunités ou des menaces ? »
Les agriculteurs se sont exprimés à ce sujet. Sur l'étagère des opportunités, ils classent la vente directe en premier lieu, d'autant que le bassin de consommation présente un fort potentiel. La recherche de nouveaux débouchés, le dynamisme des jeunes agriculteurs et les valeurs collectives sont aussi considérés comme des atouts. Ils ont également cité l'agroécologie et l'export sur certaines filières. Mais les agriculteurs ont aussi des challenges à relever, à commencer par celui de la communication, du positionnement par rapport au dénigrement dont ils font l'objet, l'équilibre économique de leur exploitation, l'accompagnement financier, la question environnementale et le défi numérique.

Exigence de transformation

« On a jamais vu les choses autant bouger, assure Nathalie Velay, membre du groupe veille économique Cerfrance. Ce sont des changements poussés par l'environnement, l'économie, la politique, la société et la technologie. Il n'est pas possible pour une seule et même exploitation de répondre à tous ces challenges. Il faut choisir une orientation au regard de ces ruptures et être cohérent dans ses décisions par rapport à ses attentes. »
Pour Cerfrance, il existe quatre grandes orientations stratégiques possibles pour répondre à l'exigence de transformation : les avantages compétitivité, contractuel, système ou clientèle. Nathalie Velay décrit chacune des options.
« La compétitivité consiste à produire moins cher que le concurrent. » Le système repose sur la production de volume et la maîtrise du prix de revient. Il s'agit d'optimiser en réalisant des économies d'échelle. « Les motivations sont à rechercher dans le potentiel agronomique de l'exploitation, des affinités avec l'économie libérale, la présence d'un réseau en cohérence, des compétences technologiques, des opportunités de reprise, la possibilité de capitaux extérieurs, une organisation pour atteindre une forte productivité », cite en exemple l'économiste.
L'avantage stratégique contractuel vise une sécurisation du chiffre d'affaires et une valorisation de la production. « Ce n'est pas seulement un produit standard, mais un positionnement sur une gamme élargie », explique Nathalie Velay. Cette piste implique le respect d'un cahier des charges et parfois l'acceptation d'un changement de pratiques. Elle n'est possible à explorer que s'il existe des filières structurées capables de proposer des contrats à forte valeur ajoutée.

En cohérence avec un territoire

La troisième option est l'avantage système. « Ce sont les pratiques globales agricoles qui font la plus-value de l'exploitation », indique l'économiste. « L'autonomie, la maîtrise des charges donnent une vraie différenciation stratégique. » L'objectif est de trouver des filières pour valoriser ses pratiques. Il convient pour cela « d'avoir une sensibilité aux politiques publiques environnementales, une approche globale du système d'exploitation, être adepte de l'innovation, de la performance, de jouer sur la complémentarité des ateliers, développer de nouveaux services et de répondre aux attentes sociétales ».
La dernière orientation est celle de l'avantage clientèle. « Le premier atout est celui de la polyvalence, de la maîtrise de la production et du consommateur. » Cela requiert une certaine dose d'adaptabilité au regard de la demande du consommateur, de la gamme proposée, ainsi qu'un certain sens du commerce. Cette stratégie s'adresse aux exploitants qui souhaitent se rapprocher du consommateur, dégager de la valeur ajoutée et profiter du bassin de consommation. A condition cependant de savoir communiquer, d'être performant et organisé.
En conclusion, Nathalie Velay insiste que le fait que ces choix doivent faire sens avec le territoire et les filières en place. Ce sont des projets à dix ans « qui engagent aussi les générations à venir ». La question de la transmission fait partie de la réflexion. « Il n'y a pas de mauvais chemin. C'est de ne pas choisir qui est compliqué. » Didier Bréchet, le président du Cerfrance Isère ajoute : « Nous sommes tous des chefs d'entreprise. Il faut de temps en temps prendre le temps de la réflexion, quel que soit le stade de la vie de l'entreprise. »

Isabelle Doucet
Bilan / L' activité de Cerfrance Isère a fortement progressé en 2018.

Une année exceptionnelle

Cerfrance Isère a connu une année 2018 « exceptionnelle » indique Matthieu Ziegelmeyer, son directeur. Le chiffre d'affaires du réseau de conseil et d'expertise comptable s'établit à plus de 700 000 euros, en augmentation de près de 8%. Cerfrance compte environ 3 000 adhérents dont un tiers sont aujourd'hui des artisans, commerçants et prestataires de service (ACS). Si l'agriculture reste le cœur de métier du réseau, « nous vivons aussi la diminution globale de la population agricole », constate Didier Bréchet, le président de Cerfrance Isère. Une population où le nombre d'entrées compense cependant le nombre des départs. Six agriculteurs sur 10 sont adhérents du réseau. Le président souligne aussi le recrutement de 23 nouveaux collaborateurs et le démarrage des Plans d'entreprises pour les candidats à l'installation. « Cet élargissement de l'offre permet de toucher plus de monde », constate Matthieu Ziegelmeyer.
Didier Bréchet a présenté dans son rapport d'orientation les ambitions du réseau Cerfrance. C'est d'abord le défi numérique, relevé grâce à l'outil Agil'It mis en place au niveau régional, mais aussi la recherche de compétences pour apporter le même niveau d'offre de service ou le développement du marché des ACS. Une action de communication a ainsi été engagée pour toucher les professionnels du bâtiment. Le déploiement de l'offre de service se poursuit. En témoigne l'édition de 20 000 bulletins de paie en 2018, un chiffre en très forte augmentation. Le service juridique, l'assistance administrative, le conseil en entreprise sont aussi en fort déploiement, portés par l'externalisation des services des adhérents de Cerfrance. Enfin, le réseau, très attaché à ses valeurs associatives, s'inscrit dans une démarche de RSE donnant « la priorité à l'humain ». Cerfrance se veut aussi impliqué dans les territoires et soucieux de son empreinte environnementale.
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