Agriculteurs et aussi chasseurs
« Les chasseurs ont toujours dit qu'ils viendraient en cas de problème. Mais ils ne peuvent pas être présents 24H/24 auprès du troupeau ». Christophe Terrier est éleveur à Saint-Andéol dans le Vercors. Il fait partie de la vingtaine d'agriculteurs qui ont choisi de passer leur permis de chasse, avec l'aide de la FDSEA Isère. Son troupeau se compose de 120 brebis, pour moitié laitières et pour moitié allaitantes. Avec son épouse, il transforme ses produits qu'il vend au marché et élève également des chevaux.
C'est sur le troupeau allaitant qui pâture en montagne que pèsent les plus grands risques de prédation. Dans les hauts plateaux du Vercors, le loup est à son aise depuis quelques années. « Nos parcelles sont éloignées de l'exploitation et nous avons, depuis trois ans, des chiens patou pour surveiller le troupeau », explique l'éleveur. Les brebis laitières sont quant à elles rentrées toutes les nuits.
Alors, quand il a reçu le mail de la FDSEA lui proposant de passer le permis de chasse, il n'a pas hésité longtemps, soucieux de défendre son troupeau de plus en plus soumis aux pressions. La démarche s'est effectuée en trois étapes durant l'hiver. « Nous avons été convoqués un samedi matin à la Fédération de chasse à Gières pour la partie pratique. La partie théorique s'est déroulée à La Rivière, puis nous avons passé l'examen. Le parcours est surtout axé sur la sécurité et le comportement par rapport au maniement de l'arme. Il y a aussi un questionnaire en dix points sur les connaissances théoriques », détaille l'éleveur.
« Le métier a changé »
Si on lui demande dans quel état d'esprit il aborde la saison en alpage, il se dit « stressé ». « La première chose que nous faisons le matin, à 6 heures, pendant que l'un trait, l'autre va voir les allaitantes pour vérifier que tout va bien. Puis nous repassons le soir une deuxième fois pour contrôler les clôtures et les chiens. »
Dans sa pratique et dans son rapport aux autres, il trouve que « le métier a changé ». « Les gens nous disent que si nous subissons des attaques de loup, c'est parce que nous ne gardons pas nos brebis », se désole-t-il. Alors, patiemment, avec sa compagne, ils échangent avec les visiteurs. « Déjà, il ne faut pas s'énerver, lance-t-il en préambule. Nous expliquons comment se déroule notre journée, comment nous travaillons, ce qui a changé et surtout combien ça coûte : quand il n'y a plus d'agneaux de renouvellement, le fourrage pour garder les brebis à l'intérieur, le travail supplémentaire etc. » Mis bout à bout, c'est du temps, de l'argent, de la peine en plus. « Si ma compagne devait s'installer aujourd'hui, elle se poserait beaucoup de questions. Avant, on en parlait du loup, mais pas comme ça. Notre vie a changé depuis dix ans. »
A la sortie de l'hiver, le loup avait déjà attaqué le troupeau voisin. « Ça ne fait pas plaisir », lâche l'éleveur, amer, qui a choisi de s'armer.
Si ce n'est pas le loup, les motivations des agriculteurs ayant choisi de passer le permis de chasser sont aussi la régulation des sangliers et des corvidés qui occasionnent de nombreux dégâts dans les cultures. Certains pratiquent aussi la chassent en tant que loisir.
Isabelle Doucet
RèglementationOuverture anticipée de la chasse au sanglier
L'ouverture anticipée de la chasse au sanglier, à compter du 1er juin dernier, était le principal objet de la réunion du comité départemental de chasse qui s'est déroulé en préfecture, le 31 mai. Chasseurs et agriculteurs avaient émis une certaine crainte suite aux avis majoritairement négatifs donnés dans le cadre de la consultation publique, qui s'est tenue du 26 avril au 22 mai 2018, relative au projet d'arrêté préfectoral annuel d'ouverture de la chasse. Légèrement modifié, mais conforme à l'esprit de départ, l'arrêté indique que « la période d’ouverture générale de la chasse à tir et de la chasse au vol est fixée pour le département de l’Isère : du 9 septembre 2018 à 7 heures au 28 février 2019 au soir ».Concernant le grand gibier, dont la chasse est autorisée à partir du 1er juillet, une ouverture anticipée a été fixée au 1er juin, pour les sangliers, mais aussi les chevreuils, daims et cerfs. Pour le sanglier, sont concernés par défaut les secteurs où il existe un plan local de gestion cynégétique, mais aussi ceux où il n'y en a pas. Les opposants à l'avancée de la date d'ouverture ont fait état d'une crainte que la chasse ne se généralise durant l'été. Il a été expliqué que cette ouverture anticipée permettait d'intervenir plus simplement dans des secteurs ciblés en allégeant la procédure administrative. L'autorisation de la DDT n'est plus requise, le tir « à l'approche ou à l'affût », pourra s'effectuer « sous l'autorité du détenteur du droit de chasse (...)». Par ailleurs, l'arrêté précise que la chasse au sanglier, à l’approche, à l’affût ou en battue, sera autorisée dès le 1er juin 2019.
En commission, il a également été signalé que l'an passé, dans le cadre des procédures dérogatoires, il n'avait été prélevé qu'une centaine de sangliers entre le 1er juin et le 1er juillet, ce qui représente peu au regard des 7 000 bêtes prélevées durant la période de chasse. Yves Borel, représentant de la FDSEA à la commission, a qualifié les dégâts causés par les sangliers comme « insuportables », en saluant la prise de l'arrêté. Il a également dénoncé le non respect des règles d'agrainage dans certains secteurs. Par ailleurs, les agriculteurs ont souligné qu'ils rencontraient aussi des problèmes avec les cerfs et les blaireaux. A ce titre, le cerf Sika a été classé en espèce exotique envahissante et n’est plus soumis à plan de chasse. Sa chasse est donc autorisée du 1er juin au 28 février sans aucune restriction. Enfin, l'Isère fait partie des cinq départements qui en France ont instauré un jour sans chasse, c'est-à-dire le vendredi.
Combien ça coûte ?
La formation au permis de chasser coûte 100 euros depuis le 1er mars 2018. Les frais de formation sont désormais remboursés à hauteur de 50 euros/an au cours des validations départementales.La validation départementale coûte actuellement 166,14 euros pour chasser le grand gibier et 132,14 euros pour chasser le petit gibier.
La validation du permis de chasser national passera en 2019 de 400 à 200 euros.