Alpages en mouvement
« Le monde de l'élevage souffre économiquement et du manque de reconnaissance », constate Denis Rebreyend, le président de la Fédération des alpages de l'Isère. Pourtant, ils sont très nombreux, ces passionnés de leur métier, éleveurs, agriculteurs, bergers, qui « font preuve de ténacité ». En témoigne leur forte participation à l'assemblée générale de la FAI, qui s'est déroulée mercredi 6 avril à Gresse-en-Vercors.
Bruno Caraguel, le directeur de l'association qui emploie une dizaine de techniciens aux services des professionnels en lien avec les collectivités, a fait état des nombreux fronts sur lesquels intervient la FAI.
A commencer en 2015 par la mise en œuvre de la nouvelle Pac. Les aides du second pilier étant véhiculées par le Projet agro-environnemental et climatique (PAEC) sous forme de deux mesures contractualisables : les SHP* entités pastorales collectives et Herbe09 ou plan de gestion éco-pastorale. Alors que le Vercors, Belledonne, l'Oisans et Sud-Isère ont reçu un avis favorable pour leur programme dès 2015, le PAEC de Chartreuse a dû présenter une nouvelle mouture pour être éligible.
Equipements pastoraux
Le président a regretté les retards dans le traitement des dossiers des Plans pastoraux territoriaux (PPT). Ils permettent de lever des financements pour les équipements pastoraux en alpages où interviennent la Région et l'Europe à hauteur de 35% chacun. Seuls 12 projets sont actuellement en cours pour un montant de 385 000 euros, qui traduit une baisse globale des interventions régionales au profit d'un redéploiement vers les autres départements. Preuve du manque de dynamisme, le Trièves n'a pas déposé de dossier cette année. De son côté, le département a reconduit son enveloppe de 200 000 euros pour les projets d'amélioration pastorale menés pas les groupements pastoraux et les associations foncières pastorales (AFP).
Les alpagistes se sont aussi émus du fait que les DPB (droits à paiement de base relevant du 1er pilier de la Pac) soient attribués aux exploitants agricoles membres des groupements pastoraux. Certains préfèreraient qu'ils soient attachés à l'alpage. Un éleveur qui quitte un alpage part en effet avec ses DPB, qu'il peut réactiver sur un autre alpage. S'il ne le fait pas dans les deux ans, il perd ses droits.
Espaces partagés
Audrey Abba, la présidente du comité de territoire Adabel (Belledonne) s'est inquiétée de la baisse de souscription à l'assurance mortalité en alpage. Jean-Marie Davoine, de la FAI, a souligné que depuis deux ans, le département ne participait plus à cette assurance. « Groupama a fait des efforts sur les cotisations pour maintenir les contrats. Mais il y a beaucoup de sinistres et le ratio sinistres/cotisations n'est pas satisfaisant », rapporte-t-il. L'augmentation du nombre d'animaux assurés pourrait être une solution. Mais Bruno Caraguel se demande si ce n'est pas une question d'érosion des cheptels. Denis Rebreyend rappelle que chacun essaie de limiter les charges sur son exploitation.
La FAI a rendu hommage au journaliste Pierre Ostian, décédé en mai 2015, qui présidait la commission tourisme. Emilie Suran, de la FAI, a énuméré les nombreux projets dans lesquels la fédération est engagée. La nouveauté, ce sont les espaces de travail partagés où se préparent les événements de loisir et sportifs qui intéressent les alpages. Des comités de cohabitation ont ainsi émergé dans le Vercors et en Belledonne. Les pratiques de chacun sont intégrées dans la préparation des manifestations. « Si nous n'intervenons pas en amont, nous devons gérer les conflits d'usage en aval », souligne Bruno Caraguel. L'enjeu, pour le pastoralisme, est aussi de repérer les possibles opportunités économiques.
Enfin, la FAI a présenté l'ébauche de son projet associatif pour cinq ans. « Le contexte a beaucoup changé depuis 2010 », note Denis Rebreyend. Il s'agit donc de définir un cadre clair de relations entre la FAI et ses adhérents, mais aussi les missions de l'équipe technique et d'adopter un positionnement net vis-à-vis des partenaires.
Isabelle Doucet
* SHP : systèmes herbagers et pastoraux, ex PHAE
Sanitaire /
La chasse aux IPI
« Chaque groupement pastoral est responsable de son sanitaire, a indiqué Jean-Yves Bouchier, le président du GDS Isère. Vous faites les choix de la qualité sanitaire que vous voulez. Les maladies de groupe 1 font l'objet d'un sanitaire de volontariat. » A quelques semaines de la montée en alpage, le GDS a rappelé les recommandations sanitaires de base, notamment en matière d'identification, où des dérives sont observées. La notification de transhumance obligatoire doit en effet être retournée dans les sept jours après la montée. Au mieux, c'est le président de l'alpage qui les centralise et les renvoie au GDS. Tous les mouvements d'alpage sont concernés.Proposé depuis l'an dernier, le kit d'alpage* bénéficie à nouveau du soutien du département, qui prend en charge la moitié des analyse avant la monté en alpages. La vaccination des gestantes contre la BVD est recommandée, sans qu'il y ait d'obligation. L'objectif est pourtant d'éradiquer cette maladie. Le plus efficace est d'éliminer les IPI, c'est-à-dire les bêtes « Infecté permanent immunotolérant », nées porteuses, qui risquent de contaminer les troupeaux.
La besnoitiose fait aussi partie des maladies compliquées. L'enjeu est de parvenir à conserver les nombreux alpages qui sont encore négatifs. Des analyses sont proposées en montée et descente d'alpage. Il n'y a pas de vaccination.
Enfin, pour la FCO, l'Isère est encore en département saisonnièrement indemne, alors que tout le Sud Est est en zone règlementée. La circulation des bêtes ne pose pas de problème et il n'y a pas de préconisation particulière pour les alpages. A minima, le GDS préconise la vaccination des béliers, cette maladie virale entraînant des baisses de fertilité, mais aussi des risques d'avortement ou de malformation.
*Le Kit Intro permet de dépister des maladies d'élevages : IBR, BVD, fièvre Q, paratuberculose.
Dates des héliportages :
Vercors-Trièves : 9 juinChartreuse : 14 juinBelledonne et Parc des Ecrins : 21 juinEmparis Eau d'Olle : 5 juillet