Attirer des candidats et des employeurs en milieu agricole
Le 2e colloque Handicap, agriculture et autisme, organisé par la CFTC-Agri, s’est tenu à Grenoble le 14 novembre, œuvrant pour une plus grande visibilité du handicap dans la société.
Parmi les nombreux défis auxquels l’agriculture est confrontée, celui des besoins de main-d’œuvre est des plus saillants.
« En 2030, 60 % des salariés agricoles et de l’agroalimentaire atteindront l’âge du départ à la retraite », mentionne Meyriem Lugrin, de France travail, lors de la table ronde « Cultivons l'inclusion pour l'agriculture » qui s'est déroulée à Grenoble, le 14 novembre, lors du 2e colloque Agriculcture, handicap et autisme, organisé par la CFTC-Agri.
Dans un milieu où 80 % des recrutements s’effectuent par le bouche à oreille, elle pose le double défi « d’attirer des candidats et des prescripteurs » quand la plupart des offres se font via un marché caché.
Oser le dire
Pour Caroline Dekerle, directrice de l’Agefiph (1), une des clés de cet accès à l’emploi des personnes en situation de handicap est l’accompagnement des employeurs.
Mais cela ne suffit pas, encore faut-il que les autres salariés soient sensibilisés afin d’éviter les freins. Il convient donc de mettre en place un plan d’action pour le handicap. Elle s’étonne que le handicap demeure tabou en entreprise et que « des salariés en situation de handicap n’osent pas le dire ».
En effet, 80 % des handicaps ne sont pas visibles. Une des conditions de réussite est « l’alignement d’intérêt », ainsi que le qualifie Pierre Hoerter, le fondateur de la société coopérative Solivers (2).
« Pour faire travailler une personne handicapée en milieu ordinaire, il faut que l’entreprise qui crée l’emploi ait des besoins particuliers et que chacun puisse savoir quel est le besoin de l’autre. »
Sensibiliser, accueillir
Jean-Paul Barithel, ancien directeur de la ferme de Belle Chambre en Isère et président de l’association Astra(3), rappelle cependant la typologie des fermes de la région faite de petites exploitations, certaines en moyenne montagne « qui ont du mal en fin de mois » et pour lesquelles il est difficile d’imaginer d’accueillir une personne en situation de handicap.
Astra « défend l’idée que l’agriculteur doit être rémunéré pour le temps qu’il passe et pour l’organisation de son activité ». Jean-Paul Barithel soulève une double difficulté : faire connaître aux personnes porteuses d’un handicap ce qu’est l’agriculture et trouver et sensibiliser des agriculteurs capables de les accueillir.
Plusieurs dispositifs existent cependant comme la reconnaissance de la lourdeur économique du handicap de l’Agefiph, qui permet de compenser la perte de productivité.
France travail propose pour sa part la Préparation opérationnelle à l’emploi (POE) et prend en charge cette formation jusqu’à une durée de 450 heures.
Il existe également des stages d’immersion en entreprise.
Nathalie Chuzeville rappelle que le dispositif régional « Transmettre mon savoir-faire agricole » (mesure Feader 103) permet d’accueillir une nouvelle personne sur une exploitation agricole.
Et pour les plus jeunes, lorsque le parcours du combattant de l’inclusion commence dès le collège ou le lycée, Carole Dekerle signale la Plateforme Immersion facilité qui propose des offres de stages de la part d’employeurs « handi engagés » et identifiés comme tels.
Nathalie Chuzeville conseille aussi de participer aux journées portes ouvertes des établissements d’enseignement agricole et de découvrir un milieu « où les codes sont différents ».
« Cela se sait »
« L’université de La Salle, accueille 10 % d’étudiants en situation de handicap car c’est une école engagée et cela se sait », annonce Xavier Quernin, référent handicap à la conférence des grandes écoles.
Il mentionne les Duo days, qui permettent à un jeune de passer une journée en entreprise. Ce qui rend plus facile par la suite d’y déposer un CV.
Il signale que les taux d’insertion professionnelle à bac + 5 ou Bac + 6 (écoles vétérinaires) sont identiques pour les valides et les personnes en situation de handicap.
Et il encourage les jeunes à faire valoir leur RQTH. En effet, de nombreux employeurs peinent à remplir leurs obligations de 6 % de travailleurs handicapés dès lors qu’elles emploient plus de 20 personnes. Une RQTH (4) qui est octroyée automatiquement par les MDPH (5) dès les 16 ans du jeune.
Enfin, Sandrine Chaix, vice-présidente de la région Aura en charge du handicap, indique que la 2e édition du salon des Talents H +, organisée par l’Afiph pour l’emploi des personnes en situation de handicap, se tient à Bourgoin-Jallieu le 25 novembre.
Invisible car tu de la part du salarié ou méconnu de la part de l’employeur, la banalisation du handicap et le développement de l’emploi de personnes en situation de handicap passe par de la de l’accompagnement, de la visibilité, de la communication par la mise en réseau des acteurs.
Isabelle Doucet
(1) Agefiph : Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées.
(2) Solivers est une société coopérative d’intérêt collectif qui œuvre dans l’appui aux structures qui accompagnent des publics en situation de vulnérabilité.
(3) Réseau Astra Rhône-Alpes pour Agriculture sociale et thérapeutique en Rhône-Alpes.
(4) RQTH : Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.
(5) Maisons départementales des personnes handicapées.