Accès au contenu
Innovation

Au pays des bisonnneaux

Les bisons du Vercors ne sont pas qu'une attraction touristique, mais le fruit d'une démarche de diversification agricole.
Au pays des bisonnneaux

Méaudre, ses skieurs et ses bisons. Des vrais, d'Amérique. Mais bien acclimatés au secteur puisqu'une partie du troupeau arrive de Bourg-d'Oisans, de chez Didier Girard, pionnier isérois dans l'élevage de ces bovidés. L'autre partie, des bisons de baccara, vient de Haute-Saône. Lilian Rochas, éleveur de blondes d'Aquitaine à Méaudre, a fait le choix de diversifier son exploitation en installant des bisons. Il y en a 13 pour commencer, des mâles, des femelles, des bisonneaux et des bêtes de moins d'un an. « C'est un projet auquel je pense depuis 1998, lorsque j'ai fait mon stage en Haute-Saône, explique Lilian Rochas. Cette espèce de bovidés sauvages me fascine. Ce n'est pas la même conduite qu'un troupeau de vaches allaitantes. Les bisons restent toute l'année dehors. »

Pour autant, l'investissement reste conséquent. Pour les parcs, le matériel de contention et l'achat du troupeau, l'éleveur a déboursé 60 000 euros, financés par un emprunt bancaire. « Pas une banque ne voulait me suivre sur du bison », regrette-t-il, jusqu'à ce qu'il se tourne vers un acteur bancaire désireux d'investir le milieu agricole. A la ferme des Près lauzés, les bisons évoluent dans un parc de 9 hectares doublement clôturé avec du fil électrique à 1,90 m de haut. L'aire d'alimentation de 500m2, en dur, est ceinte d'une clôture en acier galvanisé. « Le bison est un animal sauvage, mais qui n'est pas méchant tant qu'on ne lui fait rien. S'il a à manger et à boire, il n'a pas envie de sortir, constate l'éleveur. Il est respectueux des limites données. » Lilian Rochas n'a pas une âme de cow-boy et préfère s'approcher des bêtes en tracteur. « Il y a une hiérarchie dans le troupeau. C'est la plus âgée, une mère de 11 ans, qui mène les autres, remarque-t-il. Chez les mâles, la dominance se détermine au moment des chaleurs. »

Conversion bio

La diversification de l'exploitation répond aussi à une logique économique. « Mon père va partir à la retraite, explique Lilian Rochas, qui a repris l'exploitation familiale en janvier 2015. Je ne voulais pas passer ma vie au boulot. Je recherchais un élevage d'extérieur, pour lequel il n'y a pas besoin de faire un bâtiment. Et puis le bison est une viande mieux valorisée, à 35 euros le kilo en moyenne. » Sans compter que les animaux sont devenus l'attraction à Méaudre, visibles depuis les chemins lauzés, qui parcourent le village.
En reprenant l'exploitation, Lilian Rochas en infléchit la conduite. D'abord les deux troupeaux, blondes et bisons, ainsi que les cultures sont en conversion bio ; la ferme recevra son agrément en 2018. « Mon père vendait les bêtes au maquignon, vivantes, sur pied. Depuis 2014, j'essaye de vendre les veaux de moins de huit mois en direct », explique-t-il. Les bisons vont bientôt entrer sur le marché. « Nous allons abattre deux jeunes de deux ans en fin d'année, prévoit l'éleveur. Les restaurateurs commencent à appeler. A Méaudre, le restaurant le Grizzly est intéressé par les bas morceaux et les trois-quarts pour faire des burgers et du tartare. Je ne sais pas encore quel débit sera nécessaire. J'ai peur de manquer de bêtes. Tous les éleveurs recherchent des bisons. »
Lilian Rochas fait partie de l'association Bisons de France, qui réunit 25 de la trentaine d'éleveurs français*. Ce qui lui permet d'échanger sur sa pratique : conduite du troupeau, alimentation, reproduction, cours de la viande etc. En bovins comme chez les bisons, la reproduction est assurée en saillie naturelle à la ferme des Prés lauzés. L'éleveur va faire venir un reproducteur de l'élevage des Bisons des Monts de la Madeleine à Saint-Rirand dans la Loire afin de croiser ses animaux avec une souche canadienne.
Le bison est un animal à croissance lente, jusqu'à 7 ans. Adultes, le poids des femelles oscille entre 550 et 800 kg et celui des mâles entre 600 kg et une tonne. « Cela dépend de l'alimentation », indique l'éleveur. A Méaudre, le régime se résumé à « un champ, de l'herbe, du foin et de l'eau », car le bison n'est pas difficile. « Le soir, ils vont tous au râtelier et les petits dorment dans les tas de foin », reprend l'exploitant. Dans la neige, les bovidés ont mis leur poil d'hiver et le plateau prend des airs de grand Ouest américain.

Isabelle Doucet

La ferme des Près lauzés à Méaudre

34 mères de race blonde d'Aquitaine
13 bisons
70 ha de SAU en prairies
Vente directe et aux négociants
Concours interrégional de Beaucroissant 2016 : 1er prix catégorie taureau

* Le cheptel était de 1 500 bisons en 2007 selon Bisons de France.