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Elevage

Bien choisir son chien de berger

Le border collie est le chien le plus utilisé dans les troupeaux français. D’autres races de chiens de berger, oubliées, peuvent également aider à la ferme.

Bien choisir son chien de berger

« Stop. Va-s’y. Stop ! Va-s’y. » Jimmy Baud est éleveur et dresseur de chiens de troupeau dans le Cantal. Il a fait le déplacement jusqu’au lycée agricole de la Côte Saint-André pour montrer aux élèves la différence entre deux races de chiens de berger : le border collie et le berger d’Auvergne. Un chien de berger remplace cinq à six personnes. Mieux vaut bien le choisir. Guidés par la voix du dresseur, Théa, une border-collie de six ans, ramène la dizaine de brebis Mérinos dans l’enclos en suivant de loin le troupeau. C’est ensuite au tour de Rex, un jeune berger d’Auvergne de deux ans et demi, de s’exercer. Plus proche et plus tactile, il travaille les brebis au corps. « Le border collie est un chien omnubilé par le mouvement, très bon avec les brebis. Le berger d’auvergne, à l’inverse, est un chien qui aime le contact. Il est très bon avec les bovins et les chèvres récalcitrantes », explique l’éleveur. La différence entre les deux chiens ne se limitent pas à leur comportement au travail. Les border collie sont originaires de Grande-Bretagne et ont le poil long. Les bergers d’Auvergne sont des chiens dits continentaux au poil court. Ils sont des chiens rustiques et souvent plus massifs que l’autre race. Certains ont un pelâge tâcheté, dite couleur merle, comme le border-collie.    

Un travail quotidien

Lors du deuxième exercice, la différence de stratégie adoptée par les chiens est flagrante. Pour ramener les bêtes situées loin de l’enclos, la border collie effectue un large virage pour les pousser par l’arrière. Le jeune berger d’Auvergne choisit le chemin le plus court en allant face aux brebis et les travaillant au coup d’épaule. « Le border Collie est sélectionné pour travailler avec les brebis. La dernière fois, il est parti chercher les bêtes à plus d’un kilomètre de l’exploitation », explique l’éleveur. Le berger d’Auvergne, lui, est bon pour la transhumance des bêtes. « C’est usant au quotidien de travailler avec un border collie car il est hyperactif et a constamment besoin d’instruction. Le berger d’Auvergne est plus indépendant », détaille-t-il. Pourtant, le border collie reste la star des élevages. « Ce n’est pas parce que le border collie est le plus utilisé qu’il est bon et qu’il ne faut utiliser que lui ».

Les deux chiens sont également différents au dressage. « Pour faire un bon chien de troupeau, il faut attendre que l’animal montre un intérêt pour les animaux. Le border collie montre assez tôt un intérêt pour les brebis. Le berger d’Auvergne est moins pressé », explique l’éleveur.

Une race non reconnue

Jimmy Baud fait partie de l’Association de sauvegarde du chien Berger d’Auvergne (ASCBA). Le berger d’Auvergne avait pratiquement disparu au début des années 2000 et l’espèce est aujourd’hui proche de l’extinction. En 2014, il a été « redécouvert » dans quelques fermes auvergnates. L’éleveur s’occupe également d’autres races de chiens de berger en voie de disparition comme le berger de Savoie ou le berger de Beauce. C’est Amélie Veyre, élève au lycée agricole de la Côte-Saint-André, qui a demandé à l’éleveur de venir. « C’est le patrimoine agricole français. Ces races locales ont un intérêt génétique et elles vont peut-être disparaitre », déplore-t-elle. Le berger d’Auvergne attend d’être reconnu par la Centrale canine. Mais pour cela, il faut recenser les critères physiques communs aux différents chiens. Il faut aussi avoir un certain nombre d’individus, loin devant les quelques 150 animaux que la race compte aujourd’hui en France. « Si elle est reconnue, on va pouvoir participer aux concours de troupeau. On pourra ainsi la faire connaître et construire une généalogie », explique Jimmy Baud.

Virginie Montmartin