Bioéthique : « Donner la parole aux citoyens »

Vous organisez des débats publics sur des questions de bioéthique dans trois petites communes de votre circonscription. Quel est votre objectif ?
C'est tout simplement de donner la parole aux citoyens. D'ordinaire, sur de tels sujets, les réunions, souvent organisées par le comité national d'éthique, se tiennent plutôt dans les grandes villes. Il me semble important que l'on puisse aussi entendre la voix des citoyens vivant en milieu rural : ils n'ont pas moins d'idées que les autres. Je ne voulais pas non plus que le débat soit monopolisé par les militants de tel ou tel bord. Lors des débats sur le mariage pour tous, j'ai eu l'impression que la parole avait été confisquée par deux camps : les pour et les contre. Pour ce qui est de la bioéthique, ce sont des sujets qui concernent tout le monde.
Fin de vie, procréation médicalement assistée (PMA), gestation pour autrui (GPA), intelligence artificielle : les sujets sont complexes et votre initiative ambitieuse...
Oui, mais j'ai de l'ambition pour mes concitoyens. Je souhaite surtout qu'il y ait un réel échange et que l'on s'écoute. Pour la PMA et la GPA, je pense que l'on va retrouver la même dichotomie qu'au moment du mariage pour tous. Personnellement, c'est en écoutant une émission à la radio que j'ai changé mon regard sur la question. Je suis convaincue que ces échanges vont permettre de faire évoluer, non pas les convictions, mais la façon d'appréhender le sujet.
Paradoxalement, la fin de vie est sans doute plus facile à aborder...
C'est en effet un sujet d'autant plus facile qu'en milieu rural on a une population vieillissante qui se sent particulièrement concernée. Beaucoup ont un parent âgé dont ils doivent s'occuper ou beaucoup ont géré, ou eu à gérer, la fin de vie d'un proche. C'est un sujet fort. Chacun a un avis. La semaine dernière, 156 députés menés par Jean-Louis Touraine, le député En Marche du Rhône, ont signé une tribune demandant une loi autorisant une aide médicale active à mourir sous certaines conditions. D'autres trouvent que la loi Léonetti va assez loin. Du débat, il y en a. La discussion que nous allons avoir avec les citoyens va me permettre de mieux comprendre les enjeux pour les uns et les autres. Ça doit venir enrichir le débat. Sur tous ces sujets, la parole des citoyens doit nous aider à répondre aux questions telles qu'ils se les posent et non pas telles que nous imaginons qu'ils se les posent.
Et pourquoi débattre de l'intelligence artificielle ?
Nombreux sont ceux qui ont peur pour l'avenir de leur emploi. Débattre sur l'intelligence artificielle, c'est aussi poser la question du travail demain. J'ai beaucoup discuté avec les maires de ma circonscription : certains expriment cette peur par rapport à l'emploi. On sait que certains métiers vont disparaître, mais on ne connaît pas encore le profil des nouveaux emplois et, surtout, on ne sait pas qui pourra les occuper. Est-ce ceux dont l'emploi n'existera plus ? Comment faut-il penser l'adaptation ? L'intelligence artificielle, ça peut passer pour un sujet pour geek, mais c'est un sujet dont tout le monde doit s'emparer. Encore faut-il savoir l'aborder. Je vais demander à mon collègue Cédric Villani de m'aider à construire une approche percutante pour attirer un maximum de citoyens.
Au cours des trois débats, vous allez prendre des notes, recenser des idées, des remarques. Qu'allez-vous faire de toute cette matière ?
Tous ces arguments, ces positions vont m'aider à me forger une opinion. Pour la fin de vie par exemple, je n'ai pas de position personnelle : je n'y ai jamais été confrontée. Beaucoup disent que la loi Léonetti suffit, d'autres veulent aller plus loin. Est-ce que le législateur doit aller plus loin ? Est-ce qu'on est capable d'aller plus loin ? Je vais être à l'écoute, mais vraiment. J'ai l'habitude de dire que je fais les choses pour les autres comme j'aimerais qu'on les fasse pour moi. Pendant 20 ans, j'ai râlé contre les énarques qui nous pondaient des usines à gaz impossibles à mettre en œuvre. C'est aussi pour cela que je me suis engagée. Pour faire de la politique autrement.