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Evénement

Boulevard des marques

Durant les trois jours de foire de Beaucroissant, celui de l'inauguration, vendredi dernier, reste un temps fort d'échanges entre le monde agricole et les politiques. A bâtons rompus les sujets du loup, de la PAC, de l'eau et surtout de la valorisation des productions locales ont étés abordés.
Boulevard des marques

Deux thèmes principaux ont animé cette 798e édition de la foire de Beaucroissant, les 15, 16 et 17 septembre : le loup et les marques. « Il arrive, il est derrière le coteau : le loup ! », s'est exclamé Pascal Denolly, le président de la FDSEA Isère, à l'intention des élus, avec en tête de cortège inaugural, vendredi dernier, Laurent Wauquiez, le président de région en campagne pour prendre les rênes du parti Les Républicains. « Le loup est partout », a repris le syndicaliste. Entre les attaques quotidiennes, les annonces très protectrices pour le prédateur du prochain plan loup et les campagnes tous azimuts menées par les associations pro-loup ou vegan, les éleveurs sont au bord de l'éclatement. Abordant le cortège, Jérôme Crozat, vice-président de la FDSEA, préconisait « la seule mesure possible pour le loup est le confinement », poursuivant avec humour : « peut-être faudrait-il inviter les vegan pour expliquer au loup pourquoi il ne faut pas manger de viande ».

« Tuer le pastoralisme »

« L'irrigation, le loup, la méthanisation : ce sont des sujets problématiques sur lesquels il faut accepter de prendre position en faveur des agriculteurs », a insisté Jean-Pierre Barbier, le président du conseil départemental de l'Isère. « Nous sommes passés de 3 000 à 10 000 bêtes tuées en 5 ans et des gens nous donnent des leçons de bien-être animal », a renchérit Laurent Wauquiez. Il considère la position du ministre de l'Environnement « inacceptable » et de nature à « tuer la tradition du pastoralisme ».
Le consensus affiché sur certains points ne gomme pourtant pas les blocages ailleurs. Les professionnels n'ont pas manqué de rappeler aux élus, et notamment aux nouvelles députées de l'Isère LERM venues nombreuses, combien les agriculteurs souffrent des retards de paiement de la PAC ; 2015 n'étant toujours pas soldé. « Les gens n'en peuvent plus du saupoudrage », a déclaré Sébastien Poncet, président de JA Isère, en proposant de « venir vous aider dans les bureaux, nous sommes assez nombreux » pour « être payés en temps et en heure ». Devoir de réserve oblige en vue des élections sénatoriales, aucun représentant de l'Etat n'était présent pour recevoir ces doléances.

Origine, qualité, rémunération

La Beaucroissant se revendiquant comme « une foire agricole ayant conservé son ancrage rural », ainsi que le rappelait son maire Georges Civet, il a longuement été question de terroir, de production locale et de rémunération à sa juste valeur, avec, en toile de fond, la réflexion engagée dans la cadre des Etats généraux de l'alimentation. Dans cette tendance de fond, les marques font florès. A se demander parfois si le consommateur s'y retrouve encore. Alors que le département de l'Isère travaille sur un cahier des charges de la marque Alpes(is)here mettant en avant l'origine des produits, leur qualité et surtout un prix rémunérateur, la région Auvergne-Rhône-Alpes a devancé toutes les initiatives en lançant sa marque La région du goût, dès juillet 2017. Pas moins de 600 produits régionaux ont ainsi été labellisés en marche forcée.
« Toutes les marques territoriales ne bénéficient pas des trois critères », confiait Jean-Pierre Barbier en aparté, qui espère lancer la marque iséroise dédiée aux produits agro-alimentaires début 2018. Une marque qui a été pensée et construite au cœur de la crise agricole et de la réflexion sur le Pôle agro-alimentaire isérois, c'est-à-dire avec pour objectif d'apporter un prix rémunérateur aux agriculteurs, de structurer les filières et d'ouvrir les portes de la GMS à ces produits.
L'effort du département de l'Isère porte plus particulièrement sur la modernisation de l'abattoir avec une enveloppe de quatre millions d'euros engagée pour la deuxième tranche de travaux livrée à l'été 2018. De son côté, Laurent Wauquiez a fait valoir l'augmentation de 40% du budget régional dédié à l'agriculture avec un changement de méthode et la volonté « que ces aides arrivent directement aux agriculteurs ». La région s'intéresse notamment à la modernisation des réseaux d'irrigation et à la création de retenues collinaires, afin de rendre de la compétitivité à l'agriculture.


Dans ce contexte, la tenue des Etats généraux de l'alimentation peut être vécue comme « une dernière chance », ainsi que le soulignait Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture de l'Isère. « Les solutions, nous les connaissons, a rétorqué Jean-Pierre Barbier, la seule chose qui manque, c'est comment ? » Avant d'ajouter : « Je ne crois pas en une solution nationale en agriculture, car l'agriculture est faite de diversité et se décline au niveau régional et départemental ». Quant à la relation de confiance, nécessaire entre agriculture et distribution, elle se bâtira sur « une contractualisation intelligente », a insisté l'élu.
A La Beaucroissant, chacun se parle, s'écoute, défend sa stratégie, à la tribune comme en off. C'est à l'aune de l'intensité des échanges que l'on peut mesurer une bonne Beaucroissant. Et cette dernière édition en revêtait tous les attributs, avec une pression syndicale empreinte de détermination, des collectivités bienveillantes mais budgétairement limitées et des élus nationaux confrontés au principe de réalité, entre urgence du terrain et décalage politique, comme c'est le cas sur les dossiers loup, PAC et tout le train de mesures environnementales que dénonce la profession agricole.

Isabelle Doucet
Energie

Convention entre Enedis et la chambre d'agriculture de l'Isère

Le distributeur d'énergie et l'organisme consulaire ont renouvelé leur engagement réciproque de bonnes pratiques d'élagage des noyers en Isère. Il s'agit pour Enedis de réaliser un inventaire de la végétation accompagné d'un programme d'élagage. Les propriétaires seront dûment informés avant le lancement des travaux. Les deux parties doivent s'entendre sur les modalités de l'évacuation des déchets. La convention privilégie le dialogue entre prestataires et propriétaires et préconise d'éviter les interventions d'élagage entre le 1er novembre et le 31 mars. Un médiateur pourra intervenir en cas de conflit.
La convention précise également les modalités de raccordement au réseau électrique des installations agricoles, qu'elles soient standard, provisoire ou pour la production d'énergies renouvelables.

 

 

Paroles de députées
Monique Limon : « Nous irons jusqu'au bout »
La députée de la 7e circonscription, qui siège à la commission économique de l'Assemblée nationale, a fait de l'agriculture sa priorité. Très investie dans les Etats généraux de l'alimentation, pour elle « le premier sujet celui de la valeur et de sa répartition. » Face à des syndicalistes et des agriculteurs parfois dubitatifs quant à l'issue des Etats généraux, elle a réagi avec fermeté assurant : « Nous irons jusqu'au bout, nous ne lâcherons rien ». Des ateliers qui se tiennent en Isère sera produit un document commun, paraphé par l'ensemble des députés du département, quelle que soit leur couleur politique, destiné à être présenté au ministère de l'Agriculture, « afin que le département de l'Isère soit de ceux qui font remonter les bonnes idées », a lancé la députée.