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« C’est une maladie sournoise »

Témoignage / Jean-Paul Simon, éleveur en Savoie, a perdu ses vaches le 14 juillet. Il témoignait de l’élan de solidarité qui lui a permis de reconstruire son troupeau après la DNC.

Par Isabelle Doucet
« C’est une maladie sournoise »
© ID TD
Le CAD a remis un chèque de 5 000 euros aux éleveurs savoyards touchés par la DNC.

«Faut pas jouer avec ça », implore Jean-Paul Simon. L’éleveur d’Entrelacs en Savoie sait de quoi il parle. Son troupeau a été le deuxième touché par la Dematose nodulaire contagieuse (DNC) début juillet. 

Il était présent aux 80 ans de la FDSEA de l’Isère pour témoigner de sa douloureuse expérience et de sa reconstruction, avec de nouvelles vaches.

« Le premier foyer DNC s’est déclaré le 29 juin chez mon voisin. J’ai accompagné les éleveurs dans le cadre de la cellule Réagir pour leur annoncer la nouvelle et le protocole. On ne connaissait pas du tout cette maladie. Nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas une petite affaire, qu’elle était grave et contagieuse. »

Il explique que des bêtes étaient malades depuis 10 à 15 jours et que rien n’y faisait. « Il n’y avait aucun moyen pour les soigner. Puis le vétérinaire a fait des recherches et supposé qu’il s’agissait de la DNC. Les résultats sont arrivés positifs le 29 juin. On avait vu les dégâts que la maladie avait faits dans le troupeau. Quand les bêtes ont été abattues le lundi, le nombre des malades avait doublé. Lorsqu’on laisse s’installer la maladie, on voit comment ça fait. L’éleveur a dit : de toute façon, mon troupeau, il est foutu. »

Préserver les voisins

Le 14 juillet, c’est dans son troupeau que Jean-Paul Simon trouve une laitière malade.

Et c’est son élevage entier qui est dépeuplé le 17 juillet : 132 laitières et génisses.

« C’est un crève-cœur. Les jours d’après sont compliqués. Une étable vide, sans aucun bruit, c’est dur à vivre. Mais j’avais conscience que si je le faisais, c’était pour préserver les voisins, les élevages alentour qui ont pu être sauvés », explique-t-il avec pudeur.

Mais il insiste : « On ne peut pas vivre avec cette maladie compte tenu des dégâts qu’elle fait. Il faut bien avoir cela en tête. Nous avions peu de recul. C’est une maladie sournoise. Et quand il y a une bête malade dans un lot, il n’y en a pas seulement une. En plus, il y a eu de la circulation, donc d’autres animaux contaminés ».

Le repeuplement chez Jean-Paul Simon a débuté le 24 octobre dernier, après la levée de la zone réglementée. Il a retrouvé 90 % de son cheptel.

Grâce à « un élan collectif de solidarité et toute une organisation ». Il insiste : « C’est un repeuplement collectif ».

De nombreux élevages ont ainsi mis quelques animaux à disposition de ceux qui avaient tout ou partie perdu.

« Les éleveurs ont joué le jeu pour fournir des animaux de qualité et servir tous les élevages touchés de façon équitable. Tout le monde a repeuplé à 95 % et nous sommes tous surpris de la capacité d’adaptation des animaux, annonce l’éleveur. Nous avons tous recommencé à produire du lait. En quatre mois, nous avons repris une activité, une vie normale d’éleveur, avec un troupeau et à la hauteur de ce qu’on avait. »

Jean-Paul Simon défend « l’intérêt d’avoir un collectif fort et des organisations à tous les échelons » pour gérer la crise et « faire remonter les éléments au niveau de l’État ».

Il ajoute que les indemnisations de l’État ont été à la hauteur de son engagement, les acomptes ayant été versés.

L’éleveur signale aussi « les soutiens des départements voisins et du GDS de l’Isère qui était présent pour les dépeuplements et la vaccination ».

Dire la vérité

Le président de la Chambre d’agriculture Savoie Mont Blanc, Cédric Labourel, est revenu sur la gestion de crise.

« J’ai appelé le président du GDS puis la MSA et nous avons lancé la cellule Réagir. Pour aider les agriculteurs touchés, il faut faire l’inverse de ce qu’on voit ces jours-ci. Pour lui permettre de repartir, il faut fournir la bonne information, expliquer la maladie et accompagner les éleveurs dans le temps, jusque dans les démarches administratives. Au moment du dépeuplement, il faut leur laisser dire au revoir à leurs vaches, les éloigner et les accompagner jusqu’au retour des animaux. »

Il dénonce ceux « qui aboient une demi-journée. Il faut dire la vérité ».

Cédric Labourel le répète : « Quand on sauve une vache malade, on fait juste mourir les vaches d’à côté. Et ce n’est pas parce qu’on déclasse la maladie qu’elle devient moins grave » Il rend hommage à ceux qui ont « sacrifié leurs troupeaux pour sauver les autres » et estime que « faire des manifs, cela n’aide pas les éleveurs ».

Suite à un appel aux dons, le Conseil de l’agriculture départementale (CAD), ainsi que les communes du Haut-Bréda, de Crolles, de Saint-Jean-de-Soudain et d’Optevoz ont remis un chèque de 5 000 euros aux éleveurs des deux Savoie touchés par la maladie.

Un chèque d’un montant égal sera remis aux Isérois qui ont essuyé des pertes économiques en raison de cette crise sanitaire.

Isabelle Doucet