Consensus autour de l'entretien des paysages
Ils font vivre leur territoire et participent à son entretien. Jean Raffin, Jacqueline et Nicolas Rebuffet sont agriculteurs à Laval, dans le massif de Belledonne. Samedi 2 avril, ils ont ouvert les portes de leurs exploitations aux habitants, consommateurs et élus des balcons et de la vallée du Grésivaudan pour échanger sur leurs pratiques, leur quotidien et les perspectives de l'agriculture de montagne.
Double-actif à plein temps
Jean Raffin élève entre 50 et 70 charolais. Sur ses 42 hectares de SAU(1), la totalité est en prairie, ce qui lui permet d'être autonome pour ses fourrages. Suite à la crise de la vache folle, il a fait évoluer la ferme familiale reprise en 2002. La totalité de sa production est maintenant vendue en direct, via des caissettes de viande, auprès de particuliers, de quelques restaurants et d'une « Ruche qui dit oui ». Ce mode de commercialisation lui permet de mieux valoriser ses bêtes, mais l'éleveur tempère le bénéfice réalisé. « La vente directe prend beaucoup de temps, car elle implique de s'occuper du démarchage des clients et des livraisons. Mais cela m'apporte beaucoup de satisfaction personnelle. Quand, auparavant, nous vendions aux grossistes, nous n'avions jamais de retours sur nos produits. Aujourd'hui, j'apprécie de savoir ce que pensent mes clients », analyse Jean Raffin. Si la ferme s'autofinance, elle ne lui permet pourtant pas de se dégager un salaire. Il est donc double-actif à plein temps(2), travaillant en fractionné pour lui permettre d'œuvrer en journée dans l'exploitation. « Pour vivre, je n'aurai pas besoin de la ferme, mais j'ai pris le virus depuis l'enfance. Et puis, elle contribue à garder un cadre de vie agréable », reconnait-il. Dans le hameau de Vaugelas où il est installé, le paysage n'a pas trop évolué, car l'espace est encore entretenu. Resté le seul éleveur du hameau (contre une dizaine de familles et une trentaine de personnes il y a encore une soixantaine d'années), Jean Raffin a cependant gardé le même nombre d'animaux.
Problématique partagée
A Laval, la présence et le rôle des sept agriculteurs en exercice est à la vue de tous. Il suffit de lever les yeux pour visualiser les parcelles entretenues qui luttent face à l'avancée de la forêt. Mais « c'est un travail de longue haleine et permanent », affirme Nicolas Rebuffet. Et d'insister : « Nous essayons de donner un coup de débroussailleuse dans toute les parcelles non mécanisables une fois par an. C'est un minimum pour que ce soit efficace ». Cette problématique est partagée avec les élus et les habitants. « Il se dit souvent que l'urbanisme empiète sur les terres agricoles. A Laval, sur les 2 600 hectares communaux, nous avons perdu, en 60 ans, 390 hectares de terres agricoles, dont 360 à cause de la progression de la friche. Les riverains se plaignent aussi de l'avancée de la forêt. Aujourd'hui, l'enjeu est de protéger ces terres agricoles et même de reconquérir celles qui peuvent l'être, car sur ces 360 hectares, une partie est mécanisable. Le métier d'agriculteur est extrêmement difficile, mais, si nous avons encore des paysages ouverts, c'est grâce à eux. Nous devons donc les encourager et les soutenir », témoigne Sébastien Eyraud, maire de Laval.
Davantage investir
« Comment ? », interroge avec intérêt la cinquantaine de participants à la rencontre. « En consommant nos produits ! », répond du tac au tac Francis Truc-Vallet, agriculteur du hameau de La Boutière. « Nous avons besoin de vous pour que nous puissions avoir des perspectives économiques pour maintenir nos exploitations et même en installer de nouvelles ». Cela tombe bien. Qu'ils soient déjà clients, venus en voisins « pour en savoir plus », ou spécialement « montés de la vallée pour se renseigner et faire connaître leur volonté d'achats », les consommateurs étaient là. Des élus aussi. Face aux difficultés évoquées par les agriculteurs concernant le temps et le matériel nécessaire à cet entretien, certains ont réagi. « Nous devrions davantage investir que nous ne le faisons dans ces outils qui soulagent les agriculteurs, car le bénéfice est partagé par tous », souligne Christine Tondusson, membre du conseil local de développement et de la commission agriculture de la communauté du Grésivaudan.
(1) Surface agricole utile
(2) comme un tiers des agriculteurs du massif de Belledonne
Isabelle Brenguier
Optimisation de la valorisation
« Rien ne se perd, tout se valorise ». Un propos qui a raisonné tel un crédo lors de la visite organisée par la communauté de communes du Grésivaudan, l'Adabel et l'Adabio, chez Jacqueline et Nicolas Rebuffet, du Gaec des Crêts à Laval le 2 avril.Mieux valorisésIls n'ont et ne font rien par hasard. Tout est réfléchi. Leurs 42 hectares de SAU (dont 39 en altitude, économiquement pas très rentables, mais à l'origine de fourrages de qualité, et trois en plaine pour la culture de céréales et de luzerne) servent à l'alimentation de leurs 12 vaches à viandes et huit vaches laitières. Ces laitières sont des tarines et des abondances, des races rustiques choisies non pas pour la quantité de lait qu'elles produisent (18 000 litres par an), mais pour sa qualité (crémeux et goûteux), qui permet la fabrication de yaourts et de fromages transformés sur place. Le petit lait issu de cette transformation contribue, avec une petite production de pommes de terre, à l'alimentation de leurs 12 porcs, également transformés. Autre ressource importante de l'exploitation, le bois, issu de l'entretien des parcelles, est broyé et utilisé dans une chaudière à bois déchiqueté qui chauffe les maisons familiales et la fromagerie.
Pour être mieux valorisés, leurs produits (sauf ceux liés à l'atelier porcin) sont vendus en bio en direct à ferme, dans des Amap, des collèges et lycées, et des magasins revendeurs de la vallée.
I.B.