Construire en bois relève du parcours militant
Construire en bois local n'est pas facile, mais c'est faisable. C'est ce que pense Patrick Reynier-Poëte, maire de Saint-Jean-de-Vaulx, qui accueille le colloque « Le bois local dans vos constructions », le 29 septembre. Organisée dans le cadre de la stratégie forestière du massif sud‐Isère, initiée par les communautés de communes du Trièves et de la Matheysine, cette manifestation veut prouver qu’il est possible de construire avec le bois de sa commune, quelle que soit la taille du projet à réaliser. La thématique tient particulièrement au coeur aux élus de ces deux collectivités qui se sont récemment rapprochées pour conduire une politique forestière cohérente dans le territoire.
Patrick Reynier-Poëte est bien placé pour parler de la constructionre en bois local. Le stand de tir qui avait été commandé par le club de tir local est entièrement construit en bois issu de la forêt communale. Il vient tout juste d'être livré. « Cela a été une sacrée aventure, presque un parcours du combattant. Pour voir arriver le projet à son terme, il faut y croire », témoigne l'élu. Car il il a fallu passer outre les réticences des uns et des autres et s'affranchir de nombreux problèmes administratifs. « Mais depuis début juillet, le stand de tir est en activité et le projet a remporté l'adhésion de tout le monde, y compris de la population locale », se réjouit l'édile, fier de montrer cette réalisation aux participants du colloque.
Agriculteur, élu, membre de la précédente charte forestière du Sud-Isère, Patrick Reynier-Poëte a toujours été convaincu que le développement local des territoires ruraux ne pouvait s'appuyer que sur leurs ressources et savoir-faire locaux. « Les campagnes et les montagnes ne peuvent se développer que par elles-mêmes. Il ne faut pas attendre que cela vienne de l'extérieur, pense-t-il. La filière forêt, c'est comme l'agriculture. Il faut travailler en circuits courts ». Aussi, quand le club de tir de la commune l'a sollicité pour un nouveau stand, la construction en bois s'est rapidement imposée. D'autant que le territoire communal dispose d'une belle forêt, avec de nombreuses essences. « Nous avons cette richesse dans nos montagnes. Il faut la valoriser et s'appuyer dessus », insiste l'élu.
Montrer l'exemple
Entre l'émergence de l'idée et la sortie du bâtiment (propriété de la commune), il a fallu plus de trois ans. Ce ne fut pas tant la construction du bâtiment qui fut longue et compliquée (elle a été réalisée en six mois), que le montage du projet. Le bois local n'est pas normé. Il est difficile pour les cabinets d'étude de se projeter dans une construction de ce type. Mais l'équipe de Patrick Reynier-Poëte n'a rien voulu lâcher. Accompagné d'un architecte « qui a joué le jeu », la construction a été élaborée avec du bois sorti de la forêt communale, qui a été préparé sur place, grâce à une scierie mobile, par des entreprises locales.
L'équipe qui a conduit le projet « ne voulait pas de bois du nord et tenait à montrer l'exemple ». « Les constructions en bois peuvent concerner des immeubles, mais aussi de plus petits édifices, comme des abri de bus, des préaux », précise ainsi le maire, qui estime que c'est aux collectivités de montrer que la réalisation de tels projets est possible, de façon à ce que les particuliers aussi puissent s'en emparer.
Le coût de cette opération s'élève à 120 000 euros dont 45 % subventionnés par le Conseil départemental de l'Isère, 20 % par l'Etat, au titre de la dotation pour les territoires ruraux, et 12 % par le Conseil régional, via le CDDRA.
Isabelle Brenguier
Un colloque aura lieu à Saint-Jean-de-Vaulx le 29 septembre (voir en page pratique/ agenda)