Coopenoix mise sur les volumes, la qualité et la réactivité
Coopenoix a tenu son assemblée générale sous forme dématérialisée. L'ensemble des adhérents a pu avoir accès au rapport d'activité de la coopérative qui revient sur une année 2019 parmi les plus médiocres. « Malheureusement, les volumes ont été faibles en raison des incidents climatiques, surtout ceux qui se sont déroulés durant l'été 2019 », décrit Marc Giraud, le directeur de Coopenoix, premier opérateur de la noix en France.
Il ne s'est récolté que 4 900 tonnes de noix sèches l'an passé, soit 2 000 tonnes de moins qu'en 2018, qui était une année plutôt normale. « Nous n'avions pas vu une production aussi faible depuis longtemps », reprend le directeur. Les producteurs se souviennent que les conditions de la récole avaient cependant été bonnes et que les calibres, pour ceux qui avaient pu ramasser des noix, étaient au rendez-vous : 75% des noix présentaient un calibre supérieur à 30 et seulement 5% un calibre inférieur à 28. « Sur le plan commercial, l'année a été normale, estime Marc Giraud. La quantité disponible limitée a permis de maintenir des prix corrects. » Les calibres supérieurs à 28 se sont vendus environ 2,35 euros le kilo l'an passé, à la faveur d'une stabilité des cours mondiaux.
Le chiffre d'affaires consolidé de Coopenoix pour 2019 s'établit à 22,3 millions d'euros alors qu'il était supérieur à 26,5 millions d'euros en 2018.
« C'est un gros manque à gagner pour la filière », analyse Marc Giraud.
Les conséquences sur les investissements dans la filière ont été mesurées. « On reste sur la dynamique des années 2016 à 2018, observe le directeur de la coopérative, dont le groupement de producteurs recueille les demandes de subvention européennes. Je pensais qu'il y aurait un plus grand coup de frein. »
Distorsion de concurrence
Yves Renn, le président de Coopenoix et Marc Giraud insistent sur les atouts qui permettent à la noix de Grenoble de se différencier face à la concurrence mordante du Chili et des Etats-Unis : « Des volumes à proposer, une qualité à maintenir et une réactivité commerciale et industrielle ». Les marchés de référence pour l'export restent l'Italie (32%) et l'Allemagne (25%), avant la France (19%), puis l'Espagne, la Suisse et les pays scandinaves.
La noix française est demandée par la grande distribution, notamment pour fournir le marché intérieur et l'Allemagne. L'effet Covid a certes animé un réflexe d'achat local, voire européen « mais les gens ont la mémoire courte, constate Marc Giraud. Les produits des autres hémisphères se vendent et ont repris leurs parts de marché ».
Difficile aussi d'aborder de nouveaux marchés « qui se protègent en appliquant des taxes d'importation élevées ». Le directeur s'interroge sur la distorsion de concurrence qui fait que des produits peu taxés entrent en France et se retrouvent face à une noix « dont les coûts de production sont élevés, les rendements à l'hectare moins importants et les taxes d'importation sont considérables, de l'ordre de 40% ». Il ajoute : « il ne faut pas dramatiser, mais il y a des incertitudes ».
Petits calibres
D'autant que la récolte 2020, si elle est prometteuse, fait apparaître une proportion importante de petits calibres, même si certaines zones sont largement fournies en calibres supérieurs à 28. Cette petite taille des noix expliquerait un prix plancher faible sur les produits de calibre inférieur à celui de l'AOP. La coopérative souhaite rester très prudente et surtout maintenir des prix dignes de l'appellation.
Mais il convient de tenir compte de quelques éléments géopolitiques qui rendent les marchés complexes. La concurrence avec les Etats-Unis, qui cassent le marché avec une grosse production en 2020, fait rage. Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine pèsent sur les ventes et « ne facilitent pas les expéditions vers l'Asie », indique Marc Giraud. De plus, le Chili, qui a collecté au mois de mars, n'a pas fini de vendre sa récolte. Enfin, la Turquie se pose désormais en producteur de noix et fournisseurs des pays arabes. Coopenoix sait donc qu'elle a jusqu'au 15 novembre, avant l'arrivée des noix américaines, pour placer le maximum de marchandise sur les marchés intérieurs et extérieurs.