Coup de pouce aux vignerons de l'Isère
C'est encore une toute petite filière, mais la viticulture iséroise a de beaux jours devant elle. Le renouveau des vins de l'Isère a été déclenché il y a une dizaine d'années et connaît aujourd'hui un coup d'accélérateur avec l'appui du Département et de la chambre d'agriculture. Un soutien scellé dans le cadre d'une charte qui apporte des moyens supplémentaires à la filière. « Lorsque j'ai repris le Syndicat des vins de l'Isère en 2016, nous étions assez seuls, explique Wilfrid Debroize, le président de l'association professionnelle. Aujourd'hui, nous avons des résultats. Beaucoup de vignerons jouent le jeu pour se reconstruire. » Il a fallu deux ans pour que les trois parties mettent en place ce plan de soutien avec « l'espoir que l'Isère sorte de la confidentialité », déclare le président du Syndicat des vins de l'Isère.
Aides à la plantation
Pour le Département de l'Isère, cet accompagnement contribue à l'attractivité des territoires. La collectivité consacrera une aide forfaitaire à tout viticulteur pour la plantation, à hauteur de 6 000 euros/ha (plafonnée 10 000 euros/an), ainsi qu'une aide à l'acquisition de matériel, plafonnée à 10 000 euros/an. Il apporte également une aide à l'achat de matériel anti grêle plafonnée à 30 000 euros en individuel ou 60 000 euros en collectif. La collectivité alloue une subvention de 3 000 euros au syndicat afin d'améliorer sa visibilité et contribuer à la notoriété des vins de l'Isère. Elle s'est aussi engagée à associer le syndicat aux événements qui participent de la promotion des produits isérois.
Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture de l'Isère, a souligné combien cette filière « se reconstruit de façon formidable, avec de micro-terroirs qui se développent du nord au sud du département ». Ce mouvement permet l'installation de nouveaux viticulteurs et la reconquête de secteurs où le foncier avait été laissé à l'abandon, avec l'aide de la Safer et des communes. De plus, les vins de l'Isère « s'inscrivent dans une démarche qualitative, sur des variétés anciennes avec une diversité de cépages qui leur permet d'aborder des marchés de qualité », a insisté le président qui a qualifié les viticulteurs d' « orfèvres ». Depuis quelques années, la chambre d'agriculture apporte son appui humain et financier au syndicat.
Attirer des vignerons
Le travail de fond engagé par les vignerons isérois porte à la fois sur la reconquête des anciens terroirs mais surtout sur le retour de cépages anciens. « Notre objectif est de réinscrire 14 cépages autochtones au cahier des charges de l'IGP des vins de l'Isère », détaille Wilfrid Debroize. Les effervescents pourraient aussi faire leur entrée dans l'IGP. » C'est l'ODG (1) des Vins des Coteaux alpins qui se charge des démarches. « Cette charte va nous permettre de renforcer nos liens avec la chambre d'agriculture, de fédérer les vignerons et d'en attirer d'autres », indique le président du syndicat. Et ce n'est pas un hasard si la signature du document s'est déroulée à Chapareillan, où les vignerons en AOC vins de Savoie pourraient être intéressés par ces nouvelles aides. La charte met aussi l'accent sur des pratiques respectueuses de l'environnement. Le développement de la filière passe donc par des formations, de la technique et des équipements. « Grâce à la charte, il y aura bientôt une Cuma dans le Grésivaudan », annonce Wilfrid Debroize.
Isabelle Doucet
(1) Organisme de défense et de gestion
Bâtiment/A Chapareillan, le domaine Giachino produit des vins en AOC vins de Savoie et IGP vins de l'Isère. Il vient de s'équiper d'un nouveau chai.
Un cep en Isère, un autre en Savoie
Le Ddmaine Giachino est une référence dans les vins de Savoie. C'est une exploitation familiale de 15 hectares, située à La Palud, le hameau de Chapareillan qui a poussé sur les éboulis du mont Granier et qui confère leur particularité aux abymes et à l'apremont. Clément Giachino s'est installé il y a six ans sur cette exploitation conduite en agriculture biologique par son père et son oncle depuis 2004. « C'est une conviction, l'envie de faire des produits sains, de chercher la qualité dans le respect de l'environnement », explique le jeune viticulteur.Le domaine accueillait la signature de la charte de soutien à la viticulture iséroise avec l'envie de s'associer à cette dynamique. « Nous sommes en AOC Savoie, mais nous sommes aussi en Isère et les vins de l'Isère ont tendance à prendre une grande part de nos vinifications », reprend Clément Giachino. L'exploitation produit environ 750 hl/par an et pas moins de 15 cuvées issues de cépages différents : jacquère, altesse, verdesse ou mondeuse blanche pour les blancs ; persan, gamay, étraire de la dhuy et douce noire pour les rouges. « Nous aimons bien les vieux cépages de l'Isère que nous replantons », assure le viticulteur. L'AOC représente 60% de la production et l'IGP 40%.Des vinifications simplesDans ce domaine où la qualité se conjugue avec simplicité, les vendanges sont réalisées à la main. Mais « pour faire de la place et développer un espace de vente, avec un caveau et une partie restauration », un nouveau bâtiment de 450 m2, dont la charpente est réalisée en bois de Chartreuse, est sorti de terre depuis six mois. Il représente un investissement de 500 000 euros qui a bénéficié d'une subvention de 30% de FranceAgrimer. Deux espaces séparés sont dédiés aux vinifications des rouges d'un côté et des blancs de l'autre. « Nos vinifications sont simples, nous ne travaillons avec aucun intrant et seulement des levures indigènes. Nous partons du principe que le travail se fait à la vigne et que nous accompagnons seulement les vinifications. » Les vins sont élevés en cuve ou en - vieilles - barriques. Seule une pointe de sulfites est ajoutée lors de la mise en bouteille afin de stabiliser le vin. Enfin les extérieurs du bâtiment sont équipés en station de lavage, cuve de récupération des eaux de pluie et captage des eaux d'une source.ID
La viticulture en Isère
Une soixantaine d'exploitations viticoles dont une vingtaine d'installations en dix ans
284 ha de vignes en 2018 dont :
- 155 ha en AOC vins de Savoie (une trentaine de producteurs à Chapareillan)
- 85 ha en IGP vins de l'Isère (Balmes dauphinoises et Coteaux du Grésivaudan principalement) ou Vins des Collines rhodaniennes (à Seyssuel, en attente de l'AOP Côtes du Rhône)