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Races allaitantes

Des animaux de très bon niveau

A Saint-Chef, les juges du huitième concours départemental d'élevage ont salué la qualité du travail des éleveurs isérois en dépit de conditions difficiles. Les meilleurs tiennent leur rang, mais sont désormais talonnés par la jeune garde.
Des animaux de très bon niveau

Au concours départemental de Saint-Chef, les juges des concours de races allaitantes étaient là pour désigner les meilleurs. Mais, en ce dimanche 25 août, ils ont d'abord félicité les éleveurs pour la qualité de leurs bêtes et de leur dressage. « Après une année de sécheresse et dans une conjoncture particulièrement difficile, nous sommes face à des animaux très bien préparés », salue Alexandre Riche. Eleveur de charolais dans le Rhône, le juge parle en connaissance de cause. Venue de Haute-Savoie, Annabelle Bocquet, qui entame tout juste sa carrière de juge limousin, partage son point de vue. « Les animaux sont de très très bon niveau, les ensembles sont bien réguliers », observe-t-elle.

Avec une soixantaine d'animaux présentés dans chaque race, les juges ont eu fort à faire. Chez les charolais, ils ont noté une « belle progression » du cheptel isérois, « dans les lignes, l'allure générale, la classe », notamment chez certains éleveurs comme Jean-Baptiste Viletton qui a « rattrappé les autres » en décrochant neuf prix, dont le prix d'honneur meilleur reproducteur et le trophée de la race mâle, grâce à son taureau Jess. Alexandre Riche met cette évolution sur le compte de l'esprit d'équipe : « Quand on a un groupe aussi motivé et aussi soudé, ça aide : ça fait avancer. »

Cohérence

Il suffit de voir le palmarès pour s'en convaincre. David Rivière, président des Eleveurs de l'Isère et du syndicat charolais, voit son talent récompensé avec huit trophées, dont le prix d'honneur mâle Espoir, décroché par Phénomène, et surtout le très convoité prix d'élevage Florian Pommier. Remis des mains de la mère du jeune éleveur charolais décédé en 2013, David Rivière n'a pas  masqué son émotion : « C'est toujours la plaque que je recherche : c'est la plus belle. Surtout que les animaux n'étaient pas trop bien sortis en section. C'est le lot et sa cohérence qui a été récompensé. J'en suis très fier. Ça me donne envie de pleurer... »

Raphaël Loveno, son alter ego, décroche de son côté onze récompenses, dont une belle moisson pour ses femelles : le prix d'honneur femelle Espoir revient à Pépite, le prix d'honneur meilleure reproductrice et le trophée race femelle à son infatigable Halaska. Belle performance également du Gaec Luc-Pupat, avec neuf distinctions, dont le trophée du meilleur mâle qualité bouchère, attribué à Ouston.

Chez les limousins, Annabelle Bouquet n'a vu que des bêtes « d'énorme qualité ». Beaucoup lui ont « tapé dans l'œil » mais, selon elle, un élevage se démarque, celui de Laurent Michel, éleveur à Primarette. « J'ai apprécié son gros travail sur les bassins, ce qui est un critère important chez les limousines », justifie la juge. D'où un prix d'élevage (« C'est le meilleur : c'est une consécration », savoure l'éleveur) et 18 autres récompenses, dont sept grands prix, et deux jolis coups doubles réalisés par Orangeade (prix d'honneur femelle Espoir et trophée de la race femelle) et Oxygène (prix d'honneur mâle Espoir et trophée de la race mâle).

Clément Guillaud a lui aussi vu son patient travail récompensé : il décroche dix prix en section ainsi que le trophée de la meilleure femelle qualité bouchère, grâce à Nitouche. Pour les mâles, le trophée est revenu à Oasis, du Gaec Florémy, à Vassieux-en-Vercors.

Marianne Boilève
 Portrait / Eleveur charolais à Chélieu, Jean-Baptiste Villeton a participé pour la première fois au concours départemental d'élevage de Saint-Chef. Il a décroché huit prix.

Villeton transforme l'essai

Habitué des concours, Jean-Baptiste Villeton participe paradoxalement à son premier « départemental ». Un essai que l'éleveur, en bon rugbyman, a transformé dimanche en palmarès : huit trophées de la race charolaise dans la poche. Dont le prix d'honneur du meilleur reproducteur et le trophée de la race mâle. « J'ai présenté sept animaux, le fleuron de mon élevage », commente-t-il simplement. Sa botte secrète s'appelle Jess, un taureau charolais de 1 300 kilos, impressionnant mais paisible. 
Jess, c'est une des pièces maîtresses du nouveau dispositif Villeton. « J'ai récemment diminué mes surfaces, réduit mon cheptel et monté un atelier de découpe pour ramener de la valeur ajoutée à l'élevage », explique le jeune éleveur de Chélieu. A 38 ans, il prend un « virage à 180° » parfaitement contrôlé. Fils d'agriculteur et boucher de métier, Jean-Baptiste s'est défait d'une des deux exploitations familiales pour recentrer son activité sur l'élevage, la transformation et la vente à la ferme. Il produit du bovin charolais bien sûr, mais aussi du porc noir de Bigorre, qu'il découpe lui-même : « Le temps de découpe, c'est du temps rémunérateur : je préfère faire ça que faire de la paille ou des céréales. » Ça, il le laisse aux autres... et leur achète.
Désormais, l'important pour lui, c'est de revenir aux fondamentaux. « L'alimentation, c'est la base. Et l'agriculture, c'est la base de l'alimentation », se plaît-il à rappeler. Mais pas n'importe quelle agriculture, « une agriculture de bocage, une agriculture noble, respectueuse de l'animal, du sol et de l'être humain ». Après avoir travaillé huit ans dans la viande, il connaît son affaire. Et compte bien voir son chiffre d'affaires augmenter d'au moins 30%. « Avec ce système, la valorisation d'une génisse passe du simple au double, estime-t-il. Là, au moins on sait pourquoi on travaille. »
MB