Des journées pour vivre ensemble
Casques bien vissés sur la tête, équipements de protection solidement attachés sur les épaules, une petite quinzaine d'habitants des alentours et autres vacanciers se sont faits bûcherons du Vercors le temps d'une matinée. Pendant ce temps, d'autres curieux se sont chaussés pour une journée dans les alpages à la rencontre du berger, ou encore dans les Vals du Dauphiné à la découverte des paysages. De nombreuses initiatives fleurissent un peu partout dans le département pour renforcer le lien entre celles et ceux qui habitent et façonnent le territoire.
Faire découvrir les métiers
Au delà des démonstrations d'abattage, d'ébranchage ou encore de débardage, les participants à la journée « Vis ma vie de bûcheron en Vercors » apprennent les spécificités du métier, métier pour beaucoup méconnu ou se résumant à des images d'Epinal. « Pourquoi ne débardez-vous pas avec les chevaux ? » fait figure de leitmotiv parmi les questions posées. Beaucoup ignoraient également l'existence d'un code forestier et d'une réglementation de l'exploitation signale Mathieu Rivero, chargé de mission filière bois pour le parc naturel régional du Vercors.
Même son de cloche en alpage. Lise Denat, chargée de la mission pastoralisme du parc régional de Chartreuse et organisatrice des journées « Alpages à partager », s'étonne elle aussi que les participants, même s'ils sont éloignés du monde agricole, ne connaissent que très peu la réalité du métier. « La plupart ignore que berger n'est pas qu'un loisir mais un vrai métier ». Ou encore que « le berger n'est pas le propriétaire des animaux qu'il garde », raconte Danielle Romagnoli, conseillère municipale à Saint-Badolph et participante à la journée du 25 juillet à l'Alpette de Chapareillan.
Un autre regard sur le territoire
« Faire partager les enjeux du territoire entre les différents acteurs ». Pour Didier Villard, président de TerraVal'D, c'est l'ambition première des « Balades sur les pas de la ruralité », organisées depuis trois ans dans les Vals du Dauphiné par la communauté de communes. « Car si on ne le faisait pas, l'agriculture en serait la première victime », ajoute celui qui est aussi producteur laitier. Il explique que tout est parti d'une réflexion en amont que « tout le monde est content d'habiter à la campagne », mais que des intérêts contraires peuvent exister. En parallèle, « il fallait faire quelque chose face à la disparition des terres agricoles ». De là a germé l'idée des Assises de la ruralité puis d'étendre la démarche au grand public avec ces balades. En faisant « visiter des exploitations sans qu'il y ait une considération commerciale derrière », cela facilite l'instauration « d'un dialogue, qui n'est pas une chose aussi naturelle qu'on pourrait le croire », défend l'agriculteur.
Parmi les participants à cette troisième édition à Panissage se trouve les sympathisants ou les fidèles, comme les appelle Didier Villard, ayant marché les années passés et qui ont plutôt conscience des problématiques agricoles actuelles. D'autres, un petit échantillon, sont plus critiques vis-à-vis de l'agriculture, mais Didier Villard assure qu'ils ne sont pas vindicatifs pour autant et que chacun reste à l'écoute des autres.
Bien appréhender les enjeux est aussi primordial dans un parc naturel comme le Vercors où un nombre important de dégradations de panneaux de chantiers forestiers est constaté. « Les gens n'iraient jamais sur un chantier d'un bâtiment, mais en forêt, ils pensent qu'il n'y a pas de propriété. C'est notre objectif de faire comprendre qu'on ne peut pas aller n'importe où en forêt » soutient Guénaëlle Scolan, directrice de Fibois Isère. Il faut montrer « la multifonctionnalité de la forêt » ajoute Mathieu Rivero. « Ces journées permettent aussi de faire passer des messages de sécurité », souligne la directrice de Fibois Isère.
La Chartreuse ne fait pas figure d'exception. Lors de ces « Alpages à partager », Lise Denat et Joël Gentil, berger à l'Alpette de Chapareillan font prendre conscience, aux promeneurs, du bien-fondé de la réglementation. Au gré des nombreux échanges, ils clarifient « Pourquoi on ne peut pas passer partout ? », ou « Pourquoi c'est interdit d'amener son chien sur les sentiers ? ». Une manière de sensibiliser les participants aux bons réflexes à adopter en montagne. Une approche « très intelligente » selon Danielle Romagnoli qui entend bien prendre part aux futures journées. Et elle est loin d'être la seule.
Jordan Dutrueux
Chasse au gibier et aux préjugés
Donner une autre image, plus réaliste de l'activité, c'est le credo des journées « Un dimanche à la chasse » organisé, une fois dans l'année en octobre par les ACCA départementales. L'an dernier 406 intéréssés sont partis au petit matin pour une partie de chasse en plaine au petit ou au grand gibier. La journée commence par un rappel des consignes ce qui n'est pas sans surprendre les non-chasseurs. L'occasion aussi de les rassurer sur la sécurité. Jean Janin, président de l'ACCA de Chatonnay déplore que « ce qui fait à chaque fois les grosses manchettes (concernant la chasse) ce sont les accidents, alors qu'il y en a que très peu ». Ensuite, pour les chasses au grand gibier, chaque participant part avec un chasseur pour faire les pieds avec le chien « On discute du travail du chasseur, du chien, il y a beaucoup d'échanges », se félicite Jean Janin. Puis les non-chasseurs ont le choix d'assister ou non à la battue. Point d'orgue de la journée, qui se veut aussi être un « moment de convivialité », le repas pris tous ensemble.Concernant le profil des participants, il est assez diversifié. « On a des gens qui ont des a priori, d'autres qui ont des tendances écologistes, mais c'est vrai qu'aucun participant n'est foncièrement hostile à la chasse », confie le président de l'ACCA. Il ajoute que depuis le début du lancement de l'opération il y a trois ou quatre ans, certains ont passé leur permis de chasse. Parmi eux, des personnes inattendues, à l'image d'une technicienne de protection de la nature. Jean Janin explique que c'est non pas pour pratiquer activement la chasse mais comprendre au mieux l'activité. Enfin, pour attirer un public toujours plus nombreux, il mise avant tout sur les contacts individuels.JD