Des milliers de viticulteurs ont manifesté à Béziers
Le secteur viticole traverse depuis quelques mois une crise sans précédent. Pour exprimer leur colère, leur ras-le-bol et leur angoisse, des milliers de viticulteurs se sont rassemblés le 15 novembre à Béziers.
Ils étaient 7 000 selon les organisateurs, 4 000 selon la police. Qu’importe le nombre. Ce qui s’est exprimé le 15 novembre à Béziers, c’est avant tout la souffrance des hommes et des femmes qui ont investi leur passion, leurs économies, leur temps et leurs tripes dans la production de vins et de spiritueux. Ils sont d’ailleurs venus de Bordeaux, du Gers, de l’Ardèche, du Rhône, de Provence et d’ailleurs, pour ce que Jean-Pascal Pelagatti, viticulteur près de Béziers et secrétaire général de la FDSEA de l’Hérault, a appelé « la manifestation de la dernière chance ». Tous sont venus crier leur peur, mêlée d’un brin de pessimisme et parfois de désespoir, de voir leur exploitation mettre la clef sous la porte. C’est ce qui est déjà arrivé à au moins 110 producteurs nantais qui ont lâché l’affaire depuis le début de l’année et arraché leurs vignes. Les conditions de travail sont devenues trop compliquées. Les difficultés de tous ordres se sont accumulées ces dernières années, mettant les exploitations au bord de l’asphyxie financière : gels à répétition, épisodes de sécheresse ou de grêle, baisse constante de la consommation… Pour noircir un tableau déjà bien sombre, les droits de douane américains et chinois sont venus entraver les exportations. « De nombreuses entreprises sont en train de lâcher. » Peu de régions sont épargnées.
Des mesures d'urgence
« Une mobilisation exemplaire et unitaire, dans la gravité de la situation », a expliqué Jérôme Despey, viticulteur et premier vice-président de la FNSEA. Le syndicalisme majoritaire qui a rassemblé à ses côtés Jeunes agriculteurs (JA) mais aussi la Coordination rurale (CR) a porté plusieurs revendications communes à l’image de la lutte contre les prix du vin abusivement bas pratiqués par les négociants et la grande distribution. « Il n’est plus supportable aujourd’hui que nous ayons des prix à la consommation en dessous de nos coûts de production », a insisté Jérôme Despey, qui en appelle aux metteurs en marché et aux grandes enseignes. La FNSEA fait pression sur le ministère de l’Agriculture pour que des mesures d’urgence soient prises avant le 25 novembre prochain, date à laquelle ouvrira pour trois jours le prochain Sitevi à Montpellier. Le syndicat majoritaire souhaite notamment l’activation du fonds d’urgence de la Commission européenne. Il demande aussi « un arsenal de mesures complémentaires comme un plan d’arrachage, un plan de distillation, une année blanche fiscale et bancaire, la prise en charge des cotisations sociales, de la TFNB et l’octroi de prêts pour consolider les trésoreries et relancer la commercialisation ». Le rendez-vous de la manifestation à Béziers n’a pas été pris au hasard puisque c’est de cette ville qu’est partie la grande révolte viticole de 1907. L'Occitanie est, de plus, le premier vignoble de France avec 257 000 hectares. Déjà en 2023, les viticulteurs avaient tiré la sonnette d’alarme sur leur secteur d’activité. La manifestation du 15 novembre s’est déroulée dans le calme. Seuls quelques heurts ont été signalés, notamment des jets de projectiles sur les forces de l’ordre ainsi que deux poubelles incendiées.
Christophe Soulard
viti69