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Irrigation

Des pratiques d'arrosage déjà optimisées


Par Isabelle Brenguier
Des pratiques d'arrosage déjà optimisées
Delphine Sneedse, chargée d’expérimentation à la Senura (Station d'Expérimentation Nucicole Rhône Alpes) a restitué les travaux de recherche sur la gestion de l’irrigation dans les vergers de noyers le 27 janvier à Chatte.

Est-il nécessaire de s'équiper en sondes pour arroser son verger de noyers ? Sans doute pas. C'est ce que révèlent les travaux menés par Delphine Sneedse, chargée d’expérimentation à la Senura *. « Réalisés dans l'objectif de voir si une gestion plus fine de l'irrigation permettait de diminuer les apports d'eau sans pénaliser les rendements et les calibres, ils ont mis en avant que la marge de manœuvre pour réduire les consommations d’eau est faible car les pratiques des nuciculteurs impliqués dans ces essais, ne sont pas aberrantes et répondent aux besoins des noyers sans excès ou sur-consommation d’eau », indique la chargée d'expérimentation.

Pour elle, « le bilan des essais est plutôt mitigé. Nous remarquons peu de différences significatives entre la modalité « Senura » gérée avec des sondes et la modalité « producteur » gérée sans. Nous avons travaillé dans huit parcelles qui représentent finalement huit situations différentes. Il est donc difficile de dire si cette hétérogénéité intra-parcellaire est dû aux modalités d'irrigation ou si elle était déjà existante avant. En outre, par rapport à la baisse moyenne des quantités d’eau apportées par parcelle, sur la durée de l’essai, elle ne dépasse pas 20% par rapport aux pratiques des producteurs ».

Outil d'aide à la décision

Dans certaines situations, les sondes peuvent être, selon Delphine Sneedse, « un outil d'aide à la décision utile pour ajuster le déclenchement des irrigations, adapter les quantités d'eau aux besoins des sols, anticiper et éviter les périodes de stress hydrique qui fragilisent les arbres et mettent en péril leurs productions ». Mais la technicienne le rappelle : « elles ne permettent pas de s'affranchir des contraintes pratiques, telles que les tours d'eau ou les restrictions d'usage de l'eau en période de sécheresse ». 

Ainsi, s'il est important que les producteurs soient attentifs à leur gestion de l'irrigation, qu'ils mettent tout en œuvre pour réduire les apports d'eau sans mettre en difficulté les arbres, la chargée d'expérimentation n'est pas certaine de l'intérêt qu'ils peuvent avoir à s'équiper en sondes. Car cet équipement représente un suivi, un coût et une maintenance supplémentaires pour eux. 

Néanmoins, dans certaines cas où la réduction est possible et où les nuciculteurs souhaitent investir dans ces outils, Delphine Sneedse les incite au préalable à bien connaître leur parcelle, leurs sols et leur système d'irrigation. Il doit être bien dimensionné par rapport aux parcelles et bien entretenu. 

Six années d'étude

En organisant la restitution des essais le 27 janvier à Chatte, la technicienne a mis un terme à six années d'études mises en œuvre dans le cadre du contrat de rivières Sud-Grésivaudan. Ces essais ont été réalisés dans huit parcelles implantées dans les communes de Saint-Lattier, La Sône, Saint-Romans, Saint-Hilaire-du-Rosier, Izeron, Saint-Bonnet-de-Chavagne et Chatte. Chaque parcelle était coupée en deux. Dans une une modalité, l'irrigation était gérée par le nuciculteur, avec ses propres critères de décision. Dans l'autre, équipée de sondes (tensiométriques et capacitives), elle était conduite par la Senura grâce aux données issues de ces outils. 

* Station d'expérimentation nucicole Rhône-Alpes

Isabelle Brenguier

 

« Le gain de ce suivi pose question... »

« Le gain de ce suivi pose question... »
De nombreux nuciculteurs ont assisté à la restitution des travaux de la Senura sur l'Irrigation.

Retour du terrain / Nuciculteur à Izeron, Jean Bith, a participé aux essais mis en œuvre par la Senura sur la gestion de l'irrigation dans les vergers de noyers.

D’abord, l'agriculteur raisonne à l’exploitation, et non à la parcelle. Et ce qui l'intéresse, c'est sa régularité de production et son poids à l’hectolitre (signe d'un cerneau bien rempli, gage de qualité). S'il s'était auparavant équipé de tensiomètres, il est rapidement revenu à une logique intuitive, en s'appuyant sur l’état des pissenlits. « Je trouve que les sondes sont intéressantes pour démarrer la saison d'irrigation, mais, à mon avis, elles représentent un gros investissement pour pas grand chose. Elles nécessitent un temps de suivi assez important alors que je dois déjà suivre les pièges carpocapses et mouches du brou, et gérer le reste des interventions dans l’exploitation. En plus, il n'est pas évident d'intégrer toutes leurs données dans la contrainte des tours d'eau. Pour moi, le gain de ce suivi pose question », témoigne-t-il. 

Ajuster la quantité d'eau

Jean Bith assure mettre en route son irrigation « le plus tard possible ». Mais une fois que c'est fait, il ne l'arrête plus et utilise chacun de ses tours d'eau (environ tous les huit jours). Les interruptions lui semblent risquées, car si une période sèche et chaude surgit, elle peut rapidement entraîner un stress aux arbres et un jaunissement de leurs feuilles. Il préfère donc ajuster la quantité d’eau apportée (entre 25 et 35 mm d’eau par tour), la diminuer plutôt que l'arrêter, en fonction de la pluviométrie. Selon lui, la régularité d’apports d’eau modérés s'avère plus bénéfique pour les arbres que des apports plus ponctuels mais plus importants en quantité.

Également responsable d'ASA (association syndicale autorisée), le nuciculteur, s'est aussi interrogé sur la montée des prix de l'énergie et des conséquences pour l'irrigation de cet été. « Le tarif du kilowattheure a été multiplié par six entre 2021 et 2022. Est-ce que nous allons arroser nos arbres pour les sauver ou pour avoir une production ? », se demande-t-il. 

 


IB

Les intrants diminuent franchement

Les intrants diminuent franchement

Phytosanitaires / Les résultats des travaux sur la diminution des intrants en nuciculture ont été dévoilés par la Senura.

La rencontre organisée par la Senura le 27 janvier à Chatte fut également l'occasion de présenter les travaux portants sur la diminution des intrants en nuciculture. Avec pour objectif d'améliorer la qualité de l'eau, ils étaient aussi réalisés dans le cadre du contrat de rivières Sud-Grésivaudan. 

Selon Marine Barbedette, technicienne d’expérimentation à la Senura, « la conclusion de l'essai met en exergue que la diminution des intrants est possible. C'est une question de dosage. Mais, comme chaque situation est différente, il convient de raisonner au cas par cas. Nous avons cependant noté que, dans les conditions de l'essai, nous sommes arrivés à maintenir la rentabilité économique des exploitations ». 

Changements de pratique

Les essais ont été mis en œuvre dans cinq exploitations des communes de L'Albenc, Beaulieu, Saint-Romans, Saint-Hilaire-du-Rosier, Saint-Lattier. Deux modalités étaient étudiées : une « producteur » et une « bas-intrants ». Dans cette dernière, des changements de pratique ont été développés dans les domaines de la lutte contre l'anthracnose, la bactériose, la mouche du brou et le carpocapse, l'entretien de la ligne et la fertilisation azotée. Il a été question soit de changements de molécule, soit de diminution du nombre de traitements. Comme l'indique Marine Barbedette, « l'idée était de faire ressortir des conclusions sur chacun de ces indicateurs et de voir s'il y avait des effets sur la production ». 

Récolte équivalente

Courbes à l'appui, les travaux ont révélé une diminution globale des IFT (Indicateurs de fréquence de traitements) chez les producteurs. « Nous étions à 5 000 grammes/hectare. Nous ne sommes plus qu'à 2 000 », précise la technicienne. Quant aux différences entre les deux modalités, elle ne considère pas qu'un itinéraire « bas-intrants » ait un impact sur l'état sanitaire des parcelles. S'agissant des rendements, des calibres et de la qualité des cerneaux, Marine Barbedette a constaté une récolte équivalente dans quatre parcelles sur cinq. Au niveau du temps de travail, elle a enregistré une augmentation d'une heure à l'hectare. « Le désherbage mécanique prend plus de temps, mais dans l'ensemble, la conduite « bas-intrants » implique moins de travaux », estime-t-elle. Un point de vue que certains nuciculteurs présents tiennent à nuancer, car pour eux, cette augmentation du temps de travail semble sous-estimée. Le passage au broyage mécanique pour la gestion de l’enherbement sur le rang notamment est connu pour augmenter de façon significative le temps de travail dans l’exploitation. Cependant, pour un autre exploitant qui a investi dans un broyeur avec satellite (déport pour gérer le rang), « le temps de travail n’est pas forcément plus important que du broyage sur l’inter-rang/désherbage sur le rang car l’intervention sur ces deux espaces devient combinée », exprime-t-il.

IB