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Infrastructures

Des routes pour ouvrir la forêt

Le département de l'Isère a bénéficié de la création de plusieurs routes forestières facilitant l'exploitation des massifs. La route de Caron dans le Vercors et celle d'Hurtière en Belledonne sont parmi les dernières ouvertes.
Des routes pour ouvrir la forêt

C'est une de ces routes fantômes, vulnérable et majestueuse, perchée à flanc de Vercors et reliée directement à la vallée de l'Isère. Les raveurs, les randonneurs et les forestiers connaissent encore la RD218, qui relie Montaud à Autrans via le tunnel du Mortier. En 1992, un énième éboulement a eu raison de cette chaussée construite un peu à la va-vite en 1968. « Nous sommes bloqués depuis 25 ans, pour 120 mètres », fait remarquer Michel Murdinet, premier adjoint de Montaud.
La route de Montaud, c'est un peu le passage impossible. « Plusieurs projets ont été avancés, plusieurs fois arrêtés, notamment par les guerres en 1914 et en 1939 », poursuit l'élu. Alors, de voir des véhicules à nouveau circuler là-haut, c'est un peu une nouvelle vie redonnée à ce pan de montagne recouvert de forêt. Mais les principaux protagonistes ont tiré les enseignements du passé. Pas question de recréer un axe de circulation ouvert à tous. La sécurité est en jeu. Les nouveaux accès, au nombre de deux, seront réservés. Une nouvelle route forestière a été créée depuis Noyarey rejoignant la RD218 en contrebas du tunnel du Mortier. Quant à la partie emportée par l'éboulement qui coupe l'accès depuis Montaud, elle va être reconstruite.
Démarrés en 2004, les travaux de la route forestière de Caron se sont décomposés en cinq tranches pour ouvrir 11 kilomètres. Ils ont été réalisés par l'Asa(1) du Vercors avec le soutien du CRPF. « Il faut entre cinq et dix ans pour faire une route. Cela nécessite de retrouver les limites, les propriétaires forestiers, les supplier », explique Jean Peyronnet, président de l'Asa du Vercors. Pourtant, le massif est leader en matière de création de pistes et de routes forestières, avec 50 kilomètres réalisés depuis 1982.

500 hectares

« Cette cinquième tranche, d'une longueur de 1,7 kilomètres, nous permet d'accéder en haut du massif dans un secteur productif, planté de résineux et de sapins », commente Mathieu Rivero, technicien CRPF. Le montant des travaux s'élève à 110 000 euros, subventionnés à 80%. Le reste est à la charge de la vingtaine de propriétaires concernés par ce dernier tronçon, qui se financeront sur la mobilisation du bois. « Désormais, les grumiers pourront sortir par trois points d'accès différents : Montaud, Autrans ou Noyarey », poursuit le technicien. L'enjeu est conséquent. La route dessert désormais 500 hectares. « A raison de 5m3/ha de rendement, cela représente 2 500 m3/an pérennisés, soit huit emplois(2) », avance Jean Peyronnet. En avril dernier, les propriétaires forestiers de Caron se sont d'ailleurs réunis pour donner mandat à l'Asa d'agir en qualité de maître d'ouvrage pour mobiliser 40 hectares et possiblement 60.
« Il y a 100 ans, le Vercors était essentiellement tourné vers l'agriculture. Avec l'évolution rapide de la forêt, nous sommes passés d'un développement agricole à un développement touristique et forestier, c'est-à-dire un développement rural », déclare Philippe Pione, du CRPF, qui défend une approche multifonctionnelle de la forêt. Il insiste sur l'impact positif sur la qualité de l'eau que représente une bonne gestion forestière. En effet, l'Agence régionale de la santé se montre très vigilante quant aux travaux réalisés autour des captages et parcimonieuse dans ses autorisations. « Nous étions dans un périmètre de protection rapproché autour du captage qui alimente le hameau d'Ezy et nous avons dû déclencher une procédure avec l'ARS pour obtenir les autorisations de passer, détaille Mathieu Rivero. Nous avons procédé à des analyses de l'eau durant les travaux et appliqué les préconisations de l'ARS en créant des renvois d'eau traversant la route plus fréquents et une pente moins importante. »

Accès règlementé

La Métro s'est également impliquée dans ce projet en signant une convention avec le CRPF en 2013. Le territoire de l'agglomération est couvert à 60% de forêts. « Le seul moyen d'aller chercher des ressources est de créer des accès aux massifs. Nous avons identifié trois secteurs les plus productifs dans le cadre du schéma de desserte. Il s'agit de Noyarey, Veurey et le Grésivaudan », indique Françoise Audinos, vice-présidente de la Métro en charge de l'agriculture, la forêt et la montagne. Ainsi, c'est la Métro qui finance les 30 000 euros nécessaires à la reprise des 120 mètres d'éboulement qui coupent l'accès depuis Montaud au tunnel du Mortier sur la RD218. Attention cependant, il ne s'agit que d'une route forestière terrassée de 4 mètres de large. Son accès sera règlementé. Selon Joël Beaudoing, le dirigeant de l'entreprise de terrassement VDTP à Villard-de-Lans, spécialiste des routes forestières, la route pourrait ouvrir au printemps 2017, une fois l'hiver passé sur le chantier.

« Le tunnel est un sujet de préoccupation, reprend Hubert Arnaud, le maire d'Autrans-Méaudre. Il nous faut concilier deux impératifs : l'exploitation forestière et le tourisme ». Les élus se montrent très inquiets quant à la réouverture de la route sujette aux éboulements. Ils craignent que l'information s'ébruitant, les véhicules particuliers ne soient de retour sur la RD218. Ils pointent un problème de sécurité au moment où le département s'apprête à rétrocéder le tunnel et la portion de route jusqu'à Montaud à l'Asa du Vercors. « Nous avons essayé tous les dispositifs de protection et les gens passent quand même en voiture, se désole l'élu. Les piétons, les chevaux, les vélos, ce n'est pas un problème. » La conciliation des usages et la circulation entre les deux côtés du tunnel fait encore débat. Seuls les véhicules de service, de secours et les engins dédiés à l'exploitation de la forêt seront autorisés.

Isabelle Doucet

(1) Asa : Association syndicale autorisée de gestion forestière

(2) Selon le CRPF, il faut compter un emploi dans la filière bois pour 300m3 de bois exploité. La filière emploie 10 000 personnes en Isère.