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Apprentissage

Effet boomerang au collège

Vendredi 17 juin, le centre de culture scientifique de Grenoble et Orange Labs ont présenté 14 impressions 3D réalisées par les lauréats de l'appel à projets "Fab Labs Solidaires des collégiens". Une créativité bluffante.
Effet boomerang au collège

Thalès et Pythagore, vous connaissez ? Eux, avant d'entrer dans un Fab Lab, ils ne voyaient même pas à quoi ça pouvait servir. Fort heureusement, leurs profs ont eu l'idée de répondre à un appel à projets visant à leur faire vivre l'expérience « Fab Labs Solidaires ». Quelques mois plus tard, les élèves de 5ème du collège Pré-Bénit (Bourgoin-Jallieux) n'abordent plus la géométrie de la même manière. Entretemps, ils ont visité le Fab Lab du centre de science de Grenoble, découvert l'univers des machines pilotées par ordinateur, les logiciels de modélisation, les imprimantes 3D... Revenus au collège, ils se sont intéressés à la halle de Crémieux, à son architecture, à ses arches et à la façon de les construire. Puis, guidés par leurs enseignants, les collégiens se sont attelés à un savant travail d'analyse et de modélisation de la halle, mettant en pratique leurs savoirs jusque-là théoriques, avant de pouvoir passer à la partie la plus alléchante du projet : l'impression 3D de leur maquette.

Collection de boomerangs

Officiellement présentée à Orange Lab, le centre de recherche d'Orange (Meylan), aux côtés de treize autres projets « bluffants », pour reprendre l'expression de la présidente de la fondation Orange qui soutient l'opération, leur arche en plein cintre a un côté bricolo plutôt sympathique. Tout comme la collection de boomerangs fabriqués par les concepteurs en herbe du collège Marcel-Mariotte de Saint-Siméon-de-Bressieux. A l'origine de cet étonnant projet, Olivier Chelmas, un pro du boomerang, champion de France et professeur d'éducation physique au collège. « Il y a quelques temps, Olivier m'avait posé un problème : il cherchait à reproduire à l'identique un boomerang qui marchait bien, raconte Jean-François Einig, professeur de technologie au collège Marcel-Mariotte. Nous avions fait des essais avec la fraiseuse de la classe de techno, mais ça n'avait pas été très concluant. Du coup, quand il a fallu proposer un objet pour l'appel à projets "Fab Lab Solidaires", l'idée du boomerang s'est imposée naturellement. » D'autant plus naturellement que ce petit collège rural est labellisé « Ecole française de boomerang »

Autonomie

Pour Olivier Chelmas, l'objectif est à la fois pédagogique et stratégique. « Les boomerangs sont souvent de fabrication artisanale, explique-t-il. Il est donc difficile d'être dans la reproductibilité. L'intérêt du numérique et de l'imprimante 3D, c'est que cela permet de reproduire les profils à l'identique. » Confié à la mini-entreprise de la classe DP3, le projet a fait l'objet d'une planification rigoureuse de la part des élèves. Car l'objectif, à terme, est de fabriquer des boomerangs et de les vendre. Mais quand on doit manipuler une imprimante 3D et non plus une fraiseuse, ça ne s'improvise pas. Il faut faire des recherches, trouver sur quelles bases dessiner un profil, apprendre à manier des outils de haute technologie, comme SolidWorks, un logiciel de conception 3D. Très motivés, les élèves se sont documentés, ils ont crayonné, bidouillé, comme l'aurait fait une vraie équipe d'ingénieurs. « Ils ont travaillé en autonomie, je leur ai montré un modèle, sans leur donner de directives », précise Olivier Chelmas. De brain-storming en croquis, ils aboutissent à un premier prototype... qui ne fonctionne pas. Les enseignants suggèrent alors d'explorer la piste de l'aile d'avion. La petite équipe repart de plus belle. Peu à peu, Théo, Matthieu, Chloé et leurs copains découvrent l'intérêt du travail en groupe et de l'interdisciplinarité. Ils expérimentent aussi un nouveau rapport aux savoirs : apprendre en faisant, en essayant, en se trompant, comprendre ses erreurs, rebondir et corriger ce qui ne va pas au fil des essais. Pour finalement aboutir à un résultat qualifié de « très bon » par Olivier Chelmas. Et ce n'est pas sans fierté que Chloé, PDG de la mini-entreprise, déclare : « On est parti de rien et on est arrivé à quelque chose qui fonctionne. C'est génial. Les profs nous ont aidés, mais tout est parti de nous. C'était du travail, du temps, mais ça vaut la peine. »  Un peu comme dans la vraie vie, quoi...

Marianne Boilève

Fab Lab Solidaires des collégiens : deuxième !

Lancée par le centre de culture scientifique de Grenoble, avec l'appui du rectorat, cette seconde édition des Fab Labs solidaires des collégiens a pour objectif de sensibiliser les jeunes aux nouveaux usages du numérique, mais l'idée est surtout de leur donner envie de s'emparer des technologies pour évaluer par eux-mêmes leurs potentiels et leurs limites. Cette année, quatorze collèges de l'académie de Grenoble ont participé à l'opération. L'an dernier, le succès de la démarche a validé la force de l'imprimante 3D comme « machine à capter l'intérêt et susciter la motivation des élèves comme des enseignants, jusqu'aux inspecteurs pédagogiques disciplinaires ».

 

 

 

L'imagination aux manettes

A Grenoble, le Fab Lab de La Casemate se positionne comme un laboratoire de prototypage rapide ouvert à tous, aux néophytes aussi bien qu'aux porteurs de projets innovants.
Si les Fab Labs sont souvent perçus comme des lieux pour « technophiles », celui de La Casemate cible le grand public, à commencer par les jeunes, les personnes les moins qualifiées… et les filles. Bien plus qu'un simple atelier de prototypage, il se revendique lieu d’expérimentation, un lieu animé par des « facilitateurs », qu’ils soient Fab-managers ou médiateurs. On y trouve toutes sortes de machines (ordinateurs, imprimantes 3D, découpeuses laser, fraiseuses numériques, machine à coudre...) qui permette de fabriquer à peu près tout ce que l'imagination peut concevoir à partir des matériaux les plus variés (plastique, bois, carton, vynile...).
Après avoir été initié et formé au maniement des machines, le Fab-maker est libre de réaliser ce qu'il veut, à condition de mettre en partage ses créations. Le Fab Lab de La Casemate ayant une vocation de service public (1), ses utilisateurs doivent en effet s'engager à documenter leurs productions (plans, explications, photos…), afin de permettre aux membres de la « communauté » de les reproduire ou de s'en inspirer. Ce qui n'exclut pas une éventuelle utilisation du Fab Lab par les professionnels. En effet, La Casemate concilie mission de service public (médiation scientifique et technique, développement d’une culture de l’innovation…) et offre de services (formation, location d’espace ou de machines, tarif entreprise, visites et stages payants...). Une stratégie qui passe plutôt bien auprès des utilisateurs.
MB
(1) En partie financé avec de l'argent public, et notamment les Investissements d'avenir, le Fab Lab de La Casemate a été créé pour « favoriser l'innovation » et « promouvoir les nouvelles technologies, leur utilisation et de donner accès à une culture scientifique au plus grand nombre ».