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Economie

"Encore beaucoup d'incertitudes"

Christian Rouchon, directeur général du Crédit agricole sud Rhône-Alpes et Bernard Gay, directeur général du Crédit mutuel Sud-Est, partagent leur bilan de l'année économique écoulée.
"Encore beaucoup d'incertitudes"

Christian Rouchon

C'est une année compliquée. Les entreprises sont dans l'attentisme. Il y a peu d'investissement, mais on constate une vraie capacité de résistance. Globalement nous n'avons pas assisté à une augmentation des risques, ni de l'insolvabilité. Les entreprises font peu d'investissements et réduisent leurs charges. En revanche, le secteur du bâtiment souffre beaucoup. Mais l'Isère reste un département exportateur net, avec notamment les high-tech qui se portent bien.

Quant aux ménages, en termes d'immobilier, il ne s'est rien passé au premier trimestre. Nous sommes dans un département où les prix sont élevés. Les gens attendent et ne font pas la culbute. Ils ne bradent pas et le marché ne s'ajuste pas. Les programmes neufs sont très chers et dans l'ancien, les prix sont quasi stables. Nous avons mené une campagne de crédit au deuxième trimestre à hauteur de 1,3 milliards d'euros. L'encours du crédit d'habitation a augmenté de 6.5%. Mais l'automne est à nouveau calme. Est-ce un effet de la loi Duflot ? Normalement nous aurions dû assister à des opérations de défiscalisation en fin d'année, mais non, l'investissement locatif s'est effondré.

Bernard Gay

Nous enregistrons des résultats satisfaisants au regard d'une conjoncture qui est restée morose. Le fléau reste la montée du chômage et l'on ne peut pas parler d'inversion de tendance. Cela commence à se ressentir dans la trésorerie de certains clients sociétaires, sur leurs comptes courants et leur capacité à prononcer des engagements dans des crédits immobiliers. De sorte que le bilan est contrasté. La production de crédit à l'habitat est stable mais portée par les renégociations et les rachats de crédits. En revanche, cela reste un phénomène ponctuel dans un marché immobilier très peu actif en raison de la crainte de la fin du dispositif Scellier et de l'avènement du dispositif Duflot.

Sur le marché professionnel et des entreprises, nous avons réussi à maintenir la production de crédit pour l'investissement, car les banques continuent à assurer leur soutien financier à l'économie. Mais nous déplorons l'accroissement des procédures collectives. L'enjeu reste la maîtrise des risques. L'agriculture apparaît comme un secteur porteur. D'autres sont plus en difficulté, comme l'hôtellerie et la restauration, où l'on ressent fortement la baisse du pouvoir d'achat, ou encore le commerce en centre-ville.

En ce qui concerne l'épargne, c'est une année d'attentisme en raison de la faiblesse de sa rémunération. En revanche, l'assurance-vie bénéficie d'un retour d'attractivité. Nous espérons une relance pour 2014, vitale pour réduire le chômage, faire repartir la consommation et redonner confiance aux entreprises pour qu'elles investissent à nouveau. Mais il y a encore beaucoup d'incertitudes. Il faudrait retrouver des taux de croissance de 1,5, voire 2%.

Propos recueillis par Isabelle Doucet