Énergie : le virage pragmatique des campagnes
OPINION / Entre crise géopolitique et inflation, le baromètre Odoxa de mai 2026 révèle un basculement inédit : 61 % des Français prônent une pause environnementale au profit de l'économie. Un signal fort pour les agriculteurs et les ruraux lassés par la pression réglementaire.
Le moral économique de nos concitoyens ne semble pas vouloir quitter les profondeurs. En ce mois de mai 2026, 83 % des Français se disent « moins confiants » en l’avenir économique du pays. Cette morosité, que les analystes qualifient désormais de structurelle, s'est installée depuis la dissolution de 2024, avec un pessimisme qui ne descend plus sous la barre des 80 %. Pour le monde agricole, confronté quotidiennement à la hausse des charges et aux incertitudes de marché, ce constat n'est pas une surprise, mais il s'accompagne cette fois d'un changement de paradigme dans l'opinion publique. En un an, la défiance a encore progressé de 4 points, alimentée par une actualité géopolitique brûlante, notamment les tensions au Moyen-Orient. Le fait marquant de ce baromètre est le retournement total des priorités politiques. Pour la première fois depuis cinq ans, une nette majorité (61 % des Français) estime qu'en période de crise, les responsables politiques doivent avant tout s'occuper de l'économie et de l'emploi, quitte à mettre de côté les politiques de protection de l'environnement. Ce chiffre marque une rupture brutale avec la période 2021-2023, où 60 % des sondés affirmaient l'inverse. Pour les agriculteurs, souvent perçus comme les variables d'ajustement des politiques vertes, ce « retour au réalisme » de la société française pourrait desserrer l'étau des contraintes normatives au profit de la viabilité économique des exploitations.
Souveraineté énergétique : retour en force du nucléaire
Cette aspiration au pragmatisme se retrouve dans la vision du mix énergétique idéal. Le nucléaire s'impose désormais comme la source d'énergie prioritaire pour 50 % des Français, progressant de 4 points en moins de quatre ans. À l'inverse, le photovoltaïque, bien qu'encore populaire à 41 %, perd du terrain avec une baisse de 4 points sur la même période. Pour les territoires ruraux, le point de friction majeur reste l'éolien. Si 53 % des Français soutiennent encore les énergies renouvelables sur le temps long, l'acceptabilité locale de l'éolien terrestre est en chute libre. Le réflexe « Pas de ça à côté de chez moi » se cristallise particulièrement dans les campagnes. Alors que 52 % des Français s'opposent à l'installation d'une éolienne près de chez eux, ce rejet culmine à 55 % chez les habitants des communes rurales et des petites villes. Par contraste, les grandes agglomérations, peu concernées par ces infrastructures, affichent un soutien majoritaire à 52 %. Cette fracture territoriale souligne l'opposition des ruraux à porter seuls le fardeau des installations visuelles. En revanche, d'autres sources de production d'énergie, plus discrètes, marquent des points : la géothermie bondit de 5 points en quatre ans pour atteindre 35 % de soutien. La biomasse, gisement pourtant essentiel pour la méthanisation agricole, reste quant à elle stable mais méconnue, avec seulement 11 % de citations prioritaires. D’après ce sondage Odoxa, l'opinion française semble avoir tranché le dilemme entre « fin du monde et fin du mois » sous la pression de l'inflation et des crises énergétiques. Le besoin de souveraineté économique prime désormais. Ce qui pourrait offrir au monde agricole un terrain plus favorable pour défendre ses impératifs de production !
Christophe Soulard