Accès au contenu
Filière laitière

Garder le dynamisme laitier

En dépit d’un nombre d’exploitations laitières qui diminue, l’Isère et la Drôme peuvent compter sur un tissu dense d’unités de transformations.

Par Isabelle Doucet
Garder le dynamisme laitier
© ID TD
Aurélien Clavel, Président de la Chambre d’agriculture de l’Isère, Margot Petit, élue référente Élevage à la Chambre d’agriculture de la Drôme, Annaëlle Jacquin, élus référente Chambre d'agriculture de l'Isère et Thomas Huver, conseiller filière lait.

Dans un contexte de baisse de la production laitière dans les départements de l’Isère et de la Drôme, les chambres d’agriculture des deux départements ont organisé une journée d’information entre les producteurs et les partenaires, le lundi 12 janvier au lycée de La Côte-Saint-André.

L’objectif : « Mettre en avant les difficultés et les perspectives, échanger entre les différents acteurs, réfléchir sur les moyens de garder une production en élevage laitier et rémunératrice, avance Aurélien Clavel, le président de la Chambre d’agriculture de l’Isère. Il y a des actions à mettre en place pour aider à l’installation et garder cette dynamique dans les départements. »

L’Isère compte 342 exploitations laitières et produit 151 millions de litres de lait, soit 7 % de la collecte régionale qui s’établit à 2,5 milliards de litres.

Dans la Drôme, il y a 57 exploitations laitières qui produisent 19 millions de litres, soit 1 % de la collecte de la région.

Dans ces deux départements, le nombre des exploitations a été divisé par deux en 15 ans pour une baisse de la production d’environ 20 %.

Autres similitudes, 67 % des exploitations sont sous forme sociétaire. Enfin, il restait 23 428 vaches laitières en Isère en 2024 et 3 384 dans la Drôme.

La ferme laitière iséroise (68 vaches et 7 359 l/ vache) est légèrement plus modeste en taille et en production que la ferme France (70 vaches et 6 500 l/vache). La productivité dans la Drôme est encore un peu plus en retrait (59 VL et 5 700 l/vache), en raison d’une part importante de la production en agriculture biologique (3,1 millions de litres).

Les signes officiels de qualité constituent un levier majeur pour la production, avec les AOP et IGP (saint-marcellin, bleu du Vercors-Sassenage, tomme de Savoie et projet IGP saint-félicien), concernant près de 37 % des exploitations. En revanche, les installations avec DJA sont à la peine : 10 en 2025 en Isère et une dans la Drôme.

« Ces installations, observe Thomas Huver, conseiller filière lait à la Chambre d’agriculture de l’Isère, sont à l’image du nouveau profil des exploitations d’élevage,  de plus en plus diversifiées, avec plusieurs ateliers, voire un cheptel varié et une transformation de la production ». La rareté de ces installations reflète une réalité nationale tout aussi tendue.

Des coopératives et des industries

Pourtant, « nous avons la chance d’avoir un important tissu de laiteries et de fromageries ainsi que de gros opérateurs nationaux, groupes industriels et coopératives. C’est une force sur laquelle s’appuyer », fait remarquer Thomas Huver.

Parmi les coopératives, Biolait fait uniquement de l’achat et de la revente. Elle collecte 203 fermes en région, soit 33 % des fermes en agriculture biologique et 32 millions de litres en 2024. La coopérative compte une centaine de clients, transformateurs industriels ou locaux.

Autre coopérative, Sodiaal collecte 34 millions de litres en Isère et 6 millions dans la Drôme auprès d’un total de 102 exploitations, dont plus de 40 % en montagne.

L’usine Candia de Vienne, implantée depuis 1965, produit historiquement les yaourts Panier aux fruits de Yoplait et embouteille le lait collecté sous la marque Candia.

Le site a bénéficié de récents investissements. « Depuis 2025 nous conditionnons la crème en pot et à partir d’avril nous allons produire du skyr », annonce François Conand, administrateur Sodiaal.

À l’autre bout de l’échelle, la coopérative des Entremonts, Ici en Chartreuse (Entremont-le-Vieux 73), est à la peine. Elle collecte 13 producteurs en Isère et en Savoie pour 3,3 millions de litres de lait transformés « alors qu’elle en faisait 4,2 millions il y a deux ans », précise Thomas Huver.

Elle s’est rapprochée en 2025 de la coopérative de Yenne (73) et a engagé un « gros travail de rationalisation sur les produits fabriqués ». Si les deux entités restent indépendantes, elles ont aussi mutualisé leurs moyens humains.

La coopérative Vercors lait (Villard-de-Lans) produit quant à elle 800 tonnes de fromages par an dont trois produits sous signe officiel de qualité (bleu du Vercors-Sassenage, saint-marcellin et projet IGP saint-félicien).

Elle collecte 6,5 millions de litres de lait auprès de 32 producteurs sur le plateau en Isère et dans la Drôme.

Saint-marcellin et saint-félicien en pole position

Du côté des fromageries privées, celle de Vinay (ex Curtet, ex Valcrest, ex Eurial, branche lait d’Agrial) est en passe d’être intégrée, d’ici 2028, à la fromagerie Beillevaire après une joint-venture engagée en 2023.

Elle emploie 33 CDI, produit aussi 700 tonnes de saint-marcellin, saint-félicien et de brousse et collecte 14 producteurs Agrial et Sodiaal.

De taille plus importante, la fromagerie Saint-Just, Etoile-du-Vercors, est avec la Fromagerie du Dauphiné à Têche, une filiale du Groupe Lactalis.

La société collecte le lait dans quatre bassins : les Chambaran, les Terres froides, la Chartreuse et le Vercors-Royans, soit 67 producteurs de lait de vache et 8 de lait de chèvre.

Le tout est transformé en saint-marcellin IGP et IGP bio, la fabrication au lait cru et au lait thermisé représentant 50 % des parts de marché de ce segment. Romary Fontaine, le nouveau directeur, indique que le lait est ramassé tous les jours et que la fabrication demeure artisanale, dont le moulage à la main.

Au nord du département, la fruitière Domessin, possède un site à Val-de-Virieu et un autre en Savoie.

Elle est une des 56 usines françaises d’Agromousquetaire, filiale d’Intermarché. La fruitière collecte 38 millions de litres de lait dans 67 exploitations principalement en Isère, mais aussi en Savoie et en Ardèche. Elle emploie 70 personnes et produit 4 200 tonnes de fromages dans les gammes raclettes et tommes.

« En avril 2023, nous avons signé un accord-cadre pour répondre aux exigences de la loi Egalim », souligne Simon Rey, responsable de la relation producteur et collecte pour la Fruitière Domessin. Il cite également le programme Contrat avenir pour aider à l’installation d’éleveurs et le lancement de la raclette Merci ! qui garantit un retour de rémunération direct au producteur.

Enfin, autre usine de taille, le site Danone, à Saint-Just-Chaleyssin, a été inauguré en 1987. Il emploie 280 salariés sur huit lignes de production, son produit phare étant la Danette vendue partout en Europe. Les Velouté et Activia font aussi partie de la gamme de production.

Le lait est collecté dans 280 exploitations d’Auvergne-Rhône-Alpes représentées par deux OP. Théo Garden chef de secteur lait, a présenté la vision « d’agriculture régénératrice » du groupe Danone.

Les producteurs et acteurs de la filière ont poursuivi les échanges après les présentations en se promettant de renouveler ce type de rencontre, mais cette fois-ci, dans la Drôme.

Isabelle Doucet

Une hausse de la collecte en demi-teinte

Une hausse de la collecte en demi-teinte
© CNIEL
Les chiffres de la collecte de lait fin 2025.

«À partir de l’été 2025, on assiste à une forte hausse de la production laitière dans tous les bassins mondiaux », expose Melchior Bizot-Espiard, chargé de mission économie au Cniel. La collecte européenne est tirée par la France (+ 1,4 %) et les Pays-Bas.

Cependant, le prix du lait en France était un des plus bas à l’automne 2025, s’établissant à 528 €.

Mais c’était aussi un de ceux ayant subi le moins de fluctuations. À l’extrême, l’Irlande est passée de 640 €/1 000 litres à 512 en un an. L’économiste observe en outre un écart de valorisation beurre-poudre d’une cinquantaine d’euros entre l’Allemagne et la France.

La forte hausse de la collecte en fin d’année concerne surtout les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Bretagne et Normandie. La baisse générale des cheptels alpins traduit une augmentation des rendements des laitières.

Au 1er novembre 2025, il restait 3,225 millions de vaches laitières en France, soit-2,4 % de moins qu’en 2024. Après une forte hausse en 2024, Melchior Bizot-Espiard fait part de coûts de production stables en 2025.

Enfin, il observe des prix de base (38/32) payés par les laiteries orientés à la baisse au mois de décembre 2025, hormis chez LSDH et la coopérative Ermitage. Le prix du beurre est quant à lui décorrélé de celui du lait.

Maintien des exportations

Le Cniel analyse aussi la destination de la collecte du lait français : 41 % part à l’exportation et 44 % est consommé par les ménages.

L’industrie agroalimentaire française représente moins de 6 % car elle importe 80 % du lait qu’elle transforme. Il s’agit essentiellement de matière grasse.

« Le secteur le plus en croissance est celui qui importe le plus », observe le spécialiste. Car depuis 2015 et en dépit de l’embellie de 2025, la collecte de lait en France a reculé de 1,5 milliard de litres pour s’établir à un peu plus de 23 milliards de litres. Seuls les volumes à l’exportation se maintiennent.

Membre du bureau de la FNPL et éleveur dans le Doubs, Damien Paris, table pour 2025 sur une ambition de 24 milliards de litres pour la France et un rattrapage de 50 €/1 000 litres du prix payé.

ID

Sujets