Inquiétudes sur l’asphyxie des PME bio
RAPPORT / Dans une note rendue publique fin avril, le Syndicat national des entreprises agroalimentaires biologiques (Synabio) s’inquiète de l'équilibre économique des transformateurs selon lui gravement compromis par un effet de ciseaux difficilement tenable.
« Le bio paie le prix des déséquilibres du système ». Tel est l’intitulé de la note rendue publique par le Synabio le 24 avril. Après une enquête conduite auprès de 63 entreprises totalisant 1,45 milliard d'euros de chiffre d'affaires, les résultats sont sans appel : ils révèlent une distorsion majeure entre la réalité des coûts et les tarifs obtenus, souligne l’étude. En 2026, les entreprises bio ont fait face à une hausse moyenne de leurs coûts de production de 3,1 %, poussée notamment par le renchérissement des matières premières agricoles pour 78 % d'entre elles. Or, les revalorisations tarifaires réalisées plafonnent en moyenne à + 1,6 %, tous circuits confondus. Cet écart de 1,5 point n'est « plus absorbable pour des structures composées majoritairement de TPE et PME », souligne Synabio. En effet, cette compression durable des marges entame la capacité d'investissement et de modernisation des outils de production, menaçant directement l'emploi dans un secteur qui reste le premier employeur industriel de France. Aujourd'hui, « un tiers des entreprises agroalimentaires bio est déjà déficitaire », s’alarme le syndicat.
Répartir la valeur
La note soutient, par ailleurs, que les rapports de force se sont durcis avec les représentants des distributeurs pendant les négociations commerciales. Selon le Synabio, 45 % des entreprises se sont vu opposer un refus systématique de toute hausse dès l'ouverture des discussions, contre 29 % l'année précédente. Les demandes de baisse de tarifs ont bondi, passant de 8 à 27 % en un an, tandis que les exigences de compensation de marges ont triplé. Cette pression économique s'accompagne d'une « rationalisation » des assortiments préoccupante en grande distribution et dans le hard-discount. Si les circuits spécialisés restent moteurs avec 32 % d'entreprises signalant une hausse de leurs référencements, les grandes et moyennes surfaces (GMS) affichent un profil dégradé : 27 % des fournisseurs y constatent des baisses de présence en rayon. Pour le syndicat, cette réduction de l'offre appauvrit le choix des consommateurs et risque de freiner durablement la consommation bio en réduisant sa visibilité et son accessibilité. A l’image de nombreux acteurs, le Synabio exige une « répartition plus équitable de la valeur et un engagement ferme des distributeurs sur la diversité de l'offre ». Sans quoi, la souveraineté alimentaire et la transition écologique portées par la filière pourraient subir un coup d'arrêt brutal, avertit-elle. Regrettant que les lois Égalim aient involontairement déplacé la pression économique vers la marge industrielle, Synabio propose cinq pistes pour sortir de la crise (lire encadré). Le syndicat appelle aussi à la réouverture rapide des négociations compte tenu des conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient qui déstabilisent les marchés.
Christophe Soulard
Cinq leviers pour sauvegarder la souveraineté alimentaire
Propositions
Pour sortir de cette impasse, le Synabio formule cinq propositions dans son étude.
- Réformer les règles de négociation en soutenant la proposition de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (FEEF) visant à rendre le tarif fournisseur révisable en cours d'année pour coller aux réalités économiques.
- Garantir l'offre en rayon en fixant un objectif minimum de 20 % de produits bio par enseigne, en cohérence avec les ambitions nationales à l'horizon 2030.
- Renforcer la transparence via un suivi rigoureux des taux de marge pratiqués par les distributeurs sur les produits bio.
- Sanctionner les contournements de la loi Égalim par des contrôles accrus.
- Maintenir le seuil de revente à perte (SRP +10) pour éviter que le bio ne soit sacrifié dans les stratégies de prix d'appel.