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Michel Dantin

L'agriculture investit pour économiser l'eau

La venue du député européen dans la Bièvre, chez Franck Doucet, président de l'ADI, permet d'en connaître un peu plus sur les batailles autour de l'eau.
L'agriculture investit pour économiser l'eau

En provoquant une visite de Michel Dantin, député européen en fin de mandat dans l'exploitation de Franck Doucet, à Brezins, Yannick Neuder, vice-président du conseil régional, réussit un coup politique en vue des élections européennes, mais permet aussi de braquer les projecteurs sur laproduction de céréales dans la Bièvre et sur l'importance de l'irrigation.
Installé à Brezins sur 190 ha de terres cultivées, Franck Doucet en compte 120 irrigués (1). Une nécessité pour cet agriculteur qui possède des silos de stockage d'une capacité de 10 000 tonnes. « C'est un investissement réalisé à l'origine avec cinq autres exploitants des alentours, explique-t-il, ce qui leur offre la possibilité de décharger leur production ici. » Ses cuves permettent également aux Etablissements Bernard d'avoir une présence locale. « Mais tout cela ne serait rien si nous n'avions pas des réseaux d'irrigation, car ici l'eau est indispensable pour produire correctement et remplir les silos. »
Les investissements en collectif sont donc nombreux dans le secteur et l'exploitant, par ailleurs président de l'Association des irrigants de l'Isère (ADI) reconnaît les efforts particuliers du conseil régional en la matière, comme ceux du Département, et de l'Europe via les dossiers Feader.

Raccorder les piscicultures

Mais l'accès à l'eau ou son économie restent des sujets sensibles et permanents. « Il y a un projet de réutilisation des eaux à la sortie des piscicultures, indique Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère présent lors de la visite d'exploitation. Elles ne sont pas considérées comme potables mais tout à fait utilisables en irrigation. Elles peuvent couvrir largement les besoins locaux. » « Il y a un réel débat de société sur le stockage de l'eau, fait remarquer Jérôme Crozat, président de la FDSEA de l'Isère. Je suis à peu près certain que si l'on voulait refaire un barrage de Serre-Ponçon qui facilite l'irrigation, l'activité touristique, fournit de l'eau potable et de l'énergie hydro-électrique, aujourd'hui ce ne serait plus possible. » « Les dossiers que nous portons et défendons en matière d'irrigation, sont des projets de territoire, estime Franck Doucet, car si nous utilisons de l'eau autre que potable, toute la collectivité bénéficiera de cette économie. »

Eaux usées acceptées

« L'Europe vient de voter un texte autorisant l'utilisation d'eaux usées, indique avec satisfaction Michel Dantin. C'est une directive votée par le parlement européen qui devra être traduite dans chaque pays par des textes nationaux. Cela pourrait être le cas en France en 2020. » Le député sortant fait part de son analyse : « Une question liée à l'air relève à mon sens de l'Europe, (l'atmosphère n'ayant pas de frontières, ndlr), mais l'utilisation des eaux usées pouvait très bien être réglée au niveau national. Mais là entre en considération la notion de responsabilité en cas d'incident. Le ministère de la Santé était farouchement contre ce procédé. Celui de l'Environnement le soutenait. Dans ce dossier on a fait appel à l'Europe mère courage. Le ministère de l'environnement a poussé le dossier auprès du parlement pour faire prendre une directive. C'est le cas et on devra l'appliquer. Après, les esprits chagrins vont estimer que l'Europe impose... »
Et dans le décryptage que livre également le député européen, vient celui des financements de l'irrigation. « Lors de la dernière réforme de la PAC, c'est à Lyon que nous avons rédigé les textes sur les crédits européens en sa faveur. Mais ils ont été bloqués par certains pays, notamment ceux du Nord de l'Europe. Je ne me l'expliquais pas bien, mais je viens d'apprendre récemment par un confrère député que la Hollande, alliée à l'Allemagne et aux pays du Nord, ne voulait pas perdre l'avantage compétitif qu'ils ont actuellement. On n'est pas sur la protection de la ressource en eau, on est sur la conservation d'avantages économiques. Si l'Europe facilite l'irrigation, les pays du sud, la France et quelques autres, avec la chaleur tempérée, gagnerait en compétitivité... »

(1) Un atelier d'engraissement de veaux complète l'activité de l'exploitation

Jean-Marc Emprin