L'apprentissage n'a pas d'âge
« Le personnel, ça n'a jamais été mon truc ». Denis Lattard est céréalier à Saint-Maurice-l'Exil. Travaillant seul depuis plusieurs années 250 hectares de céréales, et souhaitant anticiper son départ en retraite, il s'est rapproché de la chambre d'agriculture de l'Isère. Depuis septembre, il travaille avec son apprentie, Judith Krief. En apprentissage en BTS production végétale après une reconversion, l'apprentie, âgée de 24 ans, souhaitait découvrir une exploitation en grandes cultures. « Je voulais être formée sur les machines mais je n'avais pas d'expérience et ne venais pas du milieu agricole », explique-t-elle. Pas à pas, elle a découvert le métier et seconder Denis Lattard. « Au départ, j'observais, puis j'ai fait avec lui. Maintenant, il me fait confiance et me laisse petit à petit prendre des responsabilités », confirme-t-elle. Pour les semis, le tandem s'est organisé : pour le blé, l'exploitant s'occupait de la préparation du sol pendant que l'apprentie faisait le semis. Pour le maïs, ce fut le contraire. « Elle a très vite assimilé le semis, elle est très motivée », confirme le maître d'apprentissage. Pour Denis Lattard, apprenti et salarié, ce n'est pas la même chose : « Ils font souvent comme à leur habitude et travaillent à la montre. Là, je l'ai formée à mon moule, à mon exploitation ».
Devenir maître d'apprentissage
C'est justement le travail de la chambre d'agriculture de l'Isère. La mission apprentissage de la Région Auvergne-Rhône-Alpes déléguée aux chambres vise à toucher les exploitants qui n'ont jamais eu d'apprentis ou aucune embauche depuis deux ans. « L'apprentissage c'est souvent l'inconnu, surtout pour ceux qui n'ont jamais travaillé avec quelqu'un. Alors on va à leur rencontre, on explique ce que c'est et on recense les besoins des agriculteurs », détaille Danielle Cuchet, chargée du dossier. Si l'exploitant est intéressé, il faut définir le profil du jeune recherché. « Les tâches qui lui seront confiées, le niveau d'études attendu, la mobilité demandée... », énumère-t-elle. Ensuite, elle diffuse les offres d'apprentissage auprès de établissements agricoles du département. Sur 21 offres, 19 ont été pourvues en 2018 en Isère. Pour la chargée de mission, l'apprentissage est une solution gagnant-gagnant : « Pour l'exploitant, cela permet de former un futur salarié ou associé à ses méthodes. Pour l'apprenti, il a une expérience professionnelle et de nouvelles compétences ». Pour devenir maître d'apprentissage, il faut avoir le même diplôme ou même niveau que le jeune accueilli et avoir plus d'une année d'expérience professionnelle. L'apprentissage est d'ailleurs ouvert toutes les filières : élevage, grandes cultures, maraîchage... « Les offres portent souvent sur le maraîchage et l'élevage bovin mais on a des demandes de la part des jeunes pour les élevages ovins », précise Danielle Cuchet.
Transmission
Au-delà du travail, il y a aussi le contexte dans lequel s'insère l'agriculture. Denis Lattard invite ainsi Judith Krief à la réunion nitrates de la communauté de communes, au tour de parcelles fait avec les techniciens de la coopérative Dauphinoise avec qui il travaille. « Je ne l'ai pas formé pour être salariée mais pour devenir chef d'exploitation », explique-t-il. Pour Judith Krief, il lui faut encore un peu de temps. L'exploitant recherche justement un autre apprenti pour septembre. « Peut-être un fils d'exploitant, qui sait ? », ironise-t-il. Avec la réforme d'apprentissage, les apprentis peuvent intégrer les cursus à n'importe quel moment de l'année. Le cursus s'adapte aussi au rythme des exploitations : davantage de cours en hiver pour être plus présent sur l'exploitation à partir du printemps. Depuis le 1er janvier 2019, l'apprentissage peut se faire jusqu'à 30 ans. De quoi ouvrir les profils, les rencontres et les transmissions.
Virginie Montmartin
L'apprentissage s'ouvre au handicap
L'apprentissage est possible pour les personnes en situation de handicap. La chambre d'agriculture régionale dispose d'une mission apprentissage dédiée à ce public.
L'apprentissage est également ouvert aux personnes en situation de handicap. La chambre d'agriculture régionale s'est donc engagée par convention avec l'Agefiph Auvergne-Rhône-Alpes pour développer le nombre de contrats d'apprentissage à destination de ce public. En Rhône-Alpes, 50 à 60 contrats de ce type ont été signés sur les 1 600 signés chaque année en agriculture.Le public est composé plutôt de jeunes sortis de 3ème : 70% en CAP, 20% de niveau bac et 2 à 5% en BTS. Ils sont pour la majorité atteints de handicap de type cognitif ou psychique : 65% ont des troubles « dys » tels que dyslexie, dysorthographie ou encore dyspraxie. De même que pour la filière apprentissage, la coordinatrice régionale de la mission handicap, Dominique Romagnoli, échange régulièrement avec les établissements tels que les centres de formation d'apprentis (CFA) agricoles, les services publics à l'emploi ou encore les instituts spécialisés. Plusieurs CFA ont un référent handicap.Prendre le tempsEn pratique, la mission joue un rôle pédagogique auprès des chefs d'entreprise afin d'éviter les incompréhensions. Les apprentis « dys » peuvent être plus lents et avec des difficultés de mémorisation par exemple. Il faut donc adapter la manière de travailler et renforcer l'accompagnement. Du côté des jeunes, ils doivent demander la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) auprès de la maison départementale des personnes handicapées afin de disposer d'un accompagnement personnalisé et d'aides financières facilitant l'insertion professionnelle. Environ 55% d'entre eux décrochent un contrat d'apprentissage dans le secteur du paysage, mais le secteur de la production agricole est en augmentation pour atteindre 39% des contrats.