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Formation

L'apprentissage, une voie royale

La formation par apprentissage présente de nombreux avantages pour l’insertion des jeunes dans la vie active. Les établissements dédiés disposent de savoir-faire et de plateaux techniques de qualité, en lien direct avec les besoins des entreprises et des territoires.
L'apprentissage, une voie royale

Ils sont jeunes et ils ont l'avenir devant eux. Quand certains rêvent de longues études, d'autres n'ont qu'une hâte : découvrir le monde professionnel. Quand certains rêvent de partir - pour de bon ou pour mieux revenir plus tard -, d'autres, particulièrement attachés à leur territoire, n'ont qu'une envie : ne pas le quitter. Pour que chacun s'épanouisse, il convient d'avoir une offre de formation variée dans tous les territoires. Y compris en milieu rural. Par leur proximité avec le monde du travail et par leur ancrage territorial, les centres de formation et d'apprentissage (CFA) jouent ce rôle d'interface. Avec succès.

De vrais talents

La formation par apprentissage est essentielle pour la transmission de savoir-faire. C'est aussi une voie qui facilite l'entrée dans la vie active. Ainsi, selon l'édition 2020 du baromètre « Institut supérieur des métiers –Maaf », « les apprentis en sortie de formation peuvent compter sur un taux d'emploi bien supérieur aux élèves formés par voie scolaire ». Un constat général, que valident les expériences du Pôle de formation des industries technologiques de Beaurepaire et du CFPPA de La Côte-Saint-André qui affichent tous deux des taux d'emplois de plus de 87 %. Pour les responsables de ces établissements, l'apprentissage n'est, en aucun cas, une voie « par défaut ». Bien au contraire. Ils la voient plutôt comme une voie « d'excellence », qui nécessite « un fort investissement et une grande adaptabilité » mais qui permet d'acquérir un diplôme et de l'expérience, deux atouts pour réussir son entrée sur le marché du travail. Pour eux, cette formation, qui fait « émerger de vrais talents », doit davantage être reconnue à sa juste valeur et « passer outre les préjugés » qu'elle subit parfois. Mais pas toujours. Car Fanny Poirier, directrice du service apprentissage et formation au CFPPA de La Côte-Saint-André, l'affirme : « l'apprentissage bénéficie d'une assez bonne presse au sein du milieu agricole ».

Co-formation

La réussite de ces parcours repose sur le lien étroit qui se tisse entre ces établissements et les entreprises. A l'image du Pôle de formation des industries technologiques de Beaurepaire porté par l'Udimec, une union d'entrepreneurs qui fédère plus de 600 entreprises technologiques et industrielles de l'Isère et des Hautes-Alpes. « Nous considérons ce Pôle formation comme un outil de la profession pour former aux métiers que recherchent les entreprises aujourd'hui et demain. Nous sommes donc très à l'écoute des nouveaux besoins des entreprises. Et pour que nos apprentis soient durant leur temps scolaire au plus près des réalités du terrain, nous investissons chaque année 200 à 300 000 euros dans de nouvelles machines », indique Thierry Uring, délégué général de l'Union.

Fanny Poirier aussi mise sur le lien que le lycée entretient avec le monde agricole. « L'apprentissage, c'est de la co-formation. En début de période, nous faisons systématiquement une visite chez les maîtres d'apprentissage qui emploient nos jeunes, pour bien cibler les missions qui leur sont confiées. Cela nous permet d'adapter l'enseignement théorique que nous leur dispensons de façon à ce qu'ils aient une vision complète des sujets. Et pour que nos propres formateurs soient toujours en prise avec les réalités du monde professionnel, nous nous sommes engagés vers la certification « Qualiopi » qui intègre pour eux une expertise et un plan de formation conséquent et évolutif », explique la responsable.

Un tremplin

Bien ancrés dans les territoires, ces centres de formation offrent de réelles perspectives aux étudiants. « Dans nos espaces ruraux isérois, il y a des opportunités. Il faut les faire connaître. Nous avons de nombreuses PME qui travaillent pour de multiples secteurs : l'aéronautique, le ferroviaire, le médical... C'est une force », insiste Thierry Uring. Et selon Danielle Cuchet, conseillère apprentissage à la chambre d'agriculture de l'Isère, qui accompagne les candidats agricoles, « l'apprentissage est un tremplin vers le salariat ou l'installation. Il est l'une des solutions qui contribuent à la transmission et à la pérennité des exploitations agricoles car il permet de tester – en conditions réelles – le métier ». « Et, comme dans les 2/3 des situations, le renouvellement des générations en agriculture passera, à l'avenir, par des candidats non issus du monde agricole, l'apprentissage sera aussi utile pour gagner une culture agricole », ajoute Fanny Poirier.

6,5 milliards d'euros d'aides

En visite au Pôle de formation des industries technologiques de Beaurepaire début octobre, pour faire le point sur les besoins des territoires ruraux et les inciter à les faire remonter, Joël Giraud, secrétaire d'Etat chargé de la ruralité, a montré tout l'intérêt qu'il porte à ces établissements, soulignant leur rôle dans la vie des territoires ruraux. Il a ainsi constaté que nombre des étudiants présents venaient des environs et étaient très enthousiastes en évoquant leur domaine d'apprentissage. « Je suis persuadé que ces jeunes qui habitent à proximité n'avaient pas forcément envie de partir en ville suivre des études classiques. Ici, ils ont trouvé leur voie. Ils apprennent un métier qu'ils pourront peut-être exercer dans une entreprise des alentours. Ces établissements ne permettent pas seulement de rester un peu plus longtemps à la maison. Ils permettent aussi de créer des opportunités permettant de s'installer durablement. »

Convaincu, le ministre a mis en avant les 6,5 milliards d'euros dévolus aux jeunes dans le cadre du Plan de relance de l'économie et dont une partie concerne directement des aides destinées à favoriser l'apprentissage. Car le secteur n'a pas été épargné par les effets de la crise sanitaire. Si 2019 a été une excellente année avec une hausse de 16% du nombre de contrats signés, la situation s'est altérée en 2020. C'est d'autant plus dommage qu'une réelle dynamique se révélait.

Isabelle Brenguier
Témoignage
Nathan Mottin, jeune étudiant, jeune apprenti, partage son temps entre le centre de formation de Beaurepaire et une entreprise horticole d'Anneyron.

« L'apprentissage, c'est vraiment bien ! »

Sa voie n'était pas tracée. Comme de nombreux jeunes de son âge, une fois le collège terminé, Nathan Mottin ne savait ni vers quelles études, ni vers quel métier, s'orienter. En visitant le forum de l'emploi et de l'alternance à Saint-Rambert-d'Albon, il a découvert le Pôle de formation des industries technologiques de Beaurepaire. La diversité des métiers de la maintenance qui touchent de nombreux domaines tels que l'hydraulique, le pneumatique, l'électrique, la mécanique... lui a plu et l'a fait s'engager dans un Bac Pro « Maintenance des équipements industriels ». Aujourd'hui en première année, son quotidien se partage entre le centre de formation et la SARL « Les charmes », à Anneyron, une entreprise horticole, où il effectue son apprentissage.
Etre polyvalent
« Même si je ne marchais pas trop mal, l'école, c'était pas trop mon truc. L'apprentissage, c'est vraiment bien. Ça nous fait rentrer dans le monde du travail et acquérir de l'expérience », indique le jeune homme. Lorsqu'il est au centre, il apprend à utiliser de nombreuses machines, à être polyvalent. C'est justement ce qui l'intéresse. C'est à l'image de ce qu'il fait lorsqu'il est en entreprise, où il travaille sur des chaînes de rempotage sur lesquelles il effectue du réglage, de l'entretien, de la maintenance.
Julien Le Tellier, son employeur, embauche régulièrement des apprentis de la production horticole. En recrutant Nathan Mottin, il a ouvert son horizon. « Notre entreprise étant de plus en plus automatisée, notre mécanicien, rencontrait plus de difficultés. Il était tout seul et il n'était pas formé pour ce type de machines. J'ai pensé à prendre un apprenti pour le former pour qu'il nous aide dans nos installations », explique le chef d'entreprise.
Aujourd'hui, Nathan Mottin a 17 ans et ses perspectives sont très ouvertes. Il est soulagé, il a trouvé sa voie.
IB

 

« 1 jeune 1 solution »

Les bienfaits de l’apprentissage pour l’insertion des jeunes sur le marché du travail étant reconnus, le gouvernement ne veut pas que la crise sanitaire freine les bons résultats qui venaient d’émerger ces dernières années. Dans le cadre du Plan de relance de l’économie, le dispositif intitulé « 1 jeune 1 solution » propose donc des aides financières pour permettre aux entreprises d’embaucher un apprenti, dans presque tous les secteurs professionnels et pour tous les niveaux de qualification, du CAP au Bac+5.

Il s’agit d’une aide de 5 000 euros pour les mineurs et de 8 000 euros pour les majeurs qui permet de couvrir 80 à 100 % du salaire de l’apprenti de moins de 26 ans la première année. Elle est attribuée aux entreprises qui recrutent, et qui établissent un contrat entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021. En ces temps difficiles pour les entreprises, cette aide peut s'avérer intéressante pour finaliser des contrats qui ont toute leur raison d'être, mais qui étaient mis en suspens pour des motifs économiques. Pour autant, comme le soulignent les personnes investies au sein du milieu de l'apprentissage, « l'embauche d'un apprenti représente un engagement, un investissement, sur le long terme. Il est important d'en être convaincu ».

IB