L'éleveur du futur
A les voir sur le ring, pas l'ombre d'un doute : la relève est assurée. Samedi après-midi, des tout petits aux plus de 18 ans les mieux aguerris, les jeunes éleveurs isérois ont présenté leur bête avec une passion comparable à celle de leurs aînés.
Les épreuves ont commencé sous forme de jeux avec les enfants, dans une ambiance un peu Ecole des fans… de vache. L'un après l'autre, Clément, Matteo, Hugo, Emilie, Maëlle, Eloi, filles et garçons, ont défilé avec assurance devant le « juge », Pierre Gonin, tenant fermement le licol de leur animal. Cravate autour du cou ou casquette vissée sur la tête, ils ont su présenter leur animal et sa race, « presque comme les grands ». Et ont également assuré comme des grands, même quand leur petite génisse a pu avoir envie de prendre la clé des champs...
Harmonie
La tension est montée d'un (petit) cran avec les jeunes meneurs junior. Eux n'en sont pas encore au stade du concours, mais tous y aspirent. C'est pour eux comme une grande répétition. Attentifs, les juges s'attachent à repérer l'enfant le plus en harmonie avec sa bête, « comme un couple danserait un tango ». Taille, tenue vestimentaire, couleur du licol, brossage, attitude, travail de dressage, maîtrise de l'animal : les critères passés en revue par les juges sont les mêmes que ceux du « vrai » concours. Y compris le « respect du code de la route », autrement dit le travail de placement, plus compliqué pour les jeunes meneurs de races allaitantes, dont les animaux, souvent à l'herbe, ont parfois du mal avec les contraintes de l'exercice.
Après les juniors, le concours de jeunes meneurs de race laitière de plus de 18 ans. On reconnaît quelques habitués, comme Anthony Peyrola, rôdé aux concours depuis l'âge de cinq ans. Sérieux, concentré, le jeune homme pénètre sur le ring avec une gracieuse génisse prim'holstein, sans quitter les juges du regard. Viennent ensuite Thibaud, Alex, Clotilde, Wilfried ou encore Pauline, sept jeunes meneurs en tout qui font leur maximum pour mettre en valeur leur animal, optimer ses qualités et atténuer ses défauts, tout en s'effaçant eux-mêmes. « Les jeunes sont à fond du début à la fin, ça fait plaisir à voir », souffle un juge.
Rien ne les déstabilise, pas même quand les examinateurs leur demandent de mener une autre vache que la leur. Après quelques minutes d'hésitation, le verdict tombe. « Le premier est un vrai champion, salue l'un juge. Il est en parfait accord avec son animal, n'a jamais douté, a toujours regardé les juges. Il a même fait un huit pour replacer son animal. » Il s'appelle Anthony Peyrola.
Tout en discrétion
Son challenger est une jeune Savoyarde de 19 ans, elle aussi passionnée par les concours. Fière de sa deuxième place, Clotilde Didier voit une nouvelle fois Anthony lui passer devant, mais n'en regrette pas pour autant sa performance. « C'est du boulot, mais comme j'aime ça, pour moi, ça n'en est pas. Ce que j'aime dans le concours de meneurs, c'est que c'est tout en discrétion : on doit montrer sa vache sous son meilleur jour, sans se mettre en avant soi-même. » Ce qui a péché cette fois-ci ? « J'ai présenté un animal trop gros pour moi, reconnaît la jeune fille. Du coup, j'étais un peu cachée derrière. Mais je l'ai choisi parce qu'elle marche bien au licol. »
Anthony Peyrola a été plus prudent. Il a choisi de mettre en avant une génisse assez fluette, derrière laquelle il ne risquait pas de disparaître. Un parti d'autant plus sage qu'« en dix minutes, tout est joué ». Et fort bien joué.