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Lait

L'option de la filière lait bio

Profitant des opportunités de collectes qui se présentent en Isère, un certain nombre d'exploitations laitières ont fait le choix de la conversion en agriculture biologique.
L'option de la filière lait bio

« Plus on en faisait et moins ça allait, raconte Gérald Badin, éleveur laitier à Charantonnay. Les dernières années, c'était devenu compliqué. Je me suis demandé que faire pour reprendre goût au travail. J'ai assisté à une réunion sur la bio. Et nous avons décidé, ma femme et moi, de faire une étude avec l'Adabio et la chambre d'agriculture, qui a été encourageante. » Son troupeau de 50 vaches laitières, de races prim'holstein et brunes des Alpes, a achevé sa conversion début 2018. Comme une bonne vingtaine d'exploitations iséroises, cette ferme a fait le choix depuis deux ans de la production en agriculture biologique, saisissant une des opportunités offertes en Isère par Biolait, Sodiaal, l'Etoile du Vercors, Vercors lait ou la Laiterie du mont Aiguille.
« Je n'avais pas forcément l'esprit bio avant la conversion, mais après, on se prend au jeu, reprend Gérald Badin. On prend conscience de certaines choses et on rencontre de plus en plus de monde. » Il existe autant de façons de franchir le pas vers l'agriculture biologique qu'il y a de systèmes de production. Pour autant les témoignages des éleveurs convergent vers un sentiment de réappropriation de leur métier.
En général, le passage s'effectue en deux temps, d'abord les cultures et ensuite le troupeau. C'est le cas des trois exploitations dont les visites étaient organisées courant mars par l'Adabio et la chambre d'agriculture : le Gaec des Berlioux à Saint-Théoffrey, le Gaec de la Traverse à Villard-Saint-Christophe et la ferme Badin, toutes trois travaillant désormais avec Biolait.

Méteil fourrager

La conversion des cultures apporte son lot d'interrogations : « Au début, j'ai eu un peu peur », confie Gérald Badin, dont la préoccupation, avant de passer en bio, était d'avoir des terres propres « et de se battre pour faire du rendement ». L'exploitation de 125 ha a été entièrement revisitée, principalement pour faire la place à 25 ha de méteil fourrager (pois, féverole, vesce, triticale, avoine) en rotation avec le maïs épi. La superficie fourragère est complétée de 34 ha de prairies naturelles et de 24 ha de prairies temporaires (trèfle violet). « Mais on est un peu court en énergie », reconnaît l'exploitant. Le pâturage tournant dynamique n'est pas d'actualité en raison d'un parcellaire morcelé et ponctué de fossés et de sources. Pour autant, les bêtes disposent de 17 ha autour de la ferme et restent deux à trois jours dans une parcelle gérée en fonction de la pousse de l'herbe.
Sur les cultures, forcément un peu moins propres qu'en conventionnel, l'exploitant s'habitue au passage de la herse étrille « à condition de ne pas se retourner », plaisante-t-il. Il a fait l'acquisition d'une bineuse et son pulvé a pu être revendu sans problème. Les passages sont plus fréquents, l'attention soutenue. « Nous vendons moins de céréales, mais nous sommes plus autonomes », poursuit Gérald Badin qui désire développer les céréales à paille.

Le troupeau aussi prend de nouvelles habitudes. Avant la conversion la ration était constituée de maïs ensilage, de foin, complétée par 4 à 5 kg de tourteau de soja ou de colza. Les bêtes sortaient au pâturage. Après conversion, la ration a évolué vers de l'ensilage de méteil, d'herbe, du foin et des céréales (triticale, pois et maïs à l'avenir). Les taux de TB/TP sont restés identiques, la production laitière, en revanche est passée de 8 700 litres par vache à 7 750 litres. « Ce n'est plus la course à la production. On gagne peut-être plus en produisant moins », constate Gérald Badin. Les marges de progression portent sur la matière sèche car la ration est encore trop humide.

Isabelle Doucet
Collectes

Les débouchés pour le lait bio en Isère

La collecte Biolait
Biolait a mis en place un circuit de collecte entre le Sud-Isère et les Hautes-Alpes depuis début 2016. L'opérateur renforce ainsi sa présence dans le département où un autre circuit concerne le Nord-Isère et l'Ain.
La collecte sud, effectuée par le transporteur Blanc Lafraise, alimente de préférence trois laiteries locales : Mont Aiguille, Col Bayard et La Durance. Mais Biolait dispose d'un portefeuille clients très diversifié, de sorte que la destination du lait varie suivant les collectes.
Depuis 2015, le collecteur observe une forte croissance au niveau national, enregistrant plus de 500 demandes d'adhésions en 2016. Le volume est passé de de 180 millions de litres en 2017 à 250 millions en 2018, réalisés par plus de 1 000 producteurs répartis dans 47 départements.
Pour adhérer, le producteur doit manifester son intention d'être collecté auprès de Biolait. Cette demande déclenche une visite conjointe d'un administrateur et d'un technicien. Un compte-rendu de la rencontre est soumis au conseil d'administration de Biolait qui valide 70% des demandes d'adhésion. L'engagement entre la laiterie et le producteur est de cinq ans. Pendant la conversion, le producteur reçoit une prime de 30 euros les 1 000 litres. Le montant de la part sociale est fixé à 250 euros.
« Nous appliquons une démarche qualité spécifique qui va plus loin que le cahier des charges bio », rappelle Christian Ville, éleveur initiateur de la collecte en Sud-Isère. En effet, tous les aliments achetés, grains et tourteaux, sont d'origine française.
Le projet Sodiaal
Dans le cadre de ces journées de conversion bio, Sodiaal a annoncé porter un projet de lait bio à Vienne. 12 producteurs sont aujourd'hui concernés en Isère. L'objectif est de passer de 85 producteurs dans les départements de la Loire, Haute-Loire, Rhône et Isère à 200. Les aides à la conversion octroyées par Sodiaal se traduisent par un accompagnement du prix du lait à hauteur de 30 euros en année 1 et entre 30 et 50 euros en année 2. Sodiaal développe plusieurs projets industriels, à Saint-Etienne, Vienne et Saint-Martin-Belle-Roche où est produite la poudre de lait bio sous la marque Régilait.
L'Etoile du Vercors
Le fabricant se Saint-Just-de-Claix, racheté en 2014 par Lactalis, recherche 3 millions de litre de lait bio dans la zone de l'IGP saint-marcellin.