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Autoconstruction

La boîte à outils de l’Atelier Paysan

Avec plus de 400 références d’outillages en libre accès à son catalogue, l’Atelier paysan est un lieu ressource pour de nombreux maraîchers, mais aussi des arboriculteurs et des viticulteurs. À la peine sur son volet formation, la coopérative essaie de reprendre son souffle.

Par Isabelle Doucet
La boîte à outils de l’Atelier Paysan
© I D TD
La coopérative peut accueillir jusqu'à 12 stagiaires pour le travail du métal.

L’Atelier paysan, la Scic d’accompagnement et de développement de l’autoconstruction en lien avec des pratiques agroécologiques, fête ses 15 ans après avoir été plongée dans une procédure de sauvegarde en 2025.

Créé en. Isère, le projet porté par Joseph Templier et Fabrice Clerc a connu un fort développement dans le site des anciennes papeteries de Renage avant d’être confronté à des aléas structurels.

Un modèle qui s’essouffle, des financements qui se raréfient : « Nous souhaitons retrouver un modèle soutenable », explique Thomas Borrell, codirecteur, avec Marc Chesnais, de l’Atelier paysan, lors de l’opération portes ouvertes conduite fin 2025. 

Essaimer, se diversifier plutôt que croître en interne, se restructurer, c’est le virage pris par la coopérative. Mais la Scic a dû essuyer un nouveau revers en janvier avec le report de financement de ses formations.

Un produit de niche

Trois structures se côtoient à l’Atelier Paysan : la Scic historique, qui porte la R & D, le volet commercial et la structure administrative ; l’association Soudons ferme, en charge de l’essaimage et de l’activité formation ; et l’association Communs paysans de gestion des communs de l’Atelier paysan en charge de la diffusion libre des plans de construction de documentations techniques. Elle défend aussi un certain modèle politique.

L’Atelier paysan est d’abord connu pour les plus de 400 outils référencés dans son catalogue.

Le triangle d’attelage, la cultibutte et la vibroplance ont été rejoints au fil des années par de nombreux outils d’abord dédiés au maraîchage comme les multiples bineuses, barres porte-outils, enrouleuses de bâches, fourches à bêcher, houes maraîchères, herses, rouleaux, semoirs etc.

L’offre et l’ingénierie se sont étendues par la suite à la viticulture, l’arboriculture et la meunerie. « Certaines fermes sont équipées uniquement avec nos outils », assure le directeur.

Parmi les références star on retrouve l’épandeur à compost, les outils de base de travail du sol, des semoirs et, plus original, le four à pain qui fait un tabac. « C’est un produit de niche car nos délais sont courts et nos tarifs intéressants car il s’agit d’autoconstruction », reprend Thomas Borrell.

Une autonomie collective

Depuis 2017, l’Atelier paysan a progressivement investi la halle de 850 m2 de l’ancienne papeterie. C’est le lieu où se dispensent les formations, notamment l’apprentissage à la soudure.

C’est aussi le secteur à la peine en raison des priorités données par le fonds de formation Vivéa. « Nous accueillons jusqu’à 12 stagiaires pour travailler le métal, détaille Marc Chesnais. L’objectif est de rendre les gens autonomes et capables de fabriquer leurs outils adaptés à leurs besoins et à leurs systèmes de production. »

Les formations vont de l’initiation à la fabrication des outils finis. La forme est collaborative : même si tous les stagiaires ne fabriquent pas le même outil ils interviennent sur toutes les machines.

« Nous essayons de faire en sorte qu’il y ait une prise en charge maximum de la formation afin que les stagiaires ne payent que leur matière première », explique le responsable.

Il présente les avantages d’une telle démarche : « des outils moins chers ; l’acquisition d’un savoir-faire ; la création d’un réseau de professionnels qui ont des problématiques communes ; le partage via un forum internet pour tendre vers une autonomie collective ».

L’Atelier paysan propose également des formations en mécanique agricole et les ateliers sont aussi aménagés pour le travail du bois même si les formations s’opèrent plutôt sur des chantiers. « C’est l’occasion de mobiliser des gens dans un territoire », ajoute Marc Chesnais.

Le bâtiment sert en outre pour le stockage.

« Nous nous adressons à toutes les filières. Historiquement, c’est le maraîchage, mais nous avons connu un fort développement en viticulture et en arboriculture », indique encore le directeur.

Récemment, l’Atelier paysan a commencé à accompagner des agriculteurs qui font de l’élevage. Marc Chesnais parle d’une « R & D collective et ascendante dans des filières où l’on commence l’aventure ».

l cite en exemple les agricultrices et « l’adaptation de l’outillage à leur ergonomie », à l’image du repousse fourrage mis au point par un groupe d’éleveuses.

Le développement de formations « entre agricultrices leur permet de s’extraire du regard d’autrui » observe le directeur qui ajoute : « même si les agricultrices viennent dans les groupes avec tout le monde ».

Le principe de l’essaimage

L’Atelier paysan emploie aujourd’hui 22 salariés dont deux en Bretagne et fonctionne avec un budget de 3,5 millions d’euros.

Avec un camion atelier, les formateurs interviennent partout en France. Entre 4 et 600 stagiaires sont formés chaque année.

Marc Chesnais insiste : « Il n’y a pas que des gens en agriculture biologique qui fréquentent nos formations, mais des personnes dont les pratiques sont compatibles avec la bio et utilisables dans tous le systèmes techniques. »

L’autre moyen de diffusion est l’essaimage sur la base de structures existantes avec des formateurs extérieurs. Il s’agit souvent d’un complément de revenu pour des artisans ou des agriculteurs.

Il existe une quinzaine de ces structures en France et une douzaine sont en cours d’intégration, notamment dans la Drôme et en Ardèche. 

Isabelle Doucet