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Economie

La compétitivité par l'innovation

Invité par le Crédit agricole sud Rhône-Alpes et le Medef, l'économiste Jean-Paul Betbeze a brossé le tableau d'une économie sous tension.
La compétitivité par l'innovation

L'économiste Jean-Paul Betbeze* était jeudi dernier l'invité des rencontres économiques organisées par le Crédit agricole sud Rhône Alpes et le Medef Isère. « Il faut s'arc-bouter sur les territoires pour faire front ensemble », a-t-il encouragé l'auditoire de dirigeants d'entreprises réunis au musée de Grenoble, avant de présenter des réflexions plus macro économiques.

En dépit d'une période de tensions économiques, son discours reste positif. « Nous vivons une situation riche de possibles, d'opportunités ». Pour lui, l'année 2016 sera politique avec un jeu dicté par les grands blocs ou acteurs mondiaux.
En Europe, avec une croissance faible, une inflation nulle, le problème reste celui de l'emploi pour les pays où le chômage est important, c'est-à-dire la France. Quand la reprise est « faible mais fragile en Allemagne, Espagne ou Italie », elle reste scotchée dans l'Hexagone en raison de l'incapacité des entreprises à investir et dégager des profits. « Il nous faut des profits pour embaucher », résume l'éminent économiste en décrivant un cercle vertueux. Il plaide pour une « modération salariale » afin de suppléer aux coûts salariaux, lesquels sont élevés en France. Il imagine ainsi « une nouvelle organisation du travail, des discussions dans l'entreprise ».

Energies renouvelables

S'il est nécessaire d'investir dans l'humain, c'est aussi parce que les entreprises sont devenues innovantes. C'est le facteur différenciant des sociétés françaises. Laurent Pelissier, président de ECM technologies, est leader mondial des fours industriels de traitement thermique. L'entreprise est particulièrement présente sur le segment des énergies renouvelables en tant que fabricant de fours pour faire du silicium. Implantée à Echirolles, elle emploie 230 salariés et réalise 90% de sont chiffres d'affaires (37 millions d'euros) à l'export. « La différence, en B to B, se fait par l'innovation », explique le dirigeant. Il aborde les marchés export avec une connaissance du terrain, de la culture de l'autre, de sa géopolitique. Mais il consacre 8 à 10% de son chiffre d'affaires dans l'innovation, nouant même des partenariats avec le CEA. « En France, les gens sont bien formés, il y a des infrastructures, des aides pour financer l'innovation comme le Crédit d'impôt recherche et un accompagnement des entreprises à l'export », expose encore Laurent Pelissier.

Commande publique

L'innovation est aussi un moteur de croissance de l'économie locale. Jean-Michel Jaffrin, directeur général de Cuynat construction, filiale grenobloise du grand groupe de BTP GCC, reconnaît que le secteur du bâtiment survit en partie grâce à la rénovation énergétique. « Les parts de marché se développement », constate le dirigeant. Mais cela ne sera sans doute pas suffisant pour pallier la perte des 1 000 emplois dans le bâtiment en Isère en 2015. « Les autorisations à construire ont chuté de 10% en 2016 en Isère. Il y a cette année deux fois moins de mise en chantier dans la région Rhône-Alpes. Les projets structurants urbains sont arrêtés et il n'y en a pas de nouveaux qui émergent ». Le BTP est très inquiet car la commande publique représente 75% de son chiffre d'affaires. Fortement pourvoyeur de main-d'œuvre non délocalisable, le BTP souffre aussi des charges sur l'emploi et peine à résoudre la question de la situation des travailleurs détachés.
En termes d'emploi et d'attractivité, l'horizon s'éclaircirait au niveau local avec la mise en œuvre de chantiers comme celui de l'A480 ou de l'échangeur du Rondeau « pour éviter que Grenoble ne se sclérose », affirme Jean-Michel Jaffrin. « Les politiques doivent donner une vision et un sens à ce que nous faisons », conclut Laurent Pelissier.

Isabelle Doucet

* Jean-Paul Betbeze est membre du Conseil national de l'information statistique, du Cercle des économistes et président du Comité scientifique de la fondation Robert Schuman. Professeur d'université, il a été chef économiste de banque.