La demande en local « va durer dans le temps »
Vous avez récemment participé aux Etats généraux de l'alimentation ou aux speed meeting qui mettent en contact producteurs et distributeurs. Pourquoi cet intérêt pour le local ?
Chez Carrefour, ça existe depuis très longtemps. Personnellement, j'y ai toujours attaché beaucoup d'importance. Quand j'étais en poste à Dijon, je travaillais en direct avec les agriculteurs de la vallée de la Saône. Ici, en Isère, c'est un peu plus difficile. On y travaille depuis deux ans, mais la logistique et la montagne posent problème. Et puis il y a beaucoup moins de maraîchers. Pour la charcuterie, le fromage, les pâtes, le vin, ça va. Pour les fruits et légumes, c'est plus compliqué. Il y a aussi un changement dans la tête du consommateur : aujourd'hui, plus c'est proche, mieux c'est. Sans doute y a-t-il une prise de conscience et une volonté d'aider les agriculteurs, d'aller vers tout ce qui est local. Ce que je constate, c'est que la demande est forte. La distribution y est très attentive. Ce n'est pas un épiphénomène : ça va durer dans le temps.
Comment travaillez-vous avec les producteurs ?
Ça dépend des produits. Une grande majorité passe par la plateforme de Saint-Quentin-sur-Isère. Nous ne faisons que 5 à 10% de la négociation en direct. Pour ce qui est du prix, les producteurs savent qu'il y a un prix de marché. Il n'y a pas de ristourne derrière. Il faut simplement que le producteur soit bien placé. Chez nous, il y a des clients qui acceptent de payer le juste prix, même si c'est un peu plus cher. Mais il y a des gens qui ne peuvent pas : nous devrons toujours avoir de la carotte à 90 centimes.
Avec combien de producteurs êtes-vous en relation ?
Nous avons plus de 200 producteurs locaux. Ça va de la pâte alimentaire grenobloise au laitage en passant par l'épicerie ou les boissons. Hélas, il y a beaucoup de produits de Savoie : ils sont très forts et se sont développés beaucoup plus vite qu'en Isère. Jusque récemment, nous avions du mal à trouver des produits isérois. Au cours des speed meeting organisés par les chambres consulaires, nous avons rencontré des gens, nous les avons référencés. Pour nous, la grosse problématique, c'est de trouver le producteur et la logistique qui va avec, car il faut soit nous livrer en direct au magasin, soit passer par un entrepôt.
Dans quelle mesure allez-vous vous appuyer sur le Pôle agroalimentaire ?
Depuis que le Département a recruté Nathalie Garçon, au printemps, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Nous lui avons défini nos besoins et nos tonnages pour l'année. Nous sommes pragmatiques. Et elle répond à ce pragmatisme. Nous cherchons des agriculteurs, surtout en fruits et légumes. Nous avions un producteur de salades : il a arrêté. Son fils a repris, mais il ne fait plus que les marchés... On voudrait bien de l'hyper local, mais ce n'est pas évident à trouver.
Quels sont vos critères ?
Pour l'instant, le premier critère, c'est de trouver des fournisseurs locaux ! Ensuite, c'est le service, autrement dit le volume et la régularité. Et bien sûr le respect des normes.
Quelles garanties offrez-vous aux producteurs ?
Nous proposons des contrats d'un an, mais honnêtement, je ne peux rien garantir à plus long terme. Chez Carrefour, nous avons des filières qualité, avec des cahiers des charges. Mais ça se passe au niveau du siège. Localement, si nous avons deux producteurs locaux avec le même produit, nous aurons tendance à prendre le moins cher. Mais il y a aussi toute la partie relationnelle qui joue. Et puis la morale.
Mais vous comprennez que des producteurs hésitent à faire affaire avec vous ? Qu'ils aient peur ?
C'est logique. La grande distribution a une très mauvaise image. Mais ça évolue. La négociation existe et a toujours existé. Ajourd'hui, nous sommes plus sensibles à ce qui se passe près de chez nous. Moi, par exemple, je considère que je suis à la tête d'une entreprise locale, avec une responsabilité locale. Il y a tout un rapport de confiance à construire. C'est le relationnel qui fait ça. Posez la question à nos fournisseurs : vous verrez bien !
Que pensez-vous de la marque Isère sur le plan commercial ?
C'est une très bonne chose. Mais il faudra du temps pour l'installer, pour qu'elle soit reconnue. Si on veut comparer avec la croix de Savoie, nos voisins ont un temps d'avance.