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Syndicalisme

La FDSEA remet en selle sa section laitière

Le 2 mai, le syndicat a provoqué trois réunions simultanées dans le but d'appeler les coopérateurs Sodiaal à se mobiliser en vue de l'AG du mois de juin et de relancer la dynamique laitière dans le département.
La FDSEA remet en selle sa section laitière

Réveiller la belle au bois dormant. Tel était l'objectif du syndicalisme majoritaire, début mai, en provoquant trois réunions simultanées à Grenoble, Saint-Jean-de-Bournay et Paladru. « Les JA et la Fédé ont décidé de réveiller la section laitière qui dormait un peu », explique Thierry Blanchet, à la demi-douzaine d'éleveurs venus à Grenoble, le 2 mai. S'appuyant sur le mot d'ordre d'action de la FNPL en prévision de l'assemblée générale de Sodiaal du 19 juin, les syndicalistes ont fait un point sur la conjoncture, avant d'entamer les débats. 

Fermes référentes

Face à public d'éleveurs, les responsables syndicaux ont commencé par dresser un bilan des aides sécheresse (Télécalam, aides exceptionnelles de la Région et du Département). Ayant suivi de près le dossier pour l'Isère, Jérémy Jallat, élu chambre et producteur laitier dans le Vercors, propose de jouer la carte de l'anticipation au cas - fort probable - où une situation de sécheresse se reproduirait : « Le problème, c'est que la DDT s'appuie sur des chiffres de Météo France et des zones par cantons, explique-t-il. Pour mieux coller à la réalité, il faudrait désigner des agriculteurs représentatifs des différents secteurs du département pour que les bilans soient représentatifs du territoire ». Il est question pour cela de déterminer une cinquantaine de fermes référentes. A Grenoble, Jean-Yves Bouchier, éleveur dans le Trièves et président du GDS, rappelle que la profession peut également s'appuyer sur des relais comme le contrôle laitier pour faire remonter les informations. 

Les éleveurs évoquent ensuite la question du foin - très cher - et de la paille, qui manque déjà. Certains proposent de s'organiser de façon à rationaliser les achats, voire à effectuer des commandes groupées, comme cela se fait déjà pour le fuel. « En ce moment, un camion de paille, il faut aller le chercher en Espagne, fait remarquer Jean-Yves Bouchier. Les cours sont très hauts. Si ça se trouve, il y aura une bonne récolte cet été et les cours vont chuter. Mais qui peut le dire aujourd'hui ? » Personne. Et c'est bien le problème.

La réunion se poursuit avec le dossier Sodiaal. Depuis le début de l'année, la FNPL surveille l'ordonnance obligeant les coopératives agricoles à appliquer les mesures issues de la loi Egalim. Ces dernières semaines, la fédération a lancé une action nationale invitant les adhérents Sodiaal à « donner un pouvoir de décision à la seule assemblée générale des coopérateurs dans les modalités de détermination du prix inscrit dans le règlement intérieur dès 2019 » et à « prendre en compte, de manière effective, le prix de revient et le mix-produit de Sodiaal dans les modalité de détermination du prix du lait payé » dès cette année.

Manque de clarté

Partout la proposition fait mouche. Appelés à signer le courrier national, les coopérateurs Sodiaal apprécient l'initiative. « Le problème, c'est le manque de clarté de la coopérative, relève cependant Jean-Yves Bouchier. Le rôle du syndicalisme, ce serait aussi d'aller mettre le nez dans les comptes et de demander pourquoi. » Pas forcément simple quand on n'est pas de la maison. « Nous sommes allés plusieurs fois rencontrer Sodiaal et on nous a envoyés bouler parce que nous n'étions pas coopérateurs », objecte Sylvie Budillon-Rabatel, éleveuse et vice-présidente de la FDSEA de l'Isère. Et un jeune éleveur d'ajouter : « De toute façon, aux réunions, ils savent y faire : si tu ouvres ta bouche, tu te fais démonter par les adminstrateurs. Et si on est un peu timide, on n'ose plus... »

Dernier point abordé lors des trois réunions : la segmentation. Plusieurs pistes sont envisagées, surfant toutes sur l'attrait des consommateurs pour le local : un lait marque Is(h)ere, un projet « lait des Alpes », en commun avec les Hautes-Alpes... Reste à « trouver les modalités pour embouteiller le lait », souligne Jérémy Jallat. « La marque Is(h)ere, c'est notre chance, car il y a une volonté politique derrière et probablement des moyens. Ce qui manque, c'est la volonté des producteurs de détacher des volumes », résume Christian Ollès, le directeur de la FDSEA. « Mais quel producteur sera assez courageux pour quitter sa laiterie, surtout en zone de montagne, rétorque un coopérateur Sodiaal. Moi je suis très remonté contre Sodiaal, qui a perdu ses valeurs coopératives. Mais j'y suis attaché, car il s'est engagé à venir chercher mon lait. S'il y avait trois camions qui passaient chaque jour devant ma ferme, ce ne serait pas la même chose... »

Marianne Boilève