La FNSEA demande une loi d’exception
SYNDICAT / La FNSEA a été reçue à Matignon le 6 janvier par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Elle demande notamment la mise en place d’une loi d’exception agricole.
C’est avec l’intention que le gouvernement passe enfin aux actes, comme Sébastien Lecornu s’y était engagé dans une lettre ouverte adressée aux agriculteurs le 4 janvier au soir, que la délégation de la FNSEA conduite par son président Arnaud Rousseau1 s’est rendue à l’hôtel de Matignon le 6 janvier. L’objectif était clair : « repartir avec un calendrier d’actions qui puisse faire avancer les dossiers ». Au cours de cet entretien qui a duré plus de deux heures, la FNSEA a évoqué, « la crise de vision et de stratégie, la crise économique qui frappe de nombreux domaines et aussi la crise de confiance dans la parole publique », a indiqué Arnaud Rousseau. La délégation de la FNSEA a esquissé les contours de ce qui pourrait être une future loi spéciale sur l’agriculture. L’objectif est de « faire sauter des verrous juridiques. Il y a des mesures urgentes à prendre et nous attendons des actes », a insisté Arnaud Rousseau.
Tenir les engagements
Le syndicat majoritaire s’agace d’entendre les grandes paroles qui ne sont pas suivies d’effet. « Même si nous sommes conscients que tout ne se fait pas d’un claquement de doigt », Arnaud Rousseau n’en peut plus du « déclaratif », comme il l’a précisé lors d’une rencontre avec la presse avant son rendez-vous avec Sébastien Lecornu. Il y a beaucoup de « dossiers en souffrance comme celui des retenues d’eau, instruits depuis quatre, cinq ans ou plus et qui n’ont pas vu un coup de pelle ». Le président de la FNSEA cite également le plan de souveraineté des fruits et légumes mis en place en avril 2024. « Il a été abondé la première année et depuis plus rien », a observé Arnaud Rousseau. Il fustige aussi le manque d’action du gouvernement sur le plan protéines, mis en place en 2019 sur une base de partenariat public-privé, d’une durée de 10 ans et pour un montant global de 100 millions d’euros. « La part de l’État (5 millions d’euros par an2) au titre de l’année 2024 a été versée… en décembre 2025 », s’est irrité Arnaud Rousseau, qui presse le gouvernement de publier les décrets d’application de la loi Duplomb, les arrêtés sur la prédation, d’appliquer le plan viticole ou encore de préciser les éléments techniques de la mesure d’ajustement carbone aux frontières. « Les engagements pris doivent être tenus », a-t-il insisté. Les dossiers du Mercosur (lire encadré) et de la Pac ont également été évoqués au cours des échanges. Ce que souhaite aussi la FNSEA, c’est « une vision de l’agriculture pour la France et l’Europe ». Le Premier ministre a assuré qu’il ferait des propositions pour le vendredi 9 janvier.
Christophe Soulard
Si l’Italie avait soutenu la France en décembre dernier contre le Mercosur, « elle est maintenant en train de lâcher », a indiqué Arnaud Rousseau, sur le perron de Matignon. La minorité de blocage attendue pour le Sommet des chefs d’État et de gouvernement prévu les 10 et 11 janvier ne devrait pas être réunie pour stopper la signature du Mercosur, prévue le 12 janvier. Il restera alors aux agriculteurs à faire pression sur le Parlement européen qui, lui, peut refuser de ratifier cet accord de libre-échange. C’est pourquoi la FNSEA envisage une action syndicale au pied du Parlement européen à l’occasion de la plénière des 19, 20 et 21 janvier à Strasbourg. En attendant, le réseau FNSEA est resté mobilisé sur le dossier du Mercosur, avec une cinquantaine de départements qui ont effectué des rassemblements devant les préfectures, des rencontres avec les préfets, des opérations de bâchage pour sensibiliser les citoyens, des feux de la colère ou encore ont contrôlé des grandes surfaces et des zones portuaires.