La FRCuma conforte son rôle au cœur des mutations agricoles
À l'occasion de son assemblée générale le 6 novembre à Aubière, la fédération régionale des Cuma d'Auvergne-Rhône-Alpes est revenue sur une activité dense entre technique, appui au réseau, formation... sans oublier le rôle pivot qu'elle entend jouer pour convaincre de la pertinence d'une mécanisation raisonnée.
Lorsqu'on évoque les Cuma, la notion de matériel partagé s'impose comme premier objet. Mais au fil des ans, les coopératives d'utilisation du matériel agricole ont vu le champ de leurs missions s'élargir au gré de l'évolution de l'agriculture et des attentes nouvelles des adhérents. En Auvergne-Rhône-Alpes, la fédération régionale est à la fois témoin et actrice de ces mutations, avec une ambition résumée par son président, Émeric Barbier, agriculteur isérois : « Notre ADN, c'est de réduire nos charges de mécanisation, mais ce n'est qu'un socle. Nous consolidons notre organisation et nos services dans un contexte de mutation rapide, de renouvellement des générations, de problématique d'emplois et de main-d’œuvre ». Devant un parterre de cumistes, réunis à Aubière (Puy-de-Dôme), élus et salariés de la FRCuma sont revenus sur une année 2024 dense, marquée par l'intégration des Cuma dans le comité régional installation-transmission ; l'élargissement du catalogue des formations au-delà du réseau Cuma ; la négociation et la refonte de la mesure « Investir collectivement dans du matériel agricole ou dans des bâtiments de remisage des matériels » financée par le conseil régional et l'Europe. En effet, victime de son succès avec 14 millions d’euros (M€) accordés en 2024 sur une enveloppe prévue de 6 M€, la mesure a été reformatée pour 2025 et les années suivantes. Le dispositif qui devrait rouvrir début 2026 sera plus sélectif et les taux de subventions éligibles aux investissements pourront osciller entre 15 et 45 %.
Les principaux chantiers
Sur le volet technique, Manon Bossa, directrice de la fédération régionale et son équipe ont exposé les principaux chantiers : relance de l'activité banc d'essai moteurs avec 80 opérations conduites, sensibilisation à la réglementation routière des engins agricoles, formation sur la comptabilité et les ressources humaines, valorisation des pratiques innovantes mais aussi sensibilisation à travers des formations aux charges de mécanisation… Si plus d'un agriculteur sur deux adhère à une Cuma en Auvergne-Rhône-Alpes, la fédération entend aller plus loin. En quelques années, le prix du matériel agricole a bondi de 30 %. « Un agriculteur qui rejoint une Cuma accède à du matériel plus performant, plus récent, tout en réduisant ses charges de mécanisation », explique Marine Boyer, présidente de la FNCuma, éleveuse en bovins viande en Aveyron. Selon la fédération, l’économie moyenne d’une exploitation par an atteint les 15 000 €. Problème, pour Pierre Superveille, polyculteur à Verdets dans les Pyrénées-Atlantiques et secrétaire général de la FNCuma : « Depuis 45 ans, le dispositif d'exonération fiscale des plus-values pour l'achat de matériel individuel concourt à la surmécanisation de la ferme France ». C'est pourquoi dans son plaidoyer pour une mécanisation responsable, la Fédération nationale propose parmi ses sept mesures phares, de réorienter une partie de ce dispositif en crédit d'impôt au titre des charges de mécanisation collective. Une proposition défendue par le député de la Vienne, Pascal Lecamp. Pour Pierre Superveille, cet outil dépasse le seul cadre fiscal, il pourrait constituer un formidable levier pour les agriculteurs : « Le coût de reprise des capitaux d'une exploitation agricole est de plus en plus important, l'enjeu économique à partager les charges de mécanisation est réel. Au-delà, là où il y a des Cuma, une baisse de 8 % des produits phytos est constatée. Un tracteur en Cuma, c'est trois fois moins d'émissions de gaz à effet de serre qu'un tracteur acheté individuellement. Quand l'achat de matériel est raisonné collectivement, la main-d’œuvre peut l'être aussi avec, à la clé, une réduction de la pénibilité et une meilleure prise en compte de l'ergonomie ». Autant d'arguments qui plaident en faveur du modèle cumiste alors qu'en France, moins de 10 % des machines agricoles sont actuellement mutualisées.
Sophie Chatenet
Les Cuma en région
Dans un contexte de forte baisse du nombre d'exploitations et de l’agrandissement des structures, le réflexe Cuma reste un pilier solide en Auvergne-Rhône-Alpes, avec 1 315 Cuma auxquelles adhérent 27 500 agriculteurs. C'est dans la Loire et l'Ain que l’on compte le plus de Cuma. Leurs activités couvrent une multitude de travaux agricoles ayant recours aux machines : 83 % pour le travail du sol, 86 % pour la récolte, 81 % pour le transport et la manutention, 77 % pour la fertilisation, 66 % pour les semis, 52 % pour la protection des cultures et les traitements, 33 % pour la traction, 67 % pour l'entretien de l'espace, 9 % pour les activités de post-récolte. En deux ans, le chiffre d'affaires des Cuma à l'échelle régionale a progressé de 7,6 % pour s'établir à 49 M€. Le chiffre d'affaires moyen des Cuma du réseau régional est de 53 500 euros.