L'information est tombée jeudi dernier 16 novembre : des cas d'influenza aviaire, d'une souche « hautement pathogène H5N8 » ont été découverts « dans plusieurs pays d'Europe* » selon une information du ministère de l'Agriculture. Dans la région, la situation est d'autant plus préoccupante que des foyers ont été trouvés en Suisse sur les bords du lac Léman. De plus, il s'agit d'oiseaux migrateurs, de sorte que le niveau de risque est passé à « élevé » dans « les zones humides qui concentrent la faune sauvage et constituent des arrêts sur la route des oiseaux migrateurs ». En Isère, 92 communes sont concernées : en Isère rhodanienne, dans la boucle du Rhône, dans la région de Beauvoir-en-Royans, au nord de Grenoble et dans le secteur de Pontcharra.
« Cette élévation des niveaux de risque conduit à mettre en place des mesures de biosécurité renforcées, afin d’éviter toute incursion éventuelle de ce nouveau virus sur le territoire national » a prévenu le ministère. Les mesures de confinement obligatoire ou de pose de filets permettent d'empêcher tout contact avec les oiseaux sauvages. Elles s’appliquent dans les zones où le niveau de risque est élevé. Sont concernés : tous les élevages de volailles non-commerciaux (basses-cours) et les élevages commerciaux de volailles, sauf dérogation. En raison de la proximité des foyers pathogènes, les autorités conseillent d'opérer au plus vite. Des vétérinaires peuvent venir effectuer des visites en appui. « Il convient également d'éviter de mettre à l'extérieur de l'alimentation qui peut attirer l'avifaune », rappelle le docteur Sylvain Traynard, chef de service santé et protection animale et végétale à la DDPP de l'Isère. La surveillance quotidienne des animaux est requise. L'Administration conseille également de limiter l'accès aux élevages, d'éviter les échanges entre élevages, de mettre les litières neuves à l'abri et sans contact avec les cadavres, de stocker pendant deux mois minimum les fientes et fumiers et de nettoyer régulièrement les bâtiments et le matériel, sans utiliser d'eau de surface. Sur le reste du territoire national, l'Agence nationale d'évaluation de la sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a proposé de relever le risque au niveau « modéré ».
Pas de foire
Par ailleurs, des contraintes spécifiques portent sur la chasse au gibier d'eau dans les zones écologiques à risque particulier, où les lâchers de gibier à plumes et les déplacements d'appelants sont interdits.
Enfin, les rassemblements d'oiseaux (foires, salons) font également l'objet de restrictions ; en particulier, les compétitions de pigeons voyageurs sont interdites. La foire aux dindes de Crémieu, prévue le 17 décembre prochain, est plus particulièrement concernée.
Dans une lettre adressée aux maires des communes de l'Isère, le docteur Sylvain Traynard insiste sur « la mise en œuvre de ces mesures (qui) est essentielle pour éviter l'installation de ce virus sur notre territoire et protéger les élevages contre le risque qu'il présente.» Le ministère de l'Agriculture appelle quant à lui à « la vigilance de chacun (..) pour signaler toute mortalité d'oiseaux sauvages.»
Tout porte à penser que ces mesures sont mises en place pour plusieurs semaines voire plusieurs mois, à l'instar des précédentes crises.
Isabelle Doucet
*Allemagne, Autriche, Croatie, Danemark, Hongrie, Pays-bas, Pologne, Suisse
La liste des communes de Isère classée en zone à risqueLa carte des zones à risqueL'information envoyée aux élussur terredauphinoise.fr
Règlementation
Biosécurité : un plan en plusieurs étapes
Suite à l'épisode de grippe aviaire qui a touché le Sud-Ouest en 2015, une nouvelle règlementation concernant les élevages de volailles a été fixée par arrêté en juillet dernier.Elle impose la mise en place d'un Plan de biosécurité. L'objectif est d'éviter une nouvelle crise qui avait mise à mal toute la filière en bloquant les exportations. Le texte est entré en vigueur depuis le 1er juillet dernier et concerne toutes les exploitations avicoles commerciales. Celles-ci doivent mettre en place des mesures pour garantir la maîtrise du risque sanitaire dans chaque élevage et limiter le risque de diffusion vers d'autres exploitations. Les règles de biosécurité portent sur la définition d'un plan de circulation entre unités de production, un plan de gestion des flux, la mise en place de vides santiaires et de procédures de nettoyage, la traçabilité des épandanges, la protection vis-à-vis de l'avifaune sauvage, des plans de formation etc. Ces mesures sont calquées sur celles déjà appliquées dans les élevages industriels.Très rapidement, les producteurs de volailles se sont inquiétés de leur application à la volaille fermière, aux élevage multi-espèces, en plein air et sur les exploitations possédant plusieurs bâtiments. Si bien que le réseau des chambres d'agriculture a demandé une adaptation de cette règlementation à la volaille fermière (Itavi fiche 3M). De plus, les demandes de dérogations pour l'allongement du délai de mise en place, ont été repoussées du 15 novembre 2016 à janvier 2017, mais la DDPP informe que ces demandes seront encore reçues durant tout le premier trismestre 2017 « lorsque nous estimerons que tout le monde aura été averti », explique le docteur Sylvain Traynard, chef de service santé et protection animale et végétale à la DDPP. Les mises en conformité devront alors intervenir dans les deux ans qui suivent.Des sessions de formation« Il faut s'informer, mais ne pas s'alarmer », conseille Jacques Rimbault, producteur à Saint-Just-de-Claix et vice-président de l'AFPI. En effet, la chambre d'agriculture va dispenser, en janvier 2017, des formations pour informer les éleveurs sur les mesures et leur application. « C'est un dossier ouvert et nous avons conscience qu'il n'est pas toujours facile d'appliquer ce plan, reprend le représentant de l'Etat. Nous sommes dans la recherche de solutions qui conviennent à tout le monde. » La mise aux normes ne doit pas entraîner l'arrêt d'une activité économique ou avoir de conséquences sur les petits élevages. Pour l'heure, l'Administration, mène une réflexion sur la taille des élevages et recherche « une ligne directrice commune ». En dessous de 750m2 ou pour des élevages inférieurs à 500 poulets, on parlera d'unité épidémiologique. Mais encore beaucoup de questions restent en suspens. « Faut-il un sas pour aller d'un champ à l'autre ?» ironise Jacques Rimbault. Plus sérieusement, il soulève la question d'une possible incompatibilité entre des productions qui font à la fois du poulet démarré et de la volaille de chair, en raison de l'imposition d'un vide sanitaire qui mettrait en péril leur modèle économique. Idem pour les élevages multi-espèces. Autant de points que l'Administration souhaite prendre en compte dans l'application des textes. C'est la raison pour laquelle le docteur Sylvain Traynard recommande de « ne pas agir dans la précipitation », mais d'attendre les formations et, si un doute subsiste, demander la visite d'un vétérinaire.Pour autant, Jacques Rimbault reste dubitatif quant à l'efficacité de ces mesures pour lutter contre les épisodes de grippe avaire. « On stigmatise les élevages en plein air comme vecteurs de la maladie. Or, c'est dans les zones de concentration d'élevage que l'Influenza aviaire se développe car le virus mute et devient très nocif. Ce qui n'est pas le cas dans les élevages en plein air où les animaux sont sains naturellement. Le vrai réservoir pathogène, c'est la faune sauvage.»Isabelle Doucet